Et si vous étiez votre propre Big Brother?

REUTERS/Kacper Pempel

REUTERS/Kacper Pempel

Que feriez-vous si vous pouviez exploiter vous-même les données que les sociétés commerciales récoltent sur vous au gré de vos achats et de vos clics sur Internet?

 «Mes infos»: difficile de choisir un titre plus clair. Tel est le nom de l'expérience que mène actuellement la Fing (pour Fondation Internet nouvelle génération) une sorte de think tank qui remue toutes les questions que pose directement ou indirectement notre entrée dans une ère numérique. 

Une expérience dont l'objet est limpide: que feriez-vous si l'on vous rendait toutes vos infos? Toutes ces infos, toutes ces «traces» que les sociétés commerciales, ou les pouvoirs publics, collectent sur vous à chaque fois que vous achetez quelque chose, faites tourner un compteur (eau, électricité, etc.), surfez sur le web ou sur les réseaux mobiles?

Jusqu'à présent, citoyens et politiques se posaient surtout la question inverse: mais que font-ils donc, tous ces Google, Orange, Amazon ou Carrefour, de toutes les données accumulées? 

Certains trouvent cette question négligeable, d'autres la jugent angoissante. Toujours est-il que n'ayant à ce jour aucune réponse claire, elle risque bien de freiner l'adoption de certains services pourtant innovants.

D'où l'idée de la retourner: et si on nous redonnait nos infos? Histoire de savoir, au moins, ce que les autres savent sur nous, et donc de décider en toute connaissance de cause si nous avons envie, ou non, de fournir toutes ces données. La deuxième étape étant, éventuellement, de réfléchir à des nouveaux services utilisant ces données, et qui, au lieu de servir le marketing des entreprises qui les collectent, nous seraient directement utiles. Une façon de rétablir la confiance, et de prévenir tout risque de technophobie. 

La Fing a réussi à convaincre une poignée d'entreprises partenaires (Axa, La Banque Postale, Le Crédit Coopératif, Google, les Mousquetaires, Orange, La Société Générale) de restituer à 300 cobayes volontaires les données accumulées sur eux. Ou certaines d'entre elles puisque Google, par exemple, fournit les données de calendrier, de contact et de photos.

Pendant six mois, de septembre à février, les volontaires vont donc accéder à leurs données, via une plateforme, dite «de cloud personnel», leur permettant de conserver, observer et interagir avec leurs données. 

Dans le même temps, des ateliers réunissent des «réutilisateurs» –chercheurs, start-ups, développeurs, écoles– qui mettent au point des prototypes de services.  

Le processus n'en est qu'à ses tout débuts, mais d'ores et déjà, voici quelques idées de services avancées par les concepteurs:

  • un relevé bancaire intelligent: chaque opération renvoie, par exemple, à l'url du site marchand où a été effectuée une transaction par carte bancaire, ou vers le ticket de caisse de l'hypermarché visité. L'application analyse ensuite les dépenses et repère les dépenses régulières.
  • le vrai coût de mes courses: dans le même ordre d'idées, collecter les données personnelles permettrait de mettre en évidence tous les coûts des courses réalisées: temps passé, trajet effectué, poids porté, etc. et de choisir le mode de course le plus approprié.
  • l'identité augmentée: là, il s'agirait de pouvoir agir sur Internet (commander ou vendre des choses, commenter) sans dévoiler sa véritable identité. Un «tiers de confiance» (ici baptisé un «quart de confiance») qui, lui, détiendrait le portefeuille de données de l'individu, pourrait intervenir pour certifier que la personne a bien les caractéristiques qu'elle affirme avoir. Un exemple: au moment de laisser une critique sur un hôtel, ce «quart de confiance» valide le commentaire car il sait, grâce au relevé bancaire, que l'on a bien passé la nuit dans l'hôtel considéré.
  • les univers produits: une application permet à chacun de vérifier si ses achats correspondent bien à ses préférences de consommation. Ceux qui cherchent par exemple à émettre le moins de CO2 pourront vérifier si, dans les faits, ils font bien le choix le plus judicieux. 

Bien sûr, de telles applications peuvent exister de toutes façons. Mais l'intérêt de la démarche est bien que ceci se fait en toute transparence: chacun sait quelles données il met, ou non, à disposition du fournisseur de services. 

Mais bien évidemment, une autre solution existe: chaque consommateur peut aussi tout à fait décider des récupérer ses infos pour ne strictement rien en faire.

C.B.

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