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En Allemagne, le salaire minimum met fin aux «coiffeurs à dix euros»

Annabelle Georgen, mis à jour le 23.03.2014 à 12 h 05

NEXT13 - Start-up Salonmeister. NEXT Berlin via Flickr CC License by.

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À compter de 2015, les salaires de misère ne devraient plus être qu'un mauvais souvenir en Allemagne: tous les employés devraient bénéficier d'un salaire minimum à 8,50 euros de l'heure.

C'est l'une des grandes promesses de la «GroKo», la grande coalition formée par le SPD et la CDU. À l'automne 2013, les sociaux-démocrates en avaient fait une condition sine qua non de leur alliance avec les conservateurs d'Angela Merkel.

Lors de la campagne électorale allemande, l'exemple des employées des salons de coiffure n'a cessé d'être brandi pour plaider en faveur de l'adoption d'un salaire minimum. Pas plus tard que l'an dernier, les coiffeuses allemandes étaient nombreuses à être payées au tarif de 3,82 euros de l'heure dans les Länder de l'Est, ce qui a fait d'elles le symbole des salaires de misère en Allemagne.

Pour tenter de redorer son image, le secteur de la coiffure n'a donc pas attendu l'instauration d'un salaire minimum pour refondre ses grilles de salaire: dès le mois d'août 2013, syndicats et employeurs se sont mis d'accord sur un salaire minimum de 6,50 euros de l'heure à l'Est et de 7,50 euros à l'Ouest, qui devraient chacun augmenter de 50 centimes cette année.

Mais la situation des coiffeuses ne s'est pas améliorée pour autant, rapporte le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung.

Même s'il n'existe pas encore de chiffres officiels, plusieurs tendances sont déjà observables. D'abord, tous les employeurs ne se conforment pas à la nouvelle réglementation. C'est pourquoi le ministère allemand du Travail prévoit de mettre prochainement en place un numéro vert pour inciter les employées à dénoncer les employeurs malhonnêtes. De son côté, le syndicat du ministère des Finances réclame l'embauche de plus de 2.000 agents pour augmenter les contrôles, assez rares aujourd'hui.

Ensuite, de nombreux employeurs sous-déclarent le nombre d'heures effectuées par leur employées, rémunérant ces dernières en partie au noir. Une tendance en hausse, comme l'explique Sybille Hain, présidente de la corporation de Thuringe et Saxe-Anhalt:

«Beaucoup de coiffeuses travaillent aujourd'hui officiellement en tant que salariées à 450 euros. Le reste est payé en liquide, de la main à la main.»

D'après les estimations, 2 milliards d'euros, soit deux tiers du chiffre d'affaires de l'ensemble des salons de coiffures, échapperaient au fisc allemand chaque année.

Enfin, de nombreuses coiffeuses ont vu tout simplement leur nombre d'heures se réduire drastiquement dans des salons où les clients se font rares depuis que les prix ont augmenté pour financer les salaires. Comme témoigne le propriétaire d'une chaîne de quinze salons de coiffure dans la région d'Erfurt:

«Depuis qu'il y a un salaire minimum, j'ai 5 à 10% de clients en moins.»

L'adoption d'un salaire minimum signe en effet la fin des «coiffeurs à 10 euros», comme le rapportait récemment l'hebdomadaire Focus. C'est ainsi qu'on surnomme en Allemagne les très nombreux salons de coiffure proposant des coupes à prix cassés. Ceux qui ont augmenté le salaire de leurs employées ont été obligés d'augmenter leurs prix entre 15 et 30% l'an dernier pour compenser la baisse de leur chiffre d'affaire.

Annabelle Georgen
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Journaliste
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