Économie / Société

La smart city d’en haut et la smart city d’en bas

Temps de lecture : 2 min

Diehards at the Great Urban Hack. Post midnight at Eyebeam. #hacknyc / Jennifer 8. Lee via Flickr CC Licence By

Anthony Townsend, directeur de recherche à l'Institute for the Future de Palo Alto, est l’auteur de Smart cities, ouvrage très remarqué sur l'économie politique de cette ville intelligente dont urbanistes, élus, géants de l’informatique, geeks et autres hackers parlent depuis maintenant plusieurs années –sans forcément s’entendre sur une définition.

Dans une longue interview accordée à The Atlantic Cities, magazine américain de référence sur les tendances de l’urbanisme, l’auteur livre sa propre vision de la smart city.

Rappelons que la smart city vise l’«usage optimum», comme le note Julien Damon sur Slate, des ressources de la ville: énergie, construction, déplacements, gestion publique, etc.

Pour Anthony Townsend, la généralisation du portable et la multiplication des capteurs ouvrent la possibilité d'un Internet des objets, qui sera une révolution comparable à celle de l'ordinateur personnel. Le marché est immense, puisque selon Townsend les «smart» composants –la fibre, les microprocesseurs, les capteurs, les logiciels– représenteraient désormais de 1% à 3% du budget global de construction, qu’il s’agisse d’un immeuble à construire, d’un vaste programme immobilier jusqu’à l’infrastructure urbaine dans son ensemble.

A quoi ressemblera la smart city, qui s'apparente parfois à la «quête d'une nouvelle utopie» comme le mentionne le sous-titre du livre de Townsend? Plongera-t-elle ses habitants dans un décor de science-fiction, fait de superordinateurs massifs qui organisent les moindres aspects de la vie urbaine, lui demande la journaliste, puisque c’est cette vision qui est parfois «vendue» par les grands acteurs privés?

Pour l’auteur, l’établissement de la smart city se fera d’une manière «incrémentale, ad hoc» plutôt que centralisée, et va se développer un peu comme le web: «beaucoup de choses seront déployées par des décisions individuelles», à travers des «standards ouverts».

Le dilemme de la smart city est le suivant: après cinq ans de débats sur le sujet, nous savons, affirme l’auteur, que les idées utiles pour résoudre les problèmes urbains ne viennent pas de la grande industrie de la smart city –équipementiers, informatique, etc. Les bonnes idées viennent de la base, de ceux que Townsend nomme les «entrepreneurs sociaux» et autres «hackers civiques», mais le rôle des géants de l’informatique qui investissent le secteur –IBM, Cisco, Siemens— sera d’adapter les innovations à plus grande échelle pour en faire des outils «sûrs, fiables, reconfigurables de manière à pouvoir être répandus de ville en ville très rapidement».

Il faudra aussi faire attention aux véritables besoins de la population dans son ensemble, et ne pas se limiter à des «geeks [qui] construiront des applis pour trouver des itinéraires à vélo, pour trouver des bars à café et à cocktails, mais pas le genre de chose dont auront besoin les mères qui travaillent».

Autre question, et non des moindres, abordées dans l'interview: l'affaire Snowden a révélé l'ampleur de la surveillance électronique réalisée par la NSA à une échelle internationale. La collecte des données par les municipalités et leurs partenaires privés, matière première de la gestion de cette cité intelligente, ne sera tolérée par les citoyens qu'à la condition d'une très stricte transparence sur le cadre de leur utilisation.

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