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Le gâchis économique de Noël

Slate.fr, mis à jour le 30.12.2013 à 3 h 19

Les moyens consacrés à acheter des cadeaux, souvent inutiles, seraient bien mieux utilisés à autre chose.

Le professeur de ski Alberto Ronchi effectue un saut dans le nord de l'Italie, le 17 décembre 2012. REUTERS/Stefano Rellandini

Le professeur de ski Alberto Ronchi effectue un saut dans le nord de l'Italie, le 17 décembre 2012. REUTERS/Stefano Rellandini

Les cadeaux de Noël sont un rituel auquel il est impossible d’échapper. La pression sociale et commerciale est trop forte. Pourtant, d’un pur point de vue économique, il s’agit d’un gâchis et de l’utilisation en grande partie inutile de ressources qui seraient bien mieux employées à autre chose.

C’est la thèse, politiquement incorrect, que développe depuis plusieurs années Joel Waldfogel, Professeur d’économie de l’Université du Minnesota. Il la décrit notamment dans un article de l’American Economic Review et dans un livre intitulé: «Scroogenomics : why you shouldn’t buy gifts for the holidays» («L’économie de rapiat: pourquoi vous ne devez pas acheter de cadeaux pour les fêtes»).

Dans une interview à la chaîne de télévision publique américaine PBS, Joel Waldfogel, détaille sa théorie. «Le gâchis de Noël est lié au fait que des gens font des choix pour d’autres gens. Normalement, j’achète quelque chose qui coûte 50 dollars si à mes yeux cela vaut au moins 50 dollars. Si je dépense 50 dollars sans vraiment savoir ce dont vous avez besoin ou ce que vous aimez, je peux fort bien acheter quelque chose qui pour vous n’a aucune valeur».

Cette thèse s’appuie l’idée fondamentale dans l’économie de marché, que les individus sont les mieux placés pour prendre les décisions les concernant et quand d’autres prennent des décisions à leur place, en général elles ne correspondent pas vraiment à leurs préférences. De fait, c’est aussi l’une des critiques libérales les plus fréquentes contre l’influence excessive des gouvernements dans la vie économique. Quand le gouvernement réglemente étroitement les règles du jeu économique, cela signifie qu’il fait des choix à notre place.

Sur les cadeaux de Noël, Joel Waldfogel précise que le gâchis est d’autant plus important que la distance est grande entre les personnes qui s’ en offrent. Les parents ainsi «choisissent plutôt bien pour leurs enfants. Les amis font plutôt bien aussi les uns pour les autres». Le problème se complique quand les personnes se connaissent mal ou se voient une fois par an. Cela explique le succès des reventes massives de cadeaux en ligne.

«Je ne suis pas contre la consommation et la dépense, mais contre la consommation inutile en ce sens qu’elle n’apporte pas la dose de satisfaction attendue», souligne Joel Waldfogel. Il ajoute qu’au sein des familles quand les cadeaux sont vraiment importants, il s’agit de dons d’argent entre les générations pour des projets (achats de bien immobilier, automobile…) ou des occasions bien précises (mariages, naissances…).

En fait, l’échange de cadeaux typique de Noël n’a pas vraiment de sens économique et n’est pas un acte économique sauf pour les magasins qui les vendent et les entreprises qui les fabriquent. La raison d’être des cadeaux est émotionnelle. Ils sont le reflet de liens sociaux et pas forcément de nos besoins et de nos envies.

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