Facebook, Google et les autres à la conquête des marchés émergents

MarK Zuckerberg au Mobile World Congress de Bracelone le 24 février 2014 // REUTERS/Albert Gea

MarK Zuckerberg au Mobile World Congress de Bracelone le 24 février 2014 // REUTERS/Albert Gea

De passage pour la première fois à la grand-messe annuelle du téléphone portable, le Mobile World Congress de Barcelone, le patron de Facebook est revenu sur son intention de contribuer au déploiement d'Internet dans les pays en développement.

Intitulée «internet.org» et lancée il y a plusieurs mois par Mark Zuckerberg en partenariat avec quelques gros bonnets des télécommunications (Samsung, Ericsson, Nokia, Qualcomm...), cette initiative vise à «rendre Internet accessible aux deux tiers de la population mondiale qui ne sont pas encore connectés», peut-on lire sur le site officiel.

«Facebook avait déjà conquis l'Amérique. Ils veulent désormais se saisir du reste du monde –et en particulier les endroits où les gens ne sont pas encore en ligne», résume la version britannique de Wired, dans un long reportage consacré aux pérégrinations du géant du web pour atteindre son objectif. Le magazine spécialisé a ainsi suivi deux émissaires de Facebook au Nigeria –George Wang and Ragavan Srinivasan– chargés de comprendre les spécificités des usages en Afrique. Et comme le note Wired, ils n'ont rien à voir avec «les affaires quotidiennes californiennes»:

«Alors que Facebook examinait le monde qu'il voulait conquérir, [la société] y a vu un mic-mac de réseaux non fiables, d'écrans à basse résolution et de processeurs merdiques.»

Pour engranger des utilisateurs en Afrique, en Inde ou en Amérique du Sud, Facebook doit donc adopter une approche complètement différente de celle jusque-là mise en oeuvre. A commencer par trouver un modèle de téléphone qui sera à la fois accessible aux populations visées et susceptible de se connecter à une application Facebook. Viendra ensuite la question de comment «nouer des connexions sur les réseaux sociaux entre des gens sans carnet d'adresse, sans adresse email, sans affilitation universitaire et qui seront peut-être la première personne de leur village à s'inscrire sur Facebook», note encore Wired.

S'il s'annonce «épique», l'enjeu en vaut la chandelle: cet investissement dans les marchés émergents «boostera les revenus publicitaires» de Facebook, constate un consultant en technologie interrogé par la BBC.

Même si pour Mark Zuckerberg, «ce modèle n'est pas profitable à court terme pour Facebook» qui risque selon lui «de perdre de l'argent à cause de ça pendant un moment», à long terme en revanche, il peut s'avérer très intéressant. Et si aux côtés de la louable intention de connecter chaque habitant de cette planète, cette analyse sous un angle purement commercial peut paraître «cynique», comme l'écrit justement Techcrunch, «elle colle parfaitement avec l'autre énorme nouvelle [de Facebook], l'acquisition la semaine dernière du géant de la messagerie WhatsApp, qui s'est révélé être un service populaire dans ces régions».

Facebook n'est d'ailleurs pas le seul géant à investir ces territoires. Google s'y est aussi mis avec son projet Loon, qui projette de déployer un réseau sans fil à l'aide d'une ribambelle de ballons géants, connectés entre eux et une antenne posée au sol.

Une initiative qu'un autre pape du web –et grand spécialisate de l'e-philantropie–, le fondateur de Microsoft Bill Gates avait accueilli de façon glaciale:

«Si vous mourez de malaria, je ne suis pas certain que ce ballon [de Google] vous aidera. Quand un enfant a la diarrhée, aucun site web ne peut le soulager.»