Municipales 2014 / Économie

Municipales: François Hollande ne doit pas écouter sa gauche

Temps de lecture : 4 min

Quelle réponse donner à la défaite de dimanche? Le président devrait accélérer et renforcer la politique de l’offre qu'il a promis. Au point où il en est, il devrait prendre ce risque.

Manifestation de salariés d'Arcelor Mittal à Strasbourg en février 2013. REUTERS/Jean-Marc Loos
Manifestation de salariés d'Arcelor Mittal à Strasbourg en février 2013. REUTERS/Jean-Marc Loos

François Hollande doit-il changer de politique économique? La défection des électeurs de gauche est si forte qu’elle a, dès dimanche soir, provoqué des tempêtes dans les esprits. Que faire? Comment répondre à la défaite? Comment ne pas laisser filer les couches populaires au Front national? Comment faire avec la gauche de la gauche et les écologistes qui trépignent pour que le Président (re)tourne vers la gauche? Mais comment, quand l’Etat n’a plus de marge de manœuvre et quand Bruxelles veille?

François Hollande est au centre des critiques de toutes sortes: pas de ligne claire, pas d’autorité, pas de stature présidentielle et d’autorité. Le chef de l’Etat a déjà répondu: il ne changera pas de ligne économique. Mais ces déclarations ont été faites avant l’amplification de la défaite des socialistes, de la sienne donc. Au lendemain du second tour que doit-il faire?

Le gouvernement souffre de deux maux: un zigzag économique et un manque de professionnalisme. Le second sera réglé par un changement de Premier ministre, Jean-Marc Ayrault n’a pas su «définir la politique de la nation» et il n’a pas su faire défiler ses ministres au même pas. Que la vraie responsabilité en revienne en réalité à François Hollande est évident: il a laissé chacun exprimer ses sensibilités, il n’a jamais sanctionné ni Montebourg, ni Duflot.

Remettre l'Etat en état

Jean-Marc Ayrault n’en est pas quitte, il a trop souvent laissé les ministres avancer des projets inaboutis ou néfastes (le logement) ou mal ficelés et retoqués par le Conseil Institutionnel. Jamais l’Etat, si fondamental en France, n’a aussi mal fonctionné. Jamais aussi d’amateurisme. Les Français l’ont vu, ils veulent de l’autorité. Il faut de la méthode, de l’ordre pour remettre, si l’on peut dire, l’Etat en état.

Jean-Marc Ayrault eu beau faire campagne toute la semaine, contre l’esprit de la Ve République, pour sa prolongation, ce sera sans doute Fabius ou Valls. On verra. Il faudra que le couple président-Premier ministre soit soudé ou en tous cas le paraisse. Est-ce vraiment possible? Il faudra que François Hollande n’impose pas un gouvernement multi-courants encore ingérable.

La ligne? La ligne ne changera pas sur le fond. La stratégie est celle de «l’offre»: le Pacte de responsabilité pour que les entreprises regagnent en compétitivité. Il y aura même un agenda de baisses supplémentaires de la fiscalité et des charges sur les entreprises jusqu’en 2017. Second axe: pour financer cette baisse des charges, pour répondre en même temps aux engagements de la France à Bruxelles, il faudra abaisser les dépenses budgétaires de 50 milliards d’euros en trois ans.

Faut-il aller encore plus fort dans cette politique de l’offre? Les socialistes sont presque tous contre cette ligne qu’ils voient comme une somme de cadeaux aux patrons. Les municipales peuvent, à leurs yeux, leur donner raison. Ils veulent revenir en arrière. Hollande veut rester sur la ligne de sa conférence de presse de janvier, qui, selon lui, finira par payer.

Hollande doit prendre le risque

A-t-il raison? Oui sur la ligne, non sur la vitesse. Il faudrait accélérer et renforcer cette politique de l’offre. François Hollande, au point où il en est, devrait prendre le risque.

Les coupes budgétaires vont faire mal. Les retraités, les fonctionnaires vont être touchés. Des manifestations de rue sont très probables. Mais sur ce sujet, le chef de l’Etat ne peut rien faire. Il doit procéder à cette réduction des dépenses. Il peut, il devrait, en profiter pour bouleverser les missions de l’Etat, faire des réformes de structures fondamentales.

Plus de compétitivité, plus de rigueur, plus de réformes sur l’Etat: ce serait la bonne politique du courage. Et, en échange, François Hollande pourrait faire des concessions réelles, plus que superficielles, aux classes populaires et moyennes «en souffrance et en désespérance», comme l’a dit Jean-Marc Ayrault.

Michel Sapin a indiqué dimanche soir une inflexion. Il y aura des cadeaux aux classes défavorisées. Lesquels? On ne sait pas encore, sans doute des dégrèvements fiscaux. Le problème est leur hauteur et leur financement. Il faudrait dégager des vrais milliards (cinq? dix?) alors que le déficit dérape déjà au-delà des engagements. Comment résoudre cette équation impossible?

Va-t-il passer de la patience à l’offensive?

Aller à Bruxelles obtenir un nouveau délai de grâce, la France ayant déjà obtenu deux ans sur le retour sous les 3% (de 2013 à 2015). La présence du SPD à Berlin, devrait aider, espère-t-on à l’Elysée. La montée du FN en France sera mise en avant: la Commission ne peut ne pas voir que l’austérité fait grossir les populistes. Même si le débat est loin d’être clos sur ce point, Paris le fera valoir.

Tout cela peut-il marcher et conduire à une remontée de la gauche à l’horizon 2017? Tout dépendra des autres, de la croissance et donc de la consolidation de la reprise ailleurs, en Europe et dans le monde. Ce n’est pas impossible. Mais la question est la vitesse: si la France reste loin de ses voisins, si la croissance plafonne ici à 1% ou 1,3% tandis que l’Allemagne et la Grande-Bretagne atteignent 2% ou 2,5%? Si l’Italie et l’Espagne remontent? La comparaison sera cruelle.

La question au bout du compte est celle de François Hollande. Va-t-il changer d’attitude lui-même? Passer de la patience à l’offensive? Peut-il encore penser qu’il lui reste trois ans et que les choses vont forcément s’arranger? Ou bien lira-t-il ces élections comme l’échec de sa stratégie, de sa philosophie intime de la lenteur, de ne pas brusquer personne, à commencer par la France?

Eric Le Boucher

Eric Le Boucher Cofondateur de Slate.fr

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