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Comment Sarkozy a lu le communiqué de Moody's

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 17.01.2012 à 14 h 55

Nicolas Sarkozy lors de sa conférence de presse au palais de la Moncloa (Madrid), le 16 janvier 2012. REUTERS/Susana Vera.

Nicolas Sarkozy lors de sa conférence de presse au palais de la Moncloa (Madrid), le 16 janvier 2012. REUTERS/Susana Vera.

«Vous n’avez peut-être pas eu les dernières informations?», «Si vous me posez une question sur ce qui s'est passé vendredi, c'est vendredi», «Formulez une question, Moody's, cela ne veut pas dire grand chose», «S'il y a quelqu'un qui veut me poser une question que je comprenne, j'y répondrai bien volontiers, je ne comprends pas votre question…».

Lundi après-midi, à Madrid, Nicolas Sarkozy a tancé un journaliste français de l’agence Reuters qui lui posait une question sur la perte du triple A lors d’une conférence de presse commune avec le nouveau Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy. Il lui a reproché de ne prendre en compte que la dégradation de la note française par Standard & Poor's et pas la décision de Moody's de ne pas placer la France sous perspective négative. Avant de consentir à répondre à une question d’une journaliste locale…

Deux points intéressants à relever dans cet incident. D’abord, la raison pour laquelle Nicolas Sarkozy a refusé de répondre à la question, l’annonce de Moody’s sur la note française, tombée vers 11h30 lundi matin. Selon lui, l’agence a confirmé «que la France garde le triple A».

En réalité, elle s’est contentée de prolonger son évaluation de la perspective de la note française, qu’elle avait lancée le 18 octobre: en clair, elle annoncera d’ici la fin du premier trimestre si elle maintient la note française sous perspective stable ou si elle la place sous perspective négative, ce qui annoncerait une possible dégradation à moyen terme (Standard and Poor’s avait ainsi placé la note française sous surveillance négative le 5 décembre avant de la dégrader le 13 janvier).

La France ne courait donc pas de risque de perdre son triple A chez Moody’s lundi mais seulement d'être placée sous surveillance négative, ce qui pourrait toujours se produire à brève échéance. D'où l'expression «épée de Damoclès» employée par le journaliste de Reuters.

Ensuite, le traitement médiatique de l’annonce de Moody’s et de la réaction de l'Elysée. L’interprétation de la nouvelle par Nicolas Sarkozy correspond (de manière tronquée) à son traitement par l’AFP:

«L'agence de notation Moody's a maintenu lundi la note maximale AAA de la France en prolongeant néanmoins son examen de la perspective "stable".»

Sa concurrente Reuters a elle opté pour une formulation différente:

«L'agence Moody's a répété lundi qu'elle examinait la perspective stable de la note Aaa de la France et qu'elle actualiserait les notes des pays de l'Union européenne au premier trimestre.»

Si l’AFP a consacré une dépêche au fait que le chef de l’Etat a «refusé à plusieurs reprises de répondre» aux questions des journalistes, Reuters n’en a à notre connaissance pas fait mention, mais a expédié un scud discret à l’Elysée en notant que «contrairement à ce que Nicolas Sarkozy a voulu y voir, le texte publié par Moody's ne fait que réaffirmer la position de l'agence».

Du côté de la presse, le journaliste du Monde Arnaud Leparmentier, qui a publié le verbatim de l’échange sur son blog L’Elysée côté jardin, estime que «Nicolas Sarkozy a volontairement créé» l’incident, tandis que le quotidien espagnol El Pais a pointé le ton «désagréable» du président avec la presse de son pays.

Photo: Nicolas Sarkozy lors de sa conférence de presse au palais de la Moncloa (Madrid), le 16 janvier 2012. REUTERS/Susana Vera.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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