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La carte des inégalités de revenus femmes-hommes en France

Camille Jourdan, mis à jour le 07.04.2014 à 18 h 43

Analyse des facteurs qui expliquent les écarts, qui vont de 8% en Guyane à 33% dans les Yvelines.

La journée de l’égalité salariale entre hommes et femmes, qui a lieu en France ce lundi 7 avril, est l’occasion d’observer, grâce à la carte ci-dessus, dans quels départements les différences de salaires entre hommes et femmes sont les plus importantes, selon les chiffres publiés l'an dernier pour l'année 2010 par l'Insee.

Le résultat n’est pas glorieux. En moyenne, en France, les hommes gagnent 23,6% de plus que les femmes. C’est dans les départements d’outre-mer, et en particulier en Guyane (8,3%), que les différences sont les plus faibles. Au contraire, dans les Yvelines, le niveau de rémunération des femmes est de 32,8% inférieur à celui des hommes. Les écarts sont également élevés en Loire-Atlantique, dans les Hauts-de-Seine, en Moselle, en Isère et dans le Territoire de Belfort.

Trois grandes explications

Quelques exemples frappants: une femme qui travaille dans la Creuse gagne en moyenne, à 70 euros près, le même salaire qu'une femme qui travaille dans le Haut-Rhin, à savoir autour de 16.600 euros annuels. La première est cependant mieux traitée que la seconde en comparaison des travailleurs hommes, qui touchent respectivement 19.240 et 22.687 euros en moyenne.

De la même manière, les salariées du Territoire de Belfort et de Corse du Sud gagnent un peu moins de 17.000 euros par an. Leurs homologues masculins, eux, gagnent respectivement 25.000 et 21.000 euros environ.

Pourquoi ces inégalités? Trois grandes explications ressortent. D’une part, les femmes ont souvent un temps de travail plus court que celui des hommes, davantage de femmes travaillant à temps partiel. D’autre part, elles occupent des emplois généralement moins qualifiés que les hommes, et par là même moins bien rémunérés.

Mais un troisième facteur entre en jeu: même à «emploi comparable», les femmes demeurent moins bien payées que les hommes. L’Insee résume:

«Si les temps de travail des femmes sont moins importants, la majeure partie de cet écart tient à la différence de salaire horaire. Celle-ci s'explique par deux effets: les femmes n'occupent pas les mêmes emplois que les hommes, et à emploi comparable, elles restent moins bien payées...»

Les inégalités augmentent avec le salaire

Autre constat de l’Insee: les inégalités salariales augmentent avec le niveau du salaire. Ainsi, les femmes cadres et professions supérieures sont davantage discriminées dans leur salaire que les employées et professions intermédiaires.

En Isère, où les hommes gagnent 27,7% de plus que les femmes, l'écart peut s’expliquer par le fait que ce département fait partie de ceux où le salaire moyen est le plus élevé. Il en est d'ailleurs de même pour les Yvelines ou encore les Hauts-de-Seine.

À l'inverse, à la Réunion, où les salaires des hommes ne sont «que» supérieurs de 10,8% à ceux des femmes, le grand nombre d’ouvriers comparé au nombre d’ouvrières est cité comme l’une des raisons:

«Les hommes, largement plus nombreux chez les ouvriers, catégorie la moins rémunératrice, voient leurs salaires tirés vers le bas et ce malgré la proportion plus importante d’hommes cadres. Les femmes, beaucoup moins présentes parmi ces catégories, sont en revanche plus nombreuses au sein de celle des employés, seule catégorie socioprofessionnelle qui propose un salaire horaire féminin plus important. Cette combinaison fait que les salaires horaires moyens masculin et féminin sont très proches.»

En Lorraine, et plus particulièrement en Moselle, l’écart élevé (28%) de salaires entre hommes et femmes est notamment dû à une grande féminisation du secteur de l’économie sociale dans la région. Or, qui dit secteur féminisé dit conditions de travail différentes: par exemple, «près de 6 postes sur 10» des femmes sont à temps partiel. Conséquence: des salaires plus faibles.

De multiples facteurs rentrent donc en jeu quand il s’agit d'analyser les inégalités salariales hommes-femmes. Un écart très élevé dans un département ne signifie pas nécessairement une forte discrimination envers les femmes dans les entreprises de cette zone particulière. Il peut aussi être révélateur de la répartition des catégories socio-professionnelles sur le territoire et de la féminisation des différents secteurs

Camille Jourdan

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Journaliste
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