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Non mais, c’est quoi cette campagne?

Titiou Lecoq, mis à jour le 30.01.2012 à 15 h 20

L'AVANTAGE PRINCIPAL DU DISCOURS de François Hollande, c’est qu’il nous sortira (peut-être) enfin de la campagne blague qu’on nous inflige depuis plusieurs semaines.

Franchement, ce début de campagne ne rimait à rien.  

Je suis censée tenir ici-même un blog pour parler de la campagne vue depuis mon canapé et ma télé passée au crible d’une fine analyse de la rhétorique des candidats par le prisme de ce qu’on appelle le «journalisme assis».

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REUTERS/Charles Platiau

Depuis un mois, le rédac-chef de Slate me demande si je commence bien demain. Depuis un mois, je lui réponds:

«Bah ça serait mieux d’attendre que la campagne ait commencé non? Sinon, je veux bien live-bloguer n’importe quelle émission de TF1. Par exemple, récemment, il y a eu un reportage sur une femme qui n’avait pas de bras et qui mettait ses lentilles de contact avec les pieds, c’était assez bluffant.»

Mais l’autre jour, le chef m’a rétorqué:

«Mais heu… tu vois pas qu’elle a commencé la campagne?»

Eclats de rire. Comme si cinquante tweets de Nadine Morano ça faisait une campagne pour l’élection du président de la République française. 

Après, j’ai compris qu’il ne plaisantait pas et je me suis retrouvée dans la peau d’un pingouin à qui on aurait offert une cuillère. Parce que franchement, qu’est-ce que vous vouliez raconter sur ce vaste bordel?

Jusqu’à présent, on a eu l’impression que nos politiques mettaient une énergie folle à multiplier les déclarations contradictoires, non argumentées, sur des thématiques qui changeaient chaque jour, le tout parsemé d’attaques personnelles. Mais sachez qu’en marketing politique, ça a un nom précis: 

«La stratégie thématique indifférenciée, qu’il est conseillé d’adopter en début de campagne, est une stratégie de séduction "tous azimuts", qui cherche à conquérir avec le même message des électeurs dans presque toutes les catégories importantes de l’opinion. Un tel message gagne donc à être rassembleur et ambigu.»

Vous voulez rêver un peu? La deuxième étape de la campagne, celle qui devrait donc commencer à se profiler, c’est:

«La stratégie thématique différenciée, recommandée à mi-campagne, est celle qui met en œuvre pour chaque segment une stratégie thématique spécifique. Les composantes du programme sont alors adaptées à la sensibilité des catégories d’électeurs que l’on veut particulièrement atteindre. […] Le message politique est alors traité comme un simple faire-valoir du candidat auprès d’un segment déterminé de l’électorat.»

Et pour finir:

«Une stratégie thématique concentrée s’avérera surtout utile en fin de campagne. Elle consistera à mobiliser les efforts sur un ou deux segments de l’électorat, par exemple les indécis.»

(Marketing et communication politique de Serge Albouy, éd. L’Harmattan, 1994, p. 101)

Jusqu’à présent, on nageait donc en pleine stratégie thématique indifférenciée où chaque matin un sujet en remplaçait en un autre sans que le premier n’ait eu le temps de faire l’objet d’un véritable débat approfondi. TVA sociale, taxe Tobin, quotient familial, ouverture des magasins le dimanche, cinquième semaine de congés payés, coût du travail, etc. Une campagne en saut de puces. Et sur chacune de ces thématiques, pas d’argument/pas le temps (c’est un peu le pas de bras/pas de chocolat de la politique).

A la place, on a eu droit à une avalanche d’attaques ad hominem et de phrases toutes faites. Or qui dit toutes faites, dit toutes pensées. Voire pré-pensées.

En gros, les réactions aux diverses annonces peuvent se résumer par un tableau. En prenant les quatre partis qui sont pour le moment en tête dans les sondages (UMP, PS, Front national, Modem), voici le discours type des dernières semaines:

Ce tableau s’applique peu importe le sujet abordé. Est-ce qu’il est vraiment inenvisageable de s’arrêter sur un sujet et l’approfondir un peu histoire qu’on comprenne? Les Français ne sont peut-être pas dupes, mais ils n’ont pas tous un master en économie qui leur permet, devant deux déclarations incendiaires et lapidaires, de se faire une opinion sur les sujets abordés. 

C’est sans doute à ce défrichage explicatif que devraient s’atteler les émissions politiques. Mais les experts donnent l’impression de parler entre spécialistes (ou alors de ne parler de rien, ça dépend des émissions) alors que pendant ce temps, sur TF1, il y a toujours une Carole Rousseau pour nous appâter avec une femme manchote

Titiou Lecoq

Photo: une chouette à Amman. REUTERS/Ali Jarekji

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