Égalités / Monde

En Australie, l'impact désastreux du débat autour du mariage gay sur la santé mentale des LGBT+

Temps de lecture : 4 min

Une étude menée par une équipe de recherche de Sydney confirme que la violence des discussions a eu des répercussions observables. Et pas seulement dans la rue.

Inscription murale à Sydney, le 7 septembre 2017, au moment du débat sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe | William West / AFP
Inscription murale à Sydney, le 7 septembre 2017, au moment du débat sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe | William West / AFP

À Sydney, Brisbane et Cairns (Australie)

Fin janvier 2019, alors que l'Australie attendait avec fébrilité le verdict du procès de George Pell, ce cardinal haut placé accusé d’agressions sexuelles sur deux mineurs de 12 et 13 ans, une étude est venue rappeler les dégâts causés par le débat sur le mariage pour tous, dont l’Église, farouche opposante, fut partie prenante.

C’est que George Pell lui-même, ancien archevêque de Sydney, nommé par le pape François secrétaire pour l’économie du Vatican en 2014, se prononçait régulièrement contre les différentes représentations de l’amour et du sexe non hétérosexuels, tout en violant de jeunes garçons. Un double discours qui, non content de jeter un trouble sur l’Église catholique australienne et de mettre des centaines de familles en émoi, a eu des conséquences terribles, encore visibles plus d’un après la légalisation du mariage homosexuel.

Les personnes LGBT+, dont certaines sont croyantes voire pratiquantes, furent les premières victimes de ces débats souvent haineux, au terme desquels la population a voté par référendum postal (à la différence du processus français), fin 2017.

Violence symbolique

Une étude de quatre chercheurs et chercheuses en psychologie clinique de l’Université de Sydney, publiée il y a quelques semaines, propose de revenir sur la manière dont «le processus législatif lié aux droits des minorités stigmatisées est à même d'avoir des conséquences sur leur santé mentale».

Dans un article de vulgarisation publié par The Conversation, l'équipe de recherche met en avant le caractère «discriminant» d’un tel débat public, voué à échauffer les esprits des extrémistes de tous bords –une constante que l’on retrouve dans de nombreux pays.

«La santé mentale des personnes LGBT est la plus fragile de toutes les populations d’Australie. Elles auront davantage tendance, au cours de leur vie, à faire des tentatives de suicide ou à s’automutiler. Et l’on peut avancer que ceci est lié aux préjugés et à la discrimination plus fréquemment subie par ces dernières», peut-on lire.

En France, depuis les débats parlementaires sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe en 2013, la libération de la parole homophobe a également donné lieu à une recrudescence des actes violents envers les personnes LGBT+. «Malgré l’adoption du mariage pour tou·te·s en 2013, les préjugés restent tenaces et cette visibilité, qui bat en brèche le modèle familial traditionnel, dérange», pointait en décembre 2018 le rapport annuel de SOS homophobie.

Avant même l’augmentation des violences physiques, la communauté LGBT+ se souvient surtout de la violence symbolique qui s’est abattue sur le pays lorsque les franges conservatrices, galvanisées par l’opposition au projet de loi porté par Christiane Taubira, se sont restructurées, devenant l’hydre que l’on connaît aujourd’hui.

Pas besoin de regarder les archives, puisque l'on est en train de nous refaire le même coup avec la procréation médicalement assistée (PMA): faire traîner le sujet, en traitant les principales et principaux concernés comme des pions de l'opinion publique. Prévue fin 2018, la révision de la loi devra maintenant attendre mai 2019.

Pourtant, à l’inverse, lorsque l’égalité –puissant facteur d’intégration– fait son chemin, lorsque de nouvelles lois sont adoptées, les voix les plus hostiles se taisent peu à peu, la tendance s’inverse et la santé des sujets s’améliore.

Célébration de la victoire du «oui» à Sydney, le 15 novembre 2017 | William West / AFP

Rhétorique toxique

Si l’Église catholique n’est pas aussi puissante en Australie qu’en Europe, les argumentaires y furent extrêmement virulents, surtout pour un pays habitué au consensus: «La campagne du “non” a mobilisé les potentiels votants sur la peur de l’éducation sexuelle à l’école, ou encore sur la fluidité de genre, pour obtenir des soutiens, explique Jessica Kean, chercheuse en gender studies à l’Université de Sydney. On a également vu des affiches suggérant que les enfants élevés dans des foyers homoparentaux étaient davantage sujets à être agressés par leurs parents.»

Bref, comme en France, et ce malgré une population majoritairement ouverte, le débat s’est déplacé sur le plan de l’homophobie et des peurs irrationnelles.

Résultat: «Nous avons réalisé qu’une exposition accrue à la campagne du “non” avait augmenté les niveaux de dépression, d’anxiété et de stress, indépendamment de l’âge, du genre ou du statut socio-économique», affirme l’équipe de recherche.

Alors que les soutiens du «non» ont repris le cours de leur vie sans souffrir des conséquences du débat –puisque, rappelons-le, la question ne les concerne pas–, les minorités dont il est question ont eu à subir un sévère ajustement.

En février dernier, juste avant Mardi Gras, l’équivalent de la Marche des fiertés en Australie et l’événement LGBT+ le plus important du pays, Stephen S., directeur de la logistique du Sydney Gay and Lesbian Choir (la principale chorale LGBT+ de la ville), nous confiait: «L’an dernier, au sortir du vote, nous étions tous en PTSD [stress post-traumatique, ndlr] à cause des débats. Nous espérons que cette édition sera plus sereine.»

Importance de l'entourage

Heureusement, pour les gens bien entourés, l’acceptation constitue une bulle, qui contribue au mieux-être. Ce que confirme l’étude: «Les résultats ont montré que les LGBT+ qui pensaient que leur famille et amis étaient favorables au mariage gay étaient plus équilibrés, le soutien des proches créant un bouclier naturel face aux agressions venues de l’extérieur.»

Et à l’extérieur, on s’est agité comme jamais, dès 2006 –rappelons que l’homosexualité ne fut totalement dépénalisée en Australie qu’en 1997. George Pell, qui adorait faire la liste de tous les pécheurs de son pays, n'était pas en reste, oubliant visiblement que dans sa propre maison, plus de 1.800 prêtres catholiques –frères et sœurs– avaient agressé des milliers d’enfants pendant plus de soixante ans.

Dans cet incroyable article du Guardian, l’éditorialiste australien David Marr, ouvertement gay, rappelait il y a quelques jours les faits d’armes conservateurs de Pell: «Il a utilisé son énergie à combattre la contraception, l’homosexualité, le divorce, le mariage pour tous et l’avortement […], se montrant particulièrement virulent envers les gays.»

George Pell vient d’être reconnu coupable d'actes pédophilies. Le mariage, lui, est ouvert aux couples de même sexe en Australie depuis le 9 décembre 2017.

Félicien Cassan

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