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L'Union européenne, portrait d’un géant en crise d’identité

L'Europe vue du ciel par la Nasa, en 2000. REUTERS/NASA/Handout.

L'Europe vue du ciel par la Nasa, en 2000. REUTERS/NASA/Handout.

Les statistiques rappellent le poids économique d’un ensemble dont, de l’intérieur, on ne perçoit pas toujours le dynamisme.

Victime d’un «bug» d’ambition dans la sphère politique, l’UE manque parfois de hardiesse pour revendiquer dans le monde le rôle réel auquel son poids lui donne pourtant droit. Voici donc le portrait économique d’une Union dont, de l’intérieur, on ne perçoit pas toujours le dynamisme.

À la base de celui-ci, on trouve le moteur démographique. Sa population, depuis qu'elle est passée à 28 membres le 1er juillet 2013 avec l'adhésion de la Croatie, se monte à quelque 506 millions de personnes sur 743 millions d’habitants en Europe (dont 335 millions pour les 18 membres de la zone euro).

Alors que la population mondiale est de 7,07 milliards de personnes, l’UE n’est pas la région la plus peuplée de la planète, loin derrière la Chine avec ses 1,35 milliard d’habitants ou l’Inde et ses 1,22 milliard. Mais à 28, elle pèse plus démographiquement que les Etats-Unis avec leur 317 millions d’individus, la Russie avec 142 millions ou le Japon avec 127 millions.

Notons que, en approchant des 66 millions d’habitants, la France seule pèse moins de 1% de la population mondiale et que l’Allemagne, à 81 millions, n’est guère au-dessus.

500 milliards de dollars de plus que les États-Unis

Ce poids démographique de l’Union européenne se lit également dans son économie, qui reste à ce jour la première mondiale. La production de l’ensemble des richesses de ses membres –le produit intérieur brut– a atteint 16.700 milliards de dollars en 2012 (environ 13.000 milliards d’euros), devançant celle des Etats-Unis (16.200 milliards de dollars). Ainsi l’Union européenne s’adjuge-t-elle 23% du PIB mondial, la zone euro seule intervenant pour sa part pour 17%. 

Certes, la Chine progresse à grande vitesse. Suivant les méthodes de calcul, la Banque mondiale estime même que l’économie chinoise pourrait dépasser l’américaine dès cette année, ce qui pose malgré tout la question de la fiabilité des statistiques fournies par Pékin. Reste que l’Union européenne fait à ce jour au moins jeu égal avec les Etats-Unis et la Chine pour former le trépied à partir duquel s’articule l’économie mondiale.

L’Union prend ici toute sa valeur: la France seule, avec à peine plus de 2.600 milliards de dollars de PIB, pèse moins de 4% du PIB mondial. Et même l’Allemagne, avec 3.400 milliards en 2012, est à moins de 5%.

Bien lotie en PIB/habitant

Bien sûr, on ne vote pas pour un PIB, et seule sa traduction dans la vie des citoyens présente un intérêt pour les électeurs. Le produit intérieur brut par habitant livre des indications. Les pays d’Europe ne sont pas les plus mal lotis, loin de là. Néanmoins l’Australie, les Etats-Unis, le Japon, la Suisse, la Norvège, certaines monarchies pétrolières et des paradis fiscaux… sont, d'après les statistiques de la Banque mondiale, mieux placés.

Dans l’Union européenne, la France, avec 39.700 dollars de PIB par habitant en 2012, arrive derrière l’Allemagne à 42.600 dollars, la Belgique à 43.400 dollars, la Finlande à 45.700 dollars, les Pays-Bas à 45.900 dollars… mais devant l’Italie, l’Espagne, la Pologne et d’autres. Elle se situe au-dessus de la moyenne européenne selon l’Insee, avec un indice 108 pour un niveau de 100 pour l’ensemble de l’UE.

En termes de pouvoir d’achat en France, la crise a laissé des séquelles, avec notamment un recul sensible de 1,4% par personne et de 1,9% par ménage en 2012 selon l’Insee, ce qui traduit la panne de croissance de l’économie française.

Toutefois, il ne s’agit que de moyennes: tout dépend ensuite de la redistribution des richesses à l’intérieur de chaque pays, et de l’amplitude des écarts dans cette redistribution en fonction des politiques mises en œuvre. Les problématiques sont alors nationales et non européennes, même si de plus grandes coordinations seraient préférables à l’application exacerbée d’un principe de concurrence (fiscale, par exemple) contre-productif pour l’adhésion à l’idée européenne!

Importance des échanges intra-communautaires

C’est d'ailleurs dans le cadre de l’Union européenne qu’une relance peut le mieux se manifester, surtout au niveau du commerce extérieur. Située au 6e rang mondial pour les exportations et 5e rang mondial pour les importations en 2013, la France trouve 60% de ses débouchés à l’exportation au sein de l’UE, qui elle-même lui fournit 58% de ses importations.

Globalement, tous les pays de l’Union puisent dans le commerce intra-communautaire plus de la moitié de leurs échanges extérieurs. Ainsi, le Sénat note que «selon l'Insee, la part des exportations des pays de la zone euro en direction de la zone euro est de 67,3% et la part des importations des pays de la zone euro en provenance de la zone euro s'élève à 63,4%». Et cette tendance n’a cessé de s’accroître au cours des quinze dernières années, ce qui souligne l’intérêt de l’Union pour l’ensemble des membres et le dynamisme de leur commerce extérieur.

Surtout, collectivement et sans tenir compte du commerce intra-communautaire, l’Union européenne pointe au premier rang des grandes zones commerciales de la planète, avec 15% des exportations mondiales de marchandises et 25% des exportations de services, devançant sur l’ensemble de ces prestations aussi bien la Chine que les Etats-Unis. Ces statistiques européennes sont-elles trop optimistes? Celles de la Banque mondiale font état de la même tendance, avec, en 2012, une Europe à 27 assurant 12% des exportations mondiales, contre 13% pour l’Alena (Etats-Unis, Canada, Mexique).

Ces photographies des échanges doivent être analysées en regard des prestations des membres pris isolément: 3,1% des exportations mondiales de marchandises et 4,8% des services pour la France, et respectivement 7,7% et 5,9% pour l’Allemagne… Hors de l’Union, les pays membres ne pèsent plus dans le monde pour défendre leur mode de société.

Des économies qui se redressent

Pour autant, la crise de la dette publique dans la zone euro a créé une situation difficile. Alors que des zones, en Asie et au Moyen-Orient, sont portées par la croissance et que les Etats-Unis ont effacé les effets de la crise économique, «la plupart des pays de l’UE ont vu leurs exportations de marchandises reculer en 2012 en raison des problèmes structurels dans la zone euro», note la Banque mondiale. Les exportations de services ont aussi été touchées: recul de 3% pour le Royaume-Uni, deuxième exportateur mondial de services, de 1% pour l’Allemagne et de 6% pour la France.

Mais l’Union progresse collectivement vers la résolution de cette crise, comme le montre le redressement ou la stabilisation des économies les plus touchées: en Irlande (où le PIB va repartir pour la première fois depuis 2007), au Portugal (qui sortira de son plan d’aide sans filet de sécurité), en Espagne (croissance de 0,3% fin 2013), en Italie (sortie de la récession) et même en Grèce (qui peut à nouveau se financer sur les marchés internationaux). 

Il existe bien d’autres éléments pour analyser la situation de l’Union européenne que nous n’aborderons pas ici, notamment culturels. Soulignons seulement le rôle joué par l’euro, qui a déjà fait l’objet de nombreuses chroniques sur ce site qui donnent la mesure du débat.

Rappelons néanmoins que, quinze ans après sa création (et douze ans d’existence physique fiduciaire), la monnaie européenne est la deuxième monnaie mondiale avec 27% des réserves internationales contre 62% pour le dollar. Depuis le recul de la livre britannique, on évoque souvent la montée en puissance du rouble russe ou du yuan chinois et, suivant les époques, du yen japonais. Mais l’euro conserve son statut. Son niveau élevé n’est pas un atout pour l’Europe. Sa stabilité, si.

Gilles Bridier

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