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Quand les présidents décident de devenir candidats

Grégoire Fleurot et Jean-Marie Pottier, mis à jour le 09.02.2012 à 18 h 04

Quatre présidents ont tenté de se faire réélire au cour de la Ve République. Et ont attendu en moyenne 47 jours avant le premier tour pour annoncer leur candidature.

C'EST LA PREMIÈRE QUESTION POSÉE par Claire Chazal à Nicolas Sarkozy dimanche 29 janvier lors de la dernière grande interview télévisée du chef de l’Etat: s’adresse-t-il aux Français en tant que président de la République ou en tant que candidat? L'intéressé n’a pas donné de réponse claire, mais a quasiment levé toute ambiguïté quant à une échéance qui «approche».

L’opposition socialiste parle déjà du «candidat Sarkozy» et réclame son entrée officielle en campagne pour que les programmes des deux partis puissent être confrontés. Nicolas Sarkozy demande à ses troupes d’être «patientes» car le «moment n’est pas encore venu». Quand et comment un président sortant souhaitant se représenter doit-il annoncer sa candidature?

L’histoire de la Ve République nous offre quatre exemples de présidents sortants qui ont sollicité leur réélection: trois y sont parvenus (Charles de Gaulle en 1965, François Mitterrand en 1988 et Jacques Chirac en 2002) pour un seul échec (Valéry Giscard d’Estaing en 1981). Retour sur la manière dont chacun a présenté sa candidature, équation à quatre termes: la date, le scénario, le format... et le suspense sur la décision elle-même.

1. Le choix dans la date

Si certains commencent à s’impatienter face au refus de Nicolas Sarkozy de se déclarer candidat, cette situation est loin d’être exceptionnelle. Au contraire, les présidents sortants attendent souvent le dernier moment avant d’officialiser leur candidature: en moyenne, les quatre qui se sont représentés se sont déclarés 47 jours avant le premier tour.

Pour Nicolas Sarkozy, cet écart correspondrait à une annonce de candidature le mardi 6 mars. Un calcul sans doute déjà effectué par les équipes de l’Elysée, puisque le ministre de l’Intérieur Claude Guéant a récemment estimé qu’il serait  «raisonnable» pour le Président de se présenter début mars.

On peut cependant distinguer deux cas de figure très différents: largement favoris, De Gaulle (le 4 novembre 1965 pour un premier tour le 5 décembre) et Mitterrand (le 22 mars 1988 pour un premier tour le 24 avril) se sont déclarés le plus tard; Giscard (le 2 mars pour un premier tour le 26 avril) et Chirac (le 11 février pour un premier tour le 22 avril), donnés au coude-à-coude avec leur adversaire, s'étaient «offerts» quelques semaines de plus.

2. Le choix du scénario

Autre question: les présidents sortants aiment-ils surprendre les électeurs ou se déclarent-ils au moment où tout le monde s’y attend? Cela dépend. Le 4 septembre 1965, De Gaulle, interrogé sur ses intentions —dès la première question— lors d'une conférence de presse, réplique:

«Je vous réponds tout de suite que vous le saurez, je vous le promets, avant deux mois d'ici.»

Le rendez-vous sera tenu puisque c'est le 4 novembre —jour de la Saint-Charles— qu'il annoncera sa décision.

A l'inverse, Chirac avait choisi la surprise en annonçant sa candidature assez tôt et alors que quelques personnes seulement étaient dans la confidence, lors d’un meeting à Avignon. De même, Mitterrand avait savamment joué sur le scénario: comme le raconte le journaliste François Bazin dans sa biographie de son conseiller en communication Jacques Pilhan, l'Elysée avait fait fuiter la rumeur d'une annonce très «froide» à l'AFP... pour finalement s'inviter au dernier moment, le matin même, au journal d'Antenne 2.

3. Le choix du format

Ce qui nous amène à la question du format: il y a eu le très classique (l'allocution solennelle de De Gaulle, même si le support était novateur à l'époque), le très classique avec une touche d'originalité (l'allocution de Giscard accompagné de son épouse), le classique (Mitterrand interviewé à la télévision)... Finalement, c'est Chirac qui aura fait le plus original en rebondissant sur une question de la maire d'Avignon Marie-Josée Roig, apportant une touche de spontanéité à un exercice convenu.

4. Le choix... de se présenter

Au final, on aurait un peu tendance à l'oublier, mais la décision de candidature de ces quatre présidents n'était pas forcément une évidence pour les Français. En 1965, De Gaulle avait ainsi laissé planer l'incertitude jusqu'au bout, annonçant sa candidature sans même en informer ses collaborateurs les plus proches lors du conseil des ministres tenu quelques heures plus tôt...

En 1988, Mitterrand également avait laissé planer le doute: «Je ne savais pas plus que les Français s'il répondrait oui au non», témoignait en 2007 Paul Amar, chargé de l'interviewer avec Henri Sannier. A l'inverse, les candidatures de Giscard et de Chirac ne faisaient aucun doute.

Photo: Jacques Chirac annonce sa candidature à Avignon le 11 février 2002.

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