Économie

Covid-19: la France, championne des dépenses publiques sociales

Temps de lecture : 6 min

Malgré la perspective d'un vaccin, les économistes se montrent réservés et les organisations humanitaires dressent un premier bilan très lourd de la pandémie.

La situation devrait s'améliorer dans les prochains mois, mais cette reprise s'annonce inégale selon les pays. | Alexandre .L via Unsplash
La situation devrait s'améliorer dans les prochains mois, mais cette reprise s'annonce inégale selon les pays. | Alexandre .L via Unsplash

C'est reparti! Déjà, à la sortie du premier confinement, les financiers avaient bruyamment salué la reprise de l'activité et poussé Wall Street vers de nouveaux records pendant l'été alors même que de nombreuses inconnues subsistaient sur la suite des événements. Cette fois, c'est l'annonce de la mise au point de plusieurs vaccins et de leur commercialisation qui fait flamber les cours alors que des mesures de confinement plus ou moins sévères restent en application dans de nombreux pays et que le nombre journalier de cas détectés atteint des sommets aux États-Unis et remonte au Brésil.

Nouveaux records à Wall Street

Le vendredi 4 décembre, les trois indices phares de la bourse de New York, le Dow Jones, le S&P 500 et le Nasdaq Composite, ont tous battu leurs records. Ce ne sont donc plus seulement les grandes valeurs technologiques et de nouvelles venues comme Tesla (qui vaut aujourd'hui environ 468 milliards d'euros, quand Peugeot et Renault ensemble n'arrivent pas à 30 milliards) qui tirent leur épingle du jeu: la plupart des grandes sociétés cotées sont à la hausse, seuls quelques secteurs comme l'énergie (principalement les compagnies pétrolières) et les financières n'ayant pas encore retrouvé leur niveau du début de l'année.

Les mesures votées par le Congrès pour soutenir l'économie ont parfaitement joué leur rôle. Il en est ainsi notamment du programme Paycheck Protection d'aide aux petites et moyennes entreprises: non seulement elles ont pu bénéficier de prêts, mais le remboursement de ces prêts pouvait ne pas être exigé si l'emploi était sauvegardé. Compte tenu du choc subi au premier semestre et du recul du PIB, les résultats des entreprises auraient dû chuter. Cela n'a pas été le cas. Selon les statistiques publiées par le Bureau of Economic Analysis, les profits n'ont reculé que de 12% au premier trimestre et 10% au deuxième avant de remonter de façon spectaculaire de 27,1% au troisième. Cette remarquable résistance du système productif américain explique en grande partie les performances boursières.

Plus de 340 millions par jour de gain pour Elon Musk

Elon Musk, qui détient plus de 20% du capital de Tesla, a vu sa fortune augmenter en moyenne de plus de 340 millions de dollars par jour depuis le début de l'année. Mais le bonheur des actionnaires n'est pas celui de l'ensemble des Américains. Comme le souligne Jerome Powell, président de la Réserve fédérale des États-Unis, bien des incertitudes demeurent. Plus de la moitié des vingt-deux millions d'emplois perdus en mars et avril ont été regagnés; c'est bien, mais cela signifie que plus de dix millions d'entre eux ne l'ont toujours pas été et que beaucoup ne le seront pas avant plusieurs mois, voire plusieurs années.

Laurence Boone, économiste en chef de l'OCDE, se place exactement dans cette perspective: «En dépit du formidable soutien d'urgence apporté par les pouvoirs publics, et même dans un scénario favorable, la pandémie aura mis à mal le tissu socio-économique partout dans le monde. Dans de nombreuses économies, la production devrait rester, en 2022, inférieure de 5% aux prévisions d'avant la crise, faisant craindre que le coût élevé de la pandémie ne s'inscrive dans la durée.» Angel Gurria, secrétaire général de cette même organisation, expose très concrètement ce que représentent les pertes de production de ces derniers mois et le lent redressement à venir: «Nous estimons que le PIB mondial sera fin 2022 inférieur de 7.000 milliards de dollars –soit environ presque un tiers de l'économie américaine– à ce que nous anticipions avant la pandémie, autrement dit des répercussions colossales en termes économiques et humains.»

Une reprise très inégale

Les principales organisations internationales sont d'accord sur un point: la situation devrait s'améliorer dans les prochains mois, mais des divergences demeurent sur le rythme de cette amélioration et surtout sur la façon dont elle se fera sentir dans les différents pays. Ainsi l'OCDE insiste sur le fait que cette reprise s'annonce inégale selon les pays. Le marché boursier reflète ces écarts de croissance attendus pour les prochains trimestres, si l'on excepte l'envolée des cours américains, sans doute excessive à l'aune de toutes les incertitudes qui entourent le futur proche. Ainsi, la Bourse de Shenzhen, celle qui illustre le mieux le dynamisme de la nouvelle économie chinoise, enregistre depuis le début de l'année une hausse presque aussi forte que celle du Nasdaq, à plus de 30%. De même, la hausse des marchés de Taïwan et de la Corée du sud reflète la façon dont ces pays ont su gérer la crise sanitaire.

L'Europe apparaît bien en retrait. Si, en Allemagne, le DAX 30 est maintenant en légère hausse, à Paris, le Cac 40, malgré une progression exceptionnelle au mois de novembre (20,1%, la plus forte jamais enregistrée en un mois si l'on excepte celle de 24,5% en février 1988), reste en recul de 6%, à peu près comme la bourse de Milan, tandis que les bourses de Madrid et de Londres perdent autour de 13%, ce dernier marché subissant de surcroît l'effet de toutes les inquiétudes liées au Brexit. Ces écarts paraissent étroitement corrélés aux différences de croissance qui devraient être enregistrées cette année et l'année prochaine.

Les petits malheurs des actionnaires pourraient être considérés comme secondaires s'ils ne constituaient l'indice de difficultés beaucoup plus graves pouvant affecter d'autres catégories sociales, difficultés que décrit l'Insee dans la dernière édition de son document «France, portrait social», centré cette année sur l'impact de la crise sanitaire et du premier confinement, avec notamment la perte de 715.000 emplois au premier semestre. Même pour ceux qui ont gardé un travail, on voit de grandes inégalités entre les cadres souvent en télétravail et les ouvriers et employés plus souvent en chômage partiel. Au total, un quart des ménages estiment que leur situation financière s'est dégradée.

La France en tête pour les dépenses sociales

Mais, quel que soit notre jugement sur la situation de notre pays et l'action de notre gouvernement, un fait doit être mis en évidence: dans les périodes de crise où l'on peut avoir besoin de la solidarité nationale, vivre en France est sans doute une chance. Les dernières statistiques de l'OCDE le montrent clairement: notre pays est celui où les dépenses publiques sociales sont les plus élevées, à 32% du PIB, devant la Finlande (29,6%) et le Danemark (29,2%). Y est-on mieux qu'en Allemagne, où ces dépenses montent seulement à 25,4% du PIB, mais où le chômage ne s'élevait qu'à 4,5% de la population en octobre contre 8,6% ici, la question peut être débattue. En tout cas, Français ou Allemands, nous appartenons à des pays où l'on peut bénéficier, en cas de problèmes graves, de filets de sécurité. Ce n'est pas le cas dans tous les pays.

La dégradation de la conjoncture tire les salaires vers le bas.

L'Organisation internationale du travail tire la sonnette d'alarme. Il ne faut pas commettre d'erreurs en interprétant les statistiques sur les salaires: elles peuvent ici et là faire apparaître des hausses du salaire moyen, mais ce pourrait être pour une mauvaise raison, la sortie du marché de l'emploi des personnes ayant les rémunérations les plus faibles. Et même si les mesures prises permettent de préserver l'emploi, la dégradation de la conjoncture tire les salaires vers le bas. Quant aux femmes, elles seraient proportionnellement davantage touchées que les hommes, notamment du fait de la baisse des heures travaillées.

Montée de la grande pauvreté

Le ralentissement de l'économie mondiale a des effets dévastateurs sur les pays les plus pauvres, même s'ils ne sont pas directement affectés par la pandémie. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), celle-ci pourrait pousser 207 millions de personnes supplémentaires vers l'extrême pauvreté d'ici à 2030, ce qui porterait le nombre total des très pauvres à plus de un milliard, si les pays concernés ne parvenaient pas à retrouver la trajectoire de croissance qui prévalait auparavant (l'extrême pauvreté dans les pays émergents ou en développement est définie par le fait de disposer de moins de 1,90 $ par jour, sachant que ce seuil est ajusté en fonction du niveau de vie de chaque pays).

Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, s'inquiète: en raison de la crise, «les budgets de l'aide humanitaire font face à des coupes terribles alors que l'impact de la pandémie mondiale continue de s'aggraver». Du seul fait de cette pandémie, le nombre de personnes tributaires de l'aide internationale passerait cette année de 160 à 235 millions de personnes. «Le tableau que nous présentons, affirme Mark Lowcock, chef de l'OCHA (Office for the coordination of humanitarian affairs), est le plus sombre que nous ayons jamais exposé en matière de besoins humanitaires.»

On pourrait se dire que le ralentissement de l'activité économique a au moins un avantage, celui de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Selon les premières estimations de l'Organisation météorologique mondiale (OMM), cette réduction serait de l'ordre de 4,2% à 7,5% en 2020. Autrement dit, la présence de CO2 dans l'atmosphère aura continué à augmenter à un rythme à peine réduit. Il ne va pas être facile, dans les prochaines années, de concilier politique de relance de l'activité et politique climatique.

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