Le charbon, vraie fracture énergétique en Europe
Économie

Le charbon, vraie fracture énergétique en Europe

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La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), annoncée fin novembre, acte la fermeture d’ici à 2022 en France des centrales électriques fonctionnant au charbon. Mais dans le monde, et notamment en Europe, ce combustible n’a pas dit son dernier mot. Pour combien de temps encore?

Le 27 novembre, le Président de la République Emmanuel Macron dévoilait depuis l’Elysée les grandes lignes de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE), la feuille de route énergétique de la France pour les dix prochaines années.)

L’annonce qui a particulièrement retenu l’attention est la fermeture d’ici à 2022 des quatre centrales à charbon françaises encore en activité. Deux d’entre elles sont la propriété d’EDF (la centrale du Havre en Seine-Maritime d’une capacité de 600 MW, et celle de Cordemais en Loire-Atlantique – qui comporte deux unités de production de 600 MW chacune), les deux autres du groupe allemand Uniper (les centrales de Saint-Avold, en Moselle, et de Gardanne, dans les Bouches-du Rhône).

Parmi les pistes de reconversion de ces sites : le système Ecocombust, développé par EDF, et d’ores et déjà mis en place à la centrale de Cordemais. Le principe est de remplacer le charbon par un combustible alternatif moins carboné et produit sur le site par la densification de déchets verts locaux (résidus ligneux tels que les bois provenant des tailles et élagages des parcs et jardins).

La France pionnière, mais minoritaire

Au delà de l’annonce, en France, l’arrêt d’exploitation des centrales à charbon n’a rien d’une révolution. D’une part, notre pays ne représentait en 2017 que 0,2% de sa consommation mondiale selon le Statistical Review of World Energy publié en juin 2018 par la société BP. Loin, très loin, derrière la Chine (51%), l’Inde (11%) et les Etats-Unis (9%). D’autre part, dans l’Hexagone, le poids du charbon dans la production d’électricité est minime : seulement 1, 85% en 2017 selon les chiffres de RTE (Réseau de Transport d’Electricité).

C’est sensiblement plus que les bioénergies (déchets, bois, biogaz) et le solaire qui représentent respectivement 1,79% et 1,73% du mix énergétique français. Mais c’est nettement inférieur à l’éolien, qui participe à 4,5 % à la production d’électricité en France. Dans le tiercé de tête du mix énergétique français, le nucléaire domine avec 71,6%, suivi par l’hydraulique, 10,1%, et le gaz, 7,7 % A noter que la France a déjà « décarboné » plus de 90% de son électricité, ce qui en fait le pays le moins émetteur de CO2 parmi ceux du G20.

Dans son allocution du 27 novembre, Emmanuel Macron qualifiait ces fermetures de «mesure pionnière» visant à «nous désintoxiquer des énergies fossiles» . «Car la réalité, poursuivait-il, c’est que, partout dans le monde hélas, non seulement on ne ferme pas, mais on ouvre de nouvelles centrales à charbon.»

Pas besoin de chercher bien loin. En plus des géants chinois, indien et américain, c’est le cas au sein même de l’Union européenne: l’Allemagne, la Grèce, la République tchèque, la Bulgarie ou la Pologne, pays hôte de la COP24 à Katowice (ville située au cœur du bassin houiller de Haute-Silésie), misent encore sur le charbon pour produire de l’électricité.

Le 4 décembre, au lendemain de l’ouverture officielle de la conférence sur le climat, le président polonais Andrzej Duda annonçait la couleur: «tant que j’occupe en Pologne la fonction de président, je ne permettrai pas qu’on assassine l’industrie minière polonaise». Selon Eurostat (qui dépend de la Commission européenne), le pays produit 80% de son électricité grâce au charbon et une nouvelle centrale géante de 1000 mégawatts est actuellement en chantier. Parmi les autres mauvais élèves de l’Union européenne, toujours selon les chiffres d’Eurostat : la République tchèque et la Bulgarie qui en tirent plus de la moitié de leur électricité, la Grèce 45 % et l’Allemagne 35%

Les griefs contre le charbon

Mais que reproche-t-on au juste au charbon

1. Il est nocif pour la planète

Plus de deux ans après la signature de l’accord de Paris, qui appelait à la baisse des émissions des combustibles fossiles (charbon en tête) afin de renforcer la réponse globale à la menace de changement climatique, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du Climat) de l’ONU s’est récemment montré alarmiste.

Selon lui, il y aurait de graves conséquences si la planète ne réduisait pas de manière importante ses émissions au cours de la prochaine décennie. Pour cela, le GIEC suggère de fermer 60% des centrales électriques au charbon existantes d’ici à 2030. Car le charbon est de loin la source d’électricité qui génère le plus d’émissions de gaz à effet de serre (tels que le dioxyde carbone, le méthane ou encore le protoxyde d’azote).

2. Il est nocif pour la santé

Mauvais pour la terre et le climat, le charbon l’est tout autant les hommes, la combustion contribuant à la pollution atmosphérique.

Rien qu’en Europe, d’après une étude de l’ONG britannique Sandbag réalisée à partir de données de l’agence européenne de l’environnement et selon la méthodologie de l’OMS, le charbon serait chaque année responsable de 12 000 morts prématurées (ainsi que de nombreux cas d’asthmes chez l’enfant et de bronchites chroniques chez l’adulte)

Et plus de la moitié de ces décès seraient causés par les seules centrales allemandes et polonaises qui utilisent comme combustible le lignite, le type de charbon considéré comme le plus «sale» en terme de retombées sanitaires.

3. Il est de moins en moins rentable... heureusement

Certes le constat n’est pas des plus réjouissants. Pourtant, c’est l’argument économique qui présidait jusque-là au maintien de l’exploitation du charbon dans la production d’électricité. Et pas moins de 1 600 centrales sont en construction ou en projet dans le monde. Mais la situation est en train de tourner. Le charbon, qui représente aujourd’hui 38% du mix énergétique mondial selon le Statistical Review of World Energy de juin 2018, se révèle de moins en moins rentable.

Selon une étude publiée fin novembre par le groupe de réflexion Carbon Tracker, 40% des centrales à charbon dans le monde ne sont pas rentables, à cause du renforcement des réglementations antipollution couplé à une taxation en hausse du CO2 émis. Et d’ici à 2070, 70% d’entres elles ne le seraient plus.

Les énergies renouvelables moins coûteuses

Mais les principaux responsables de ce revirement sont les énergies renouvelables qui deviennent de moins en moins chères à produire.

Selon cette même étude, d’ici à 2030, il sera moins coûteux d’avoir recours aux nouvelles sources d’énergie solaire et aux éoliennes que de maintenir en fonction 96% des centrales à charbon.

Une nouvelle donne qui, semble-t-il, mine l’avenir du charbon.

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