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Si Marine le Pen n'a pas les signatures, le jeu reste ouvert pour Sarkozy

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 05.02.2012 à 10 h 52

Dans une position très défavorable, Nicolas Sarkozy peut sans doute un peu rééquilibrer les sondages avec Hollande, mais ce qui changerait vraiment le paysage serait une absence de Marine Le Pen au premier tour.

Nicolas Sarkozy le 29 janvier 2012. REUTERS/Lionel Bonaventure/POOL

Nicolas Sarkozy le 29 janvier 2012. REUTERS/Lionel Bonaventure/POOL

Le JDD a publié dimanche 5 février un sondage réalisé par l'IFOP partant de l'hypothèse que Marine le Pen, faute de 500 signatures, ne pourrait se présenter. L'écart entre François Hollande et Nicolas Sarkozy au premier tour serait alors totalement gommé. Le candidat socialiste engrangerait 33% des voix, à égalité avec le chef de l'Etat, qui séduirait aussi 33% des votants. Nicolas Sarkozy serait alors en position d'avoir une chance d'être réélu.

«Il a perdu», dixit Dominique de Villepin. «Je vais vous surprendre», ne cesse de répéter Nicolas Sarkozy à ses visiteurs. Au seuil de la déclaration de candidature du président sortant (vraisemblablement entre le 15 et 22 février) la question est en effet de savoir s’il a encore une chance. Dans un contexte que l’on sait particulièrement défavorable: un chômage record, pour celui qui promettait de le ramener à 5% à l’issue de son quinquennat; deux hausses successives de la TVA (sans oublier d’autres relèvements et changements de barèmes), pour celui qui avait promis de faire baisser le niveau des prélèvements obligatoires; une promesse d’assouplissement du cadre légal à l’intérieur des entreprises, bonne idée puisée dans l’arsenal de la co-gestion à l’allemande, mais qui revient à permettre de «travailler moins pour gagner moins» à l’intérieur des entreprises, pour celui qui avait bâti toute sa campagne en 2007 sur le fameux «travailler plus pour gagner plus»; l’augmentation des violences contre les personnes, pour celui dont le «core business» était, depuis 10 ans, la sécurité, etc...

Une partie toujours très difficile pour le sortant

Cette réalité-là, et surtout le niveau du chômage notamment celui des jeunes redevenu la préoccupation première des Français, rend bien sûr la partie très difficile. Même s’il pourra sans doute se prévaloir d’un apaisement sur le fond de la crise de la zone euro.

En revanche, le niveau de l’activité économique (François Fillon vient de s’aligner sur les prévisions de croissance du PS: à 0,5% en 2012) a pris Nicolas Sarkozy à contre-pied, lui qui escomptait, au contraire, une forte reprise de l’activité et un recul du chômage au début de l’année 2012.

Pourtant, nous sommes sans doute au seuil d’un rééquilibrage. Nicolas Sarkozy l’a fait entrevoir à la télévision: il ne manquera ni d’énergie, ni de mobilité, ni même de capacité de conviction. A la condition de quitter le terrain du déterminisme socio économique -une situation objective défavorable du fait sans doute de la crise, mais pour reprendre l’un de ses schémas favoris: qu’importe pour celles et ceux qui en sont victimes!-  terrain qui ne lui laisserait aucune chance, il faut se situer sur celui de la politique.

Les leviers de Sarkozy

-Premier levier: l’entrée en campagne. Bien que ne comportant en lui-même aucun effet de surprise, le passage de président à candidat devrait permettre à Nicolas Sarkozy d’améliorer un socle de départ qui est solide et finalement assez élevé (autour de 24/25% des intentions de vote de premier tour). Il a donc déjà repris le contrôle du noyau dur de son propre électorat; lequel est sensiblement au-dessus du socle chiraquien, qui ne dépassait jamais les 20%.

Ce socle-là lui est attribué par des instituts de sondage qui gomment les petits candidats. C’est limite. Mais c’est sans doute ce qui va se passer. La maitrise du territoire est le commandement numéro 1 pour tout candidat (celui-là même que Lionel Jospin avait négligé en 2002). Elle passe par trois renoncements: Morin, Boutin, Villepin. Faute de signatures ou de toute autre façon, car leur retrait garantira à Nicolas Sarkozy les 2 à 3 points qui, à eux seuls, nourriront les commentaires sur le dynamisme du président-candidat et l’inévitable rééquilibrage avec François Hollande.

-Deuxième levier: François Bayrou. Pour le moment, le candidat du centre semble encalminé, malgré un démarrage spectaculaire. Il est vrai qu’il avait commis la même erreur que la droite en spéculant, au départ, sur un possible effondrement de François Hollande. Mais il est dans une situation doublement paradoxale qui, pour le moment, le bloque.  Il voudrait être désormais un candidat de substitution  à Nicolas Sarkozy, mais il réserve ses coups les plus durs à François Hollande, alimentant ainsi l’idée qu’il prépare déjà son ralliement à Nicolas Sarkozy au soir du premier tour.

La deuxième contradiction découle de la première: il s’est rabattu vers le centre droit alors que son électorat était plutôt majoritairement de centre gauche. En tous cas, pour Nicolas Sarkozy, l’affaire semble entendue et il se prépare du mieux possible à accueillir la brebis égarée.

-Troisième levier: le vote Front national.  Dans le schéma présidentiel, tout repose sur la nécessité de passer de 4 électeurs sur 10 de Marine Le Pen prêts à voter Sarkozy au second, à 7 électeurs sur 10.

Aux yeux de certains stratèges élyséens, il n’y a qu’une manière d’y parvenir: remettre les thèmes de l’immigration et de la sécurité au cœur de la campagne.  C’est un schéma pourtant qui a toutes chances d’être inopérant. Il a déjà été tenté dans la première phase de la campagne, celle pendant laquelle l’Elysée cherchait à créer les conditions d’un face à face au second tour entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen. Mais on a vu ce qu’il est advenu de la condition première de ce schéma, l’effondrement de François Hollande; et l’on a vu aussi que la surenchère sur les thèmes de l’immigration qu’avait acceptée de conduire Claude Guéant (souvenons-nous de la circulaire anti étudiants étrangers) favorisait au contraire  les intentions de vote Front national. Aujourd’hui le relatif effacement des thèmes de l’immigration et de la sécurité, du fait du retour au chômage de masse, est sans doute à l’origine du tassement des intentions de vote en faveur de Marine Le Pen. Relancer cette thématique conduirait, à mes yeux, inévitablement à nourrir de nouveau le vote pour l’extrême droite.

Surprise! Marine Le Pen n'a pas les 500 signatures

Mais il est une autre  hypothèse qui a pris corps dans l’état major de Nicolas Sarkozy: celle d’un renoncement de Marine Le Pen, contrainte à l’impossibilité dans laquelle elle serait de réunir ses 500 signatures.  Pour franchir ce fameux seuil, il faut auparavant rassembler de 650 à 700 promesses.  En 2007, Jean-Marie Le Pen avait à peine franchi le seuil fatidique avec 547 parrainages. On sait que Marine Le Pen n’aurait, à ce stade, que 400 promesses. On sait aussi que les élus locaux sont désormais plus dépendants qu’ils ne l’étaient des grands partis, qui dirigent les communautés de communes et les échelons supérieurs d’administration des territoires.  Les catégories «divers», «divers droite»,  «divers gauche» sont donc davantage susceptibles de se plier à des consignes politiques.  D’avoir négligé ce phénomène a conduit la droite à perdre le Sénat : elle ne pouvait plus jouer sur des affinités personnelles et a du davantage compter avec une logique partisane, au demeurant plus conforme aux souhaits des électeurs. Quand Nicolas Sarkozy dit à la télévision: «Vous ne voulez tout de même pas que je l’aide», il faut comprendre que tout sera fait  pour que les élus de droite, et ceux qu’ils influencent, s’abstiennent de signer en faveur de la candidate du FN.

C’est peut-être là la «surprise» sur laquelle compte Nicolas Sarkozy. Car, si l’on fait abstraction de la polémique qui ne manquerait pas d’accompagner le retrait de Marine Le Pen, Nicol as Sarkozy aurait beaucoup à y gagner. Il mettrait aussitôt à distance François Bayrou et gagnerait sans doute suffisamment de points pour figurer en tête du premier tour. Il pourrait alors donner le sentiment d’une dynamique irrésistible. D’autant qu’un retrait de Marine Le Pen provoquerait aussi un meilleur score pour Jean Luc Mélenchon, obligeant par là même François Hollande à se radicaliser. Nous aurions alors un face à face entre une droite dure et une gauche radicalisée. Pour l’heure, le retrait ou non de Marine Le Pen  dépend en partie du verdict du Conseil constitutionnel, car l’anonymat permettrait sans doute à celle-ci de franchir plus facilement le seuil fatidique.  Mais la loi, actuellement, ne le permet pas.

Pour le reste, avec ou sans Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy mènera sans doute une campagne axée sur l’impact du programme fiscal du candidat socialiste, qu’il cherchera à enfermer dans la formule utilisée par François Fillon face à Martine Aubry: «Soit, si c’est une bonne mesure, nous l’avons déjà prise ; soit, vous ne tiendrez jamais cette promesse… ». Pour le moment, en tous cas, je continue de penser:

1 -  que le duel Sarkozy/Hollande aura lieu 

2 -  qu’un rééquilibrage est dans l’ordre des choses

3 - qu’il sera extraordinairement difficile d’inverser un rapport de forces qui, dans le pays, est durablement et solidement en défaveur du président sortant.

Jean-Marie Colombani

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