«Si on s’engage sur 5% de chômeurs et qu’à l’arrivée il y en a 10...»
Par Jean-Marie Pottier |
publié le 18/01/2012 à 19h30, mis à jour le 18/01/2012 à 19h51
C'EST UNE VIDEO DETERREE, MERCREDI 18 JANVIER, par le chef
de file des députés PS Jean-Marc Ayrault, qui l’a postée sur sa chaîne YouTube.
On y voit, il y a cinq ans jour pour jour, Nicolas Sarkozy interviewé par
Arlette Chabot lors de l’émission «A vous de juger»:
«Je veux m’engager, par exemple, sur le plein emploi: 5% de
chômeurs à la fin de mon quinquennat. Et ce travail, on nous demande pas
une obligations de moyens, Mme Chabot, on nous demande une obligation de
résultats. C’est quand même extraordinaire, la démocratie faut qu’elle vive. Si
on s’engage sur 5% de chômeurs et qu’à l’arrivée il y en a 10, c’est qu’il y a
un problème. — Vous dites: objectif 5% pour le chômage.
Si vous êtes élu, au bout de votre mandat, au bout de cinq ans, vous n’arrivez
pas à ce chiffre, vous dites: "Je ne peux pas me représenter"? —Je dis aux Français: "C’est un échec
et j’ai échoué. Et c’est aux Français d’en tirer les conséquences".»
Il est depuis remonté à 9,8%, conduisant
Jean-Marc Ayrault à parler mercredi, lors de l’émissions «Questions d’Info», d’un
sommet social qui est en réalité celui «de la dégradation de l'emploi». L'ancienneté moyenne des chômeurs est passée de quatorze à quinze mois pour l'ensemble des chômeurs, et est restée stable à huit mois environ pour ceux qui retrouvent un emploi.
Sur l’ensemble du quinquennat, la France fait néanmoins
mieux que la moyenne de l’Union européenne (où le chômage, en partant de plus
bas en mai 2007, atteint également 9,8% aujourd’hui) et de la zone euro (où il
est à 10,3%, son plus-haut historique). En niveau de chômage absolu, elle ne
trouve en revanche derrière elle que les «PIGS», où le chômage a
explosé (de 8 à 23% en Espagne, de 8% à 19% en Grèce, de 4,5% à 14,5% en
Irlande) et la plupart des pays d’Europe de l’Est.
Malgré la crise, trois pays
ont quant à eux réussi à faire baisser le chômage sur l’ensemble du
quinquennat, si l’on se fie aux chiffres d’Eurostat: l’Autriche, la Belgique et surtout l'Allemagne où, d'un niveau sensiblement égal en début de crise, il est monté moins vite qu'en France et reparti ensuite à la baisse, à 5,5% aujourd'hui.
«Conséquence directe» contre «exonération»
Reste l’interprétation politique de la hausse du chômage
sur les cinq dernières années. Pour la droite, c’est la crise économique mondiale qui en est
responsable et la politique gouvernementale l’a amortie: fin décembre, le
ministre du Travail Xavier Bertrand employait encore cet argument en voyant
dans la hausse du chômage en novembre une «conséquence directe du ralentissement
de l'activité économique». La gauche, elle, blâme le gouvernement: fin
novembre, François Hollande estimait que le chômage élevé venait «sanctionner
une politique» et que le pouvoir ne pouvait s'en «exonérer par la crise».
Des interprétations concurrentes qui se retrouvent dans les
études publiées sur le sujet: il y a un an, la Direction du Trésor estimait ainsi
que «les mesures prises pour limiter les destructions d'emplois (extension de
l'activité partielle…) ou pour encourager les créations d'emplois (zéro charge
très petites entreprises -TPE-, développement de l'alternance…) ont limité les
effets sur l'emploi de la crise». Quelques mois plus tôt, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) estimait de
son côté que ce rôle d’amortisseur avait été contrecarré par la défiscalisation
des heures supplémentaires, mesure-phare des premières semaines du quinquennat.
Photo: une agence Pôle emploi. REUTERS/Eric Gaillard.