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L'Europe est-elle aussi corrompue que les Européens le pensent?

Joshua Keating, mis à jour le 04.02.2014 à 11 h 02

Des drapeaux européens devant le bâtiment de la Commission. REUTERS/Yves Herman.

Des drapeaux européens devant le bâtiment de la Commission. REUTERS/Yves Herman.

La corruption est, pour des raisons évidentes, une réalité difficile à quantifier. Ceux qui la pratiquent ne sont pas, comme on peut s’y attendre, désespérés au point de se confier sur l’étendue de leurs activités. Cela signifie que l’étude la plus populaire mesurant la corruption internationale, l’index réalisé par Transparency International, est en fait un sondage sur le niveau de corruption perçu par les citoyens d’un pays.

Pour cette raison, je pense que l’intérêt du nouveau sondage de la Commission européenne sur la corruption en Europe réside dans ce qu’il dit de cette perception des citoyens. «L’ampleur du problème en Europe est à couper le souffle», a dit la commissaire Cecilia Malmstrom en présentant un rapport selon lequel 76% des Européens pensent que la corruption est très répandue dans leurs pays.

Environ un quart des Européens disent être personnellement touchés par la corruption dans leurs vies quotidiennes. 8% disent avoir fait l'objet ou avoir été témoin d’un cas de corruption lors des douze derniers mois.

Comme vous vous y attendez, ces résultats varient de façon spectaculaire en fonction des pays. Selon le rapport:

«Les pays où les répondants sont le plus enclins à penser que la corruption est très répandue sont la Grèce (99%), l’Italie (97%), la Lituanie, l’Espagne et la République tchèque (95% chacune).»

Au Danemark, à l’inverse, ils ne sont que 10% à le penser.

Voilà qui colle avec ce à quoi on s'attendait sur la base des informations que nous avons sur ces pays, mais en creusant les données au niveau de chaque pays, on trouve des résultats un peu plus surprenants. Nombre de personnes n’ayant en fait pas vécu la corruption semblent assez certaines qu’il s’agit d’un problème sérieux et largement répandu dans leurs pays.

Par exemple:

«Au Royaume-Uni, seules 5 personnes sur 1115 ont connu une situation où l'on s'attendait à ce qu'elles paient un pot-de-vin (moins d'1% des cas), ce qui constitue le meilleur résultat de toute l'UE; toutefois, les données concernant la perception montrent que 64% des répondants au Royaume-Uni estiment que la corruption est très répandue dans le pays (la moyenne de l'UE étant 74%)»

Puis:

«Dans des pays tels que l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, l’Estonie et la France, bien que plus de la moitié des personnes interrogées estiment que la corruption est un phénomène très répandu, le nombre réel de personnes ayant dû payer un pot-de-vin est faible (environ 2%)».

Il est vrai, bien sûr, que toute la corruption n’est pas vécue viscéralement, à un niveau personnel. La plupart des Américains –au moins ceux qui ne franchissent pas régulièrement le pont George Washington– ne vivent probablement pas très souvent la corruption institutionnelle. Mais ils seraient naïfs de penser qu’elle n’existe pas dans une certaine mesure au sein du gouvernement.

De la même manière, les citoyens britanniques, allemands, hollandais, belges, estoniens et français n’ont pas tort de penser que la corruption existe dans leurs pays. Mais je pense qu’il est raisonnable de soupçonner qu’ils peuvent légèrement surestimer l’étendue du problème. A tout le moins, il est certain que quand ils parlent de corruption «très répandue» dans leurs sociétés, ils ne veulent pas dire la même chose que ceux qui vivent en Grèce ou en Italie, ou en Afghanistan et en Haïti.

Il ne s’agit pas de dire qu’il n’y pas de pertinence à attendre de ces mesures de perception, mais les utiliser dans des comparaisons pays à pays prête légèrement à confusion.

Joshua Keating

traduit par Jean-Laurent Cassely

Joshua Keating
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