EconomieTech & internet

Le premier post de blog qui a parlé de Twitter en 2006 avait tout faux

Will Oremus, mis à jour le 07.11.2013 à 9 h 33

Et c'est une bonne leçon. Il vaut le coup d'être (re)lu par tous ceux qui s’intéressent au passé et au futur du service.

«On ne parle plus que de Twttr dans Silicon Valley!
RÉSUMÉ: Dodgeball, c’est pour les New-Yorkais ! Dans Silicon Valley, tout le monde utilise Twttr! Twttr est un nouveau réseau social conçu par Noah Glass (et son équipe), un type de chez Odeo et un très vieux camarade fondateur de Blogger, Ev Williams. (Twttr n’est pas un projet de premier plan.) Ce n’est pas très [...]»

Dans la première critique de Twitter sur ce blog spécialisé high-tech, l’application avait l’air ridicule et très mauvaise. Peut-être qu’elle l’était vraiment.

Ce blogueur sur les nouvelles technologies, c’est Om Malik. A mon sens, c’est un commentateur incisif et un écrivain sérieux. Il a transformé son blog, GigaOm, en véritable site d’infos en plein essor avec une équipe de reporters appliqués et précis. C’est pour ça que c’est si drôle de revoir cet horrible premier article posté à propos de Twitter (à l’époque, Twttr) qui date de juillet 2006, tout juste quatre mois après sa fondation.

Ce qui est encore plus intéressant, c’est que cet article, qui est probablement le premier rapport notable sur la Toile à propos de Twttr, est là pour nous rappeler que de temps en temps, la plus inepte et frivole des start-ups peut finir par changer le monde.

A cette époque-là, Twttr était un projet secondaire attaché à Odeo, une start-up de podcast lancée par Noah Glass et Ev Williams. Comme Nick Bilton le raconte dans son nouveau livre, Hatching Twitter (littéralement, l’éclosion de Twitter), tout est parti d’une conversation entre Glass et un employé d’Odeo, Jack Dorsey, un glandeur qui avait auparavant arrêté la fac et raté un entretien d’embauche chez un grand fabricant de chaussures.

Le premier article de Malik évoque les origines de l’idée, utilise la bonne orthographe du nom de l’application et identifie les acteurs clés de sa construction. En dehors de ça, avec un peu de recul, on voit qu’il n’a rien compris du tout au concept. Et il nous décrit tout ça dans une profusion d’erreurs grammaticales et de points d’exclamation. Toute cette exubérance irrationnelle commence dès la première phrase:

«Dodgeball, c’est pour les New-Yorkais! Dans Silicon Valley, tout le monde utilise Twttr!»

«Dodgeball», vous ne vous en souvenez sûrement pas, était un précurseur de Foursquare qui permettait aux gens d’envoyer par texto leur position et de recevoir des notifications de la part de leurs amis ou de potentiels flirts qui se trouvaient à proximité. Twttr a été tourné en dérision dans un commentaire à l’article de Malik comme étant «une version allégée de Dodgeball», parce qu’il ne permettait pas de localiser les flirts potentiels. Mais l’article de Malik n’est même pas allé jusqu’à comparer les points négatifs et positifs des deux services. Il a décrit Twttr de cette manière:

«Twttr a associé les messages courts ou les SMS à une manière de créer des groupes sociaux. En envoyant un texto à un numéro court (pour TWTTR), vous pouvez partager votre localisation, votre humeur ou n’importe quelle information que vous avez envie de communiquer aux gens qui font partie de votre groupe social! Et le mieux là-dedans, c’est qu’il n’y a pas besoin d’installation!»

Ça a l’air... atroce. D’ailleurs, Malik reconnaît que le service peut devenir «énervant»:

«Les SMS énervants de nos amis insomniaques ne sont pas la seule chose qui m’énerve dans ce service, mais aussi le fait que tous les messages qu’on envoie (en réponse) à twttr finissent sur leur site. Ce serait mieux de permettre aux utilisateurs de créer des micros groupes, et de leur donner des options pour choisir des thèmes, ainsi que de créer des règles pour protéger leur vie privée et conserver un certain contrôle sur le service. Si Glass pouvait faire ça, ben, ce serait vraiment chouette.»

Pour résumer: Malik pensait que la seule chose qui pourrait sauver Twitter serait de laisser tomber le site et de répartir les utilisateurs dans des «micro groupes» où ils pourraient partager leur humeur ou n’importe quoi d’autre avec des gens qui font partie de leur «groupe social».

Toutefois, il remarque que le service a l’air de fonctionner, même sans avoir ajouté ces paramètres de confidentialité.

«Il se répand comme un virus, a-t-il déclaré, un virus très contagieux.»

Bon, à sa décharge, les commentaires laissés sur son article montrent clairement qu’il n’était pas le seul à s’être trompé sur les qualités et les défauts de Twttr. Après tout, les fondateurs de Twitter eux-mêmes ne se sont pas vraiment rendus compte de ce qu’ils tenaient avant des mois ou même des années plus tard. Il suffit de lire un des commentaires:

«Je ne comprends pas pourquoi certaines personnes ont autant besoin de tout cet amour incestueux. Les gens qui ont fait Odeo en sont le parfait exemple. Ils passent tout leur temps à des fêtes branchées. Ils font des tas de trucs jusque parce que c’est cool. Ils n’ont rien fait de leur produit de base, tandis que les fondateurs plus brouillon mais appliqués de sites comme http://www.zapzap.com ou http://www.pluggd.com rattrapent leur écart.»

Cliquez sur ces liens pour voir à quel point ces startups sont «brouillonnes» et «appliquées».

C’est facile, et souvent justifié, de critiquer les start-ups de la Silicon Valley parce qu’elles passent beaucoup de temps à glander et à construire des services pour tout et n’importe quoi qui n’amusent que leurs amis et qui n’apportent rien au monde.

Mais Twitter, qui va entrer en bourse ce 7 novembre avec une estimation de 14 milliards de dollars, est un exemple classique de projet secondaire qui devient bien plus important et influent que ce que toute personne sensée aurait pu prévoir. Sans parler d’un blogueur en nouvelles technologies qui vient de rentrer chez lui après une soirée whisky cigarillos avec les fondateurs de l’application.

D’ailleurs, Malik a posté un article bien plus réfléchi sur Twitter aujourd’hui, qui a pu bénéficier de beaucoup de recul et qui vaut le coup d’être lu pour tous ceux qui s’intéressent au passé et au futur du service. Dans son article, il fait le lien avec sa réaction de 2006 et parle d’une «leçon d’humilité qui nous rappelle que personne ne sait de quoi le futur sera fait».

Will Oremus

Traduit par Hélène Oscar Kempeneers

Will Oremus
Will Oremus (150 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte