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Standard & Poor’s fait de la notation idéologique

Slate.fr, mis à jour le 11.11.2013 à 11 h 40

L'immeuble de Standard & Poor's à New York Brendan McDermid / Reuters

L'immeuble de Standard & Poor's à New York Brendan McDermid / Reuters

Donc l’agence de notation Standard & Poor’s a à nouveau dégradée vendredi 8 novembre la note de risque de crédit de la France la ramenant de AA+ à AA. Une décision présentée comme une sanction de la politique économique du gouvernement dont les réformes structurelles ne sont pas suffisantes pour permettre à l’économie française de retrouver de la croissance. S&P considère qu’entre le niveau devenu socialement insupportable des prélèvements obligatoires et l’absence de réformes profondes pour diminuer les dépenses publiques et rendre l’économie plus compétitive, la capacité de la France a remboursé sa dette diminue. Et S&P est là pour cela: évaluer la capacité des Etats et des entreprises à rembourser leurs prêteurs.

Mais dans son blog sur le New York Times, le prix Nobel d’économie Paul Krugman se lance dans une critique virulente de l’agence de notation qui a un tout autre poids que celles du gouvernement français.  Il estime que la décision de S&P n’est pas économique mais idéologique. Et il le fait dans deux posts successifs publiés vendredi et samedi.

Pour lui, la raison essentielle des attaques répétées contre la France de Standard & Poor’s mais aussi de The Economist ou plus récemment de CNN n’est pas le niveau de dette de la France, mais le fait que son gouvernement a décidé pour tenter de le réduire non pas de diminuer les dépenses et les prestations de l’Etat providence mais d’augmenter les impôts. Et pour l’économiste de gauche, rien ne prouve que ce soit forcément une mauvaise stratégie.

Paul Krugman explique que S&P n’a pas plus d’informations sur l’économie française et sa capacité à faire face à ses engagements que les grandes institutions internationales qui portent un tout autre jugement sur la France. Il ajoute que l’agence de notation n’a certainement pas de meilleurs modèles macroéconomiques que le FMI (Fonds monétaire international). Il compare d’ailleurs les projections du FMI pour deux pays, l’un la France qui vient d’être sanctionné par S&P et l’autre le Royaume-Uni, dont la politique économique est encensée par la même agence. Et devinez quelles sont les prévisions les plus favorables? Celles… pour la France dont la dette en pourcentage du PIB sera inférieure à celle du Royaume-Uni dès 2013 et dont  le PIB par habitant est supérieur (en base 100 en 2007) à celui du Royaume-Uni et le restera dans les prochaines années.

Alors pourquoi la France a été dégradée s’interroge Paul Krugman? Parce que selon Standard & Poor’s, le pays n’a pas fait les réformes qui permettent de soutenir la croissance à moyen terme. Le problème ajoute le Prix Nobel c’est que personne ne sait vraiment quelles sont les réformes qui sont susceptibles de doper la croissance.

«Les gens dans des institutions comme la Commission Européenne parlent avec une grande confiance des réformes structurelles et des choses magnifiques qu’elles font, mais il y a très peu de preuves évidentes pour soutenir cette confiance. Est-ce que quelqu’un sait vraiment que la politique de Hollande va déboucher sur une croissance de x pourcent ou plus surement de 0,x pourcent…»

En fait, si S&P se plaint du manque de réforme, c’est surtout que l’agence de notation n’accepte pas explique Paul Krugman «que Hollande augmente, et ne réduit pas les impôts sur les plus riches…».

«La pression pour des «réformes structurelles» n’est pas vraiment une question de croissance, c’est avant tout pour démanteler l’Etat providence», explique Paul KrugmanIl conclut, qu’il ne faut pas «prendre cette dégradation comme la démonstration qu’il y a quelque chose de pourri en France. C’est plus une question d’idéologie qu’une analyse économique défendable».

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