La sieste endort-elle l'économie espagnole?

Siesta / Decar66 via Flickr CC License by

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Le déjeuner à 14h, la sieste aux heures les plus chaudes, le dîner tard dans la soirée quand le soleil a laissé place à la nuit fraîche... Le célèbre rythme de vie espagnol pourrait vivre ses dernières heures. Le pays, mis à mal par la crise économique, cherche à tout prix à rétablir sa productivité, et les pauses déjeuner de deux heures n'aident pas, rapporte le New York Times.

La journée de travail espagnole est très longue, soulignait le Washington Post en septembre 2013: ils vont travailler une heure plus tôt que les Américains, et ne finissent pourtant qu'à la fin des heures «de jour». Cela donne une organisation différente: elle est d'abord coupée par une pause vers 11h, explique le Monde, consacrée au petit déjeuner qui a été négligé le matin. Autour de 14h, c'est l'heure de la pause déjeuner, qui prend fin vers 16h. Les salariés espagnols travaillent tard le soir, et l'heure traditionnelle du dîner se situe après 21h. Ces «bizarreries» mises à part, comme le précise le Washington Post, «cela signifie aussi que les gens restent debout plus tard et se réveillent plus tôt que ce qu'ils devraient –d'où le sentiment constant de décalage horaire. Les gens en Espagne passent également plus de temps hors de chez eux».

Gawker et le Washington Post citent un rapport du Parlement espagnol, publié en septembre 2013, qui montre entre autres que les Espagnols sont moins productifs et plus fatigués que leurs voisins européens. «Le groupe d'Ignacio Buqueras (la Commission nationale pour la rationalisation des horaires en Espagne) dit que les travailleurs espagnols passent autant de temps à l'ouvrage que les travailleurs allemands, mais n'atteignent que 59% de leur productivité», précise le New York Times. Le site rapporte également ces propos d'Ignacio Buqueras: «Si l'Espagne avait un emploi du temps rationnel, le pays serait plus productif.»

La solution est évidemment, pour le New York Times, d'abandonner cet emploi du temps totalement désynchronisé du reste de l'Europe. Le journal plaide pour une journée de travail classique de 9h à 17h, ainsi que la mise en conformité de son fuseau horaire: l'Espagne est à la même heure que la France (GMT+1 ou GMT+2 en été) alors qu'elle devrait être alignée sur Greenwich. Cette autre bizarrerie –les médias français en avaient beaucoup parlé en octobre 2013– est un héritage de la Seconde Guerre mondiale. L'Espagne franquiste s'était alignée sur l'heure de l'Allemagne nazie. Une situation qui perdure, comme en France, qui avait dû adopter l'heure de Berlin, et vit toujours sous l'heure de l'Occupation, comme nous vous l'avions raconté sur Slate au moment du passage à l'heure d'hiver.

Avant de changer le fuseau horaire de l'Espagne, qui serait selon El Pais cité par le Washington Post une mesure particulièrement coûteuse parce qu'impliquant l'«ajustement de l'agenda culturel entier pour s'adapter à une journée de travail plus courte. Tout, depuis les horaires des écoles publiques jusqu'au prime time télévisuel (il commence à 21h), devrait changer», Gawker détaille les mesures qui pourraient s'appliquer sans frais: se contenter d'une heure de pause déjeuner et promouvoir une journée de travail sur des horaires plus classiques.

D'autant que l'inadéquation des fuseaux horaires et du rythme de vie n'est pas rédhibitoire à une forte croissance: le Washington Post donne l'exemple de la Chine, qui, sur décision de Mao, vit à l'heure de Pékin et a enregistré une croissance 7,7% en 2013 alors que le soleil se lève à 9h à l'ouest du pays.

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