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Paul Krugman: «l’Europe est dans une situation pire que le Japon»

Slate.fr, mis à jour le 20.04.2014 à 14 h 00

Pour le prix Nobel d'économie, la situation de l'économie européenne est plus mauvaise que celle du Japon quand il a plongé dans la déflation pour ne plus en sortir pendant plus d'une décennie.

Paul Krugman en 2008. REUTERS/Fredrik Persson

Paul Krugman en 2008. REUTERS/Fredrik Persson

Le prix Nobel et économiste de gauche Paul Krugman n’a pas pour habitude de manier la langue de bois et l’interview qu’il vient de donner à la chaîne de télévision américaine Bloomberg sur la situation de l’économie mondiale est tout sauf réjouissante. En voici quelques extraits.

-Sur l’Europe

«J’ai à dire quand les Européens affirment, nous ne sommes pas le Japon [entrainé dans la stagnation et la déflation], je suis d’accord. Le Japon n’a jamais été dans une situation aussi dramatique que l’Europe en ce moment. Il n’a jamais connu un chômage de masse. Il n’y  a jamais eu une partie du Japon qui allait aussi mal que l’Espagne ou la Grèce aujourd’hui. Donc la notion comme quoi ils vont mieux que le Japon est contestable. Ils font pire que le Japon a jamais fait».

-Sur les inégalités

«Il n’y a aucune preuve que le type d’extrême inégalité que nous connaissons est une bonne chose pour la croissance. En fait, il y a beaucoup de preuves que c’est mauvais pour la croissance économique. Personne ne veut que nous [les Etats-Unis] devenions Cuba. La question est: devons-nous avoir des niveaux d’inégalités qui ne sont pas loin des plus importants jamais atteints dans le monde? Nous sommes vraiment partis pour établir de nouveaux records ici. Est-ce que c’est une bonne chose pour qui que ce soit?

Si vous regardez notre histoire, depuis que les inégalités ont commencé à augmenter dans les années 1980, les 50% des Américains qui se situent en bas de l’échelle des revenus ont été plus ou moins laissés de côté. Il n’y a pas eu de montée de la marée qui a élevé toutes les embarcations.»

-Sommes nous de retour au XIXème siècle?

«C’est plus que cela. Nous sommes revenus à l’âge d’or de l’inégalité et plus encore. C’est la «Belle Epoque» comme dirait Piketty. Ce n’est pas seulement une période de grande inégalité mais d’augmentation rapide de l’inégalité héritée et je pense que si les gens comprennent ils diront non, nous ne voulons pas de cela et nous pouvons l’empêcher d’une façon qui n’est pas extrême, qui n’est pas socialiste, mais dans la tradition américaine qui limite l'envolée des inégalités».

-Sur les errements de Wall Street et la responsabilité des gouvernements 

«Les gouvernements définissent tout le temps la forme des marchés. Il n’y a pas une loi de la nature qui dit que les gens sont libres de fabriquer une nouvelle fibre optique qui leur permet d’être 3 millisecondes en avance sur le reste du marché. C’est quelque chose qui peut certainement être régulé. Il y a deux choses dans cette affaire. La première est qu’un marché trop parfait limite la découverte de connaissances utiles et l’autre est que vous utilisez une grande partie de vos ressources pour quelque chose qui n’apporte aucun bénéfice social».

-Sur le poids du système financier

«Je pense qu’il n’y a pas assez de scepticisme. Notre secteur financier est devenu bien trop grand et concentré. Il est passé de 4% à 8% du PIB des Etats-Unis et il n’est pas clair du tout que cela rapporte quelque chose à la société. Je pense que l’opinion publique accepte trop facilement l’idée selon laquelle Wall Street rend un service utile».

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