C’EST L'EXPRESSION A LA MODE DE LA PRÉSIDENTIELLE: le «match
à quatre» entre François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen et François
Bayrou. Les deux premiers ont été constamment donnés au second tour par les
sondages depuis la primaire socialiste, mais les sondeurs pourraient prochainement
tester d’autres hypothèses comme Hollande-Le Pen voire Hollande-Bayrou.
L’institut LH2, chez qui l’écart entre Sarkozy et Le Pen est
passé de 12,5 à 6,5 points entre les deux dernières enquêtes, n’exclut ainsi pas, pour
son prochain baromètre du début février, de tester un second tour Hollande-Le
Pen et de le publier si les résultats du premier tour sont serrés. OpinionWay
affirme de son côté envisager «sérieusement» la publication de seconds tours
alternatifs, et tester déjà d’ailleurs sans les publier toutes les hypothèses
sauf Le Pen/Bayrou.
Un sondage de second tour mettant en scène Le Pen ne serait
pas une nouveauté. «On a testé des hypothèses de second tour avec elle quand
elle était très haute au premier tour en 2011», explique Adélaïde Zulfikarpasic,
directrice du département opinion de LH2, qui rappelle néanmoins l’existence de
«règles définies par la commission des sondages».
Celle-ci n’interdit pas la
publication de plusieurs seconds tours alternatifs, mais il faut normalement pour
cela que «compte tenu des
marges d’incertitude» sur les scores, «l’identité des candidats qualifiés
pour le second tour soit incertaine». Une proposition de loi bipartisane visant à inscrire cette règle dans le droit a été votée en février dernier au Sénat, mais enterrée à l'Assemblée.
Les seconds tours de l'hiver 2007
Quelle est cette marge d’incertitude? Environ 2,5 points de plus ou de moins sur 1.000 sondés,
soit cinq points d’écart entre deux candidats, les derniers sondages publiés
par les six instituts en donnant quatre à huit entre Sarkozy et Le Pen.
De quoi accréditer la possibilité d’un «21 avril à l’envers»: «On peut
contester l’idée que l’on va vers Hollande et Sarkozy quoi qu’il arrive. En
2002, on avait reproché aux sondeurs de ne pas avoir prévu autre chose que
Chirac/Jospin», rappelle Bruno Jeanbart, directeur des études politiques d’Opinion Way.
Le cas Bayrou est plus compliqué: il est actuellement donné neuf
à treize points derrière Sarkozy. Cela n’avait pas empêché des instituts, à
l’hiver 2007, de le tester au second tour alors même que son retard sur
Ségolène Royal était bien au-delà de la marge d’erreur: le 9 février 2007, BVA
le donnait ainsi vainqueur face à Royal et perdant de justesse contre Sarkozy
alors qu’il accusait douze et vingt points de retard sur eux au premier tour.
Puis vainqueur des deux dix jours plus tard avec encore onze et dix-huit points
de retard au premier tour…
Les défenseurs de cette pratique estiment qu’elle permet aux
électeurs de faire leur choix parmi les candidats dont ils sont proches
idéologiquement en connaissant leur potentiel au second tour; ses détracteurs
estiment qu’elle manipule la réalité en créant une dynamique artificielle en
faveur d’un candidat qui ne dispose pas d’une base suffisante au premier tour.
Un débat qui risque de ressurgir si un média tente
prochainement un «coup» avec un sondage donnant Bayrou largement distancé par Sarkozy
au premier tour, mais mieux placé que lui face à Hollande… «Je pense que
c’est la prochaine polémique à venir sur les sondages», prédit Bruno Jeanbart.
Jean-Marie Pottier
Photo: Thermometer. zoonabar via Flickr CC License by.
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Même si certains risquent fortement de ne pas se produire, tout ce qui va dans plus de transparence est bon pour la démocratie.
J'espère que les médias auront l'audace (ou le courage) de les sortir.