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Analyse rhétorico-capillaire de Nicolas Sarkozy

Ou quand le cheveu nous en dit long… Au terme de ce papier, vous saurez, preuves à l’appui, si Nicolas Sarkozy va se représenter.

Au lendemain de l’intervention télévisée du président de la République, on ne peut que s’étonner que les commentateurs ne s’attardent pas davantage sur un élément fort de cette prestation. Certes, il y a eu la hausse de la TVA, la baisse des charges patronales, mais il y avait surtout les cheveux de Nicolas Sarkozy.

Ma fascination pour sa nature capillaire ne date pas d’hier. Ni de son élection. Ça a dû me prendre du temps où il était ministre. A l’époque, ses apparitions quotidiennes au 20 heures étaient une occasion sans cesse renouvelée de m’interroger sur la possibilité ontologique de son cheveu. Le cheveu sarkozyste bénéficie, semble-t-il naturellement, d’un effet «vague». Un truc improbable qui ressemble de profil à ça: ≈.

Même quand il était jeune et portait le cheveu plus long, on discernait la fameuse vaguelette ondulante, portée sur le côté pour un style «méché».

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Image tirée d'une vidéo INA

Ça, c’était évidemment du cheveu de futur Président. Du cheveu de mec qu’on peut réveiller à 4 heures du mat en cas de guerre nucléaire et qui sera pré-coiffé.

Bref, pour revenir à l’analyse de sa prestation d’hier, notre Président arborait sa vague coutumière et ses cheveux grisonnants. sarkozy

Et là, il n’y a rien qui vous choque?

Ses cheveux grisonnants… Un peu comme en 2007, non?

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Nicolas Sarkozy et Carla Bruni en Egypte en 2007. REUTERS/Nasser Nuri

Certes, le visage a changé, il est marqué, comme tous les présidents. La fonction leur assure un vieillissement accéléré. Mais ses cheveux n’ont pas bougé, ce qui est pour le moins troublant. Aussitôt, je décidai de me lancer dans une investigation et là, le choc.

En 2010, Nicolas Sarkozy avait le cheveu blanc.

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Capture d’écran intervention télévisée du 12 juillet 2010.

On peut donc en déduire qu’il s’est teint les cheveux mais dans ce cas pourquoi lui reste-t-il des cheveux gris sur les tempes et au-dessus du front? Perso, une coloriste me fait une demi-teinture, je lui fais avaler ses tubes d’ammoniaque par intraveineuse.

De deux choses l’une: soit le Président se fait teindre par une apprentie coiffeuse de la rue du Château d’Eau, soit il a demandé expressément une demi-coloration. Et dans ce cas, pourquoi?

La coloration parce qu’il ne doit pas avoir l’air vieux, usé et fatigué face à François Hollande qui affiche une ligne irréprochable. Mais en demi-teinte parce qu’il doit ressembler à un capitaine de navire courageux bravant la tempête pour nous mener jusqu’au port de la prospérité (oui, parfois, j’aime faire du Raffarin). La métaphore de la tempête, qui porte en creux celle du capitaine, était d’ailleurs encore présente dimanche («Depuis 3 ans le monde connaît des tempêtes»), voire pire qu’une tempête puisqu’il a comparé la crise à un tsunami.

Donc, il a opté pour le cheveu grisonnant du quadra/quinqua sexy. Mais en réalité, plus que la figure du capitaine de bateau, celle qui émergeait de la stratégie capillaire et élocutoire du Président, c’est celle du bon père de famille. Un rôle auquel on n’a pas franchement l’habitude de l’identifier (à moins d’avoir soi-même eu un père souffrant de tics nerveux). Et toute son attitude hier confirmait cette volonté: il suintait le paternalisme.

  • voix calme, sérieux, gestes lents pour bien expliquer, vocabulaire concret: «Il faut être précis», «Prenons un exemple», «Je veux que les Français comprennent bien».
  • marque d’autorité mais juste ce qu’il faut (voir le nombre de fois où il a réussi à répéter que lui, il est président, comprendre: moi j’ai des responsabilités, comprendre: moi je suis un adulte, comprendre: les autres candidats sont des enfants).
  • un père à la fois expérimenté, fiable et dans la force de l’âge. «J’ai une longue vie politique derrière moi», «Le devoir de lucidité, ça compte dans la vie. J'ai connu bien des épreuves, bien des hauts et bien des bas», «J’ai fauté quand j’étais plus jeune».
  • un père qui sait se sacrifier pour ses enfants: «La personne qui a perdu son emploi, qui me regarde, qu'est-ce que ça peut lui faire mes états d'âme?». Il est là pour parler aux Français de la situation, il n’est pas question d’évoquer ses états d’âme, même s’il y a «une telle pression sur les épaules d’un Président» mais comme il nous l’a susurré avec gourmandise: «Je ne veux pas me confier comme ça».
  • un père qui sait des choses sur la vie, qui a appris le relativisme face à l’agitation du monde: «Je suis lucide», «Je ne dirais même pas de vérité parce qu’il peut y avoir plusieurs vérités» (ça, c’était la remarque philosophique à la Mitterrand de supérette).
  • un père qui transmet des valeurs, voir des leçons: «Chacun d'entre nous, on devrait se respecter» (=ne mets pas tes coudes sur la table).

Même sa façon de présenter le «peuple français» dessinait le portrait d’un adolescent rebelle et sans concession: «Les Français c'est un peuple libre, frondeur, souverain, qui ne se laisse imposer sa décision par personne». Frondeur est un adjectif généralement associé à la jeunesse. Et si on y rajoute la célébration du couple franco-allemand qu’il a faite hier, on a une métaphore filée où Angela Merkel est notre maman.

Le positionnement paternaliste est politiquement très risqué. Certes, il a parfaitement réussi à François Mitterrand pour son deuxième mandat, mais il porte en soi, en tant que stratégie électorale, un paradoxe. Si nous étions vraiment des enfants dont il prend soin, nous n’aurions pas le droit de vote.

Evidemment, c’était là un essai de stratégie en vu de la campagne électorale. Une posture qui rend parfaitement cohérent le refus de se déclarer candidat pour l’instant, ce refus devenant de facto un élément même de sa campagne, de même que son cheveu grisonnant. Ce qui fait que je suis en mesure de vous affirmer SCOOP, flash, titre qui clignote EXCLUSIF, que Nicolas Sarkozy va présenter sa candidature à l’élection présidentielle.

Titiou Lecoq

Photo: Nicolas Sarkozy, le dimanche 29 janvier à l'Elysée, interrogé par Claire Chazal (TF1) et Laurent Delahousse (France 2). REUTERS/Lionel Bonaventure/Pool.

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