La déclaration de candidature, un rituel très classique
Par Mathieu Perisse |
publié le 15/02/2012 à 6h13, mis à jour le 15/02/2012 à 9h29
Nicolas Sarkozy sur TF1, le 27 octobre 2011. REUTERS/TF1 Television/Hand Out.
Il en va des déclarations de candidature comme des vœux du
Nouvel An: une étape obligée mais rarement originale. Sauf surprise de dernière minute toujours possible, Nicolas Sarkozy ne devrait pas échapper à la tradition en se déclarant, mercredi 15 février, dans le plus classique des médias: le JT de 20 heures de TF1.
En dehors de l'interview télévisée, l'exercice a ses figures imposées: la déclaration solennelle à la télévision (Charles de Gaulle en 1965, Valéry Giscard d'Estaing en 1981), l'entretien de presse écrite (Jacques Chirac en 1994 à La Voix du Nord, Nicolas Sarkozy en 2006 à la presse régionale), la conférence de presse (Jean-Marie Le Pen en 1974, bandeau sur l'oeil), le meeting (Ségolène Royal en 2006 à Vitrolles), le communiqué à l'AFP (Lionel Jospin en 2002 —son fils Daniel avait appuyé sur le bouton du fax pour l'envoyer)...
Symbole du côté classique et rassurant de l'exercice, beaucoup de candidats se déclarent de leur fief électoral, tels Hervé Morin (au Mont Saint-Michel) ou
François Hollande (à
Tulle) en 2012, ce dernier soulignant son ancrage local:
«C’est ici, par le suffrage, que je tire ma légitimité et la force de
mon engagement.»
Twitter, Facebook, livre, aveu involontaire...
Pourtant, d'autres choix s’offriraient aux candidats plus audacieux
pour rompre avec le modèle traditionnel, et certains d'entre eux avaient d'ailleurs été évoqués pour Nicolas Sarkozy:
La Twitter ou Facebook-déclaration.«Je m’attendais à une déclaration en 140
signes, très travaillée, qui correspondrait à l’air du temps», explique
François Belley, publicitaire à l'agence Melville. «Surtout de la part des
petits candidats en quête de visibilité.» Il s’agirait d’un bon moyen de
diffuser très rapidement l’information dans un premier temps, avant de repasser
par les médias traditionnels, sachant que si François Hollande
rassemble le plus defollowers sur
Twitter (140.000, alors que Nicolas Sarkozy vient d'ouvrir son compte Twitter), Nicolas Sarkozy règne sur le Facebook politique
avec plus de 500.000 amis.Des rumeurs avaient d'ailleurs fait état d'une possible
vidéo postée sur internet pour lancer sa candidature.
Le lieu original. Nicolas Sarkozy s’emploie depuis
des mois à faire oublier le bling-bling de sa première année de mandat. Cette nouvelle orientation aurait pu être accentuée en ciblant un
lieu aux antipodes de cela, ferme, usine, place de village ou bistrot du coin. «Mais attention à rester cohérent. Mélenchon peut se déclarer dans une usine, Sarkozy beaucoup plus difficilement», commente François Belley.
Le livre. Une déclaration en papier à l’heure du numérique? «La France a une culture de l’écrit. Un livre est gage de
sérieux. Un support qui laisse une trace, un acte fort de candidature, un peu comme
un faire-part de naissance», explique François Belley. Faire le grand saut présidentiel demande une
certaine stature qu’un livre peut apporter (Nicolas Sarkozy en prépare d'ailleurs un), mais il serait difficile de se
passer entièrement des autres médias.
Le contre-pied. Un président qui se présente pour un second mandat, un chef de
parti candidat «naturel», difficile de créer l’événement quand on est attendu. Dans
une telle situation mieux vaut prendre les médias et les électeurs à
contre-pied, à l’image de Mitterrand en 1988. Répondre juste «oui» alors que tout le monde s’attend à
un discours très solennel, surprendre, tel est l’objectif.
L'info lâchée par «inadvertance».
Il y a peu de chance qu’un homme politique fasse sa déclaration par erreur.
Nicolas Sarkozy a bien failli répondre à la question d’un ouvrier lors de
la visite d’une usine, mais on était encore loin de la déclaration spontanée.
La candidature qui s’en rapproche le plus est probablement celle de Jacques Chirac
en 2002, lors de laquelle le futur président avait répondu à une question de la maire d'Avignon. Une tactique qui peut être efficace «si on est déjà bien installé et qu’on n’est pas obligé de faire de sa
candidature un événement en soi», avertit François Belley.
«Il est indispensable de dire qu'on est candidat»
Dernier moyen possible, le plus original de tous: être candidat... sans jamais faire de déclaration solennelle de candidature autre que le dépôt au Conseil constitutionnel des 500 signatures. Après tout, tout le monde sait que Nicolas Sarkozy est candidat tant il a multiplié les signes
depuis le début du mois de janvier: «J’ai un
rendez-vous avec les Français, je ne me déroberai pas», lançait-il ainsi le 29
janvier lors d’une interview télévisée avant, deux semaines plus tard, de développer
des propositions de référendum dans
un entretien au Figaro Magazine.
Pourtant, la déclaration solennelle est indispensable selon Arnaud Dupui-Castérès, président de Vae Solis, un cabinet
de conseil en communication:
«En réalité, il est
indispensable de dire qu’on est candidat. Si les journalistes et ceux qui
suivent la vie politique ont l’habitude de lire entre les lignes, ce n’est pas
le cas de tout le monde, et une candidature nécessite de la clarté. D’autre
part, une telle déclaration sert de signal de départ pour les militants, qui
attendent des consignes non-équivoques.»
Selon lui, dans ce domaine, «l’originalité est contre-productive».
Un candidat doit avant tout convaincre les électeurs de sa capacité à assumer
une responsabilité, à occuper une fonction hautement symbolique. Pas question dans ces conditions de sortir du lot:
«Il est plus efficace de se cantonner aux
formes traditionnelles. Lors d’une déclaration de candidature, on ne gagne pas grand-chose,
mais on peut perdre beaucoup.»
Mais qui est-ce qui bidonne quoi?, qui est-ce qui maîtrise quoi?, qui est-ce qui contrôle la parole et la pensée de qui?, dans le jeu politicien, il est éventuellement intéressant de le déterminer, si cela est seulement possible.
Le partisan de la communication en est persuadé, si la promotion est inscrite en rouge sur la baril de lessive, la ménagère va foncer, et si l'étiquette stipule en bleu CRS que le produit est de la première fraîcheur, elle va s'en laisser compter sans détour.
Or que va-t-on entendre ce soir, sinon ce même cortège de bobards, de simplifications, de "M'ame Ferrari" et de roulements scapulalgiques compulsifs à nous présenter une salade rancie et pour tout dire, nauséeuse au possible pour ne pas dire puante à souhait!
Il va être question de tous les boucs-émissaires, du concours des victimisations, de la dame au cabas qui fait ses courses, "tenez-vous bien M'ame Ferrari", une fois par semaine, de la nécessité du capitaine qui tient courageusement le cap du pilote (automatique) du paquebot (planté au milieu du continent), de "tout qu'est-ce qu'on a fait pour le populo M'ame Ferrari" qui faudrait qu'il nous le rende", du toupet malhonnête de "ceusses qui disent n'importe quoi n'importe quand" (c'est le pompon le plus tordant!), du référendum de "qui qu'est contre la guerre?" et de "qui qu'est pour la distribution gratuite du bonus de ration de frites?" (on rêverait pas pire gag dans un sketch de Roland Magdane, mais le petit malin s'y connait en matière de comique!), etc., le cirque des complaintes fausses et des arguments bidons-bidonnés-bidonnants, sur fond de mandature ratée et de bilan en forme casse monstre de la banque du casino.
Et les communicants vont insister sur le fait qu'il faut en rajouter pour faire prendre la sauce....
Et l'électeur au fauteuil avec télécommande et son expertise linguistique ordinaire du monde, lui qui en est à sa 3ième, à sa 5ième, à sa 10ième présidentielle, lui qui ne marche même plus quand les soldes affichent "Offre exceptionnelle 50 euros l'un 150 euros les trois", mais qu'est-ce qu'il va bien pouvoir en penser?
Vous voulez parier que même dans le bulletin du Figaro les enquêtes d'intentions de vote en faveur du candidat de la martingale impitoyablement impossible ne décolleront ni demain ni dans deux mois?
Bon courage au camp du looser!