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La mondialisation «ultra heureuse» selon Jean-Claude Trichet

Gérard Horny, mis à jour le 09.10.2013 à 19 h 15

«Nous vivons la grande crise des pays avancés», dit l'ancien président de la BCE qui constate par ailleurs que la mondialisation est «ultra heureuse». Comment concilier ces deux affirmations?

Shanghaï, juillet 2013.  REUTERS/Aly Song

Shanghaï, juillet 2013. REUTERS/Aly Song

L’ancien président de la BCE n’a pas changé: aujourd’hui président du centre européen de réflexion Bruegel, du club des Trente à Washington et administrateur d’EADS, il a gardé intact son goût pour la pédagogie, à grand renfort de graphiques, comme il le faisait quand il était gouverneur de la Banque de France.

Renouvelant cet exercice dans lequel il excelle, ce  9 octobre, devant l’Association des journalistes économiques et financiers, il a décrit de façon très minutieuse ce qu’il appelle «la grande crise des pays avancés», depuis les premiers craquements dans le système financier à l’été 2007 jusqu’à aujourd’hui. Le propos est  pertinent: du Japon à l’endettement public colossal jusqu’à l’Europe en passant par les Etats-Unis, tous les grands pays dits avancés traversent une période difficile dont ils ne sont pas encore sortis, si l’on en juge par l’émoi que provoque la simple évocation d’une réduction progressive des mesures exceptionnelles prises par la Réserve fédérale des Etats-Unis.

La grande déprime des pays «avancés»

Pourtant, un fait paraît étrange: pourquoi tous ces pays sont-ils ainsi en crise? Peut-on supposer qu’ils ont tous été mal gérés, qu’à peu près à la même période ils ont tous eu le malheur d’avoir des dirigeants médiocres? Ou alors faut-il admettre que quelque chose ne va pas dans le fonctionnement de l’économie mondiale, que la mondialisation n’est pas aussi heureuse que certains économistes l’affirment?

Pour Jean-Claude Trichet, à qui la question est posée, cela ne fait pas de doute: la mondialisation est «super heureuse».  La preuve? Des centaines de millions de gens sont sortis de la pauvreté. On voulait tirer le monde du sous-développement? La croissance de la Chine et d’autres pays émergents montrent que cela a été fait. 

Evidemment, constate l’ancien président de la BCE, cela change la donne pour les pays avancés, qui ne peuvent garder leurs hauts revenus qu’en s’ajustant à cette nouvelle réalité. Il y a du mécontentement  dans tous ces pays parce que les choses changent trop vite. Partout les gouvernements sont contestés et, sur notre continent, ce mécontentement affecte aussi les institutions supranationales de l’Union européenne.

Un simple problème d’adaptation?

Cette vision du monde est extrêmement intéressante, car elle très répandue dans les milieux dirigeants. En somme, le vrai problème dont souffrent tous nos pays, c’est le refus de la population de s’adapter au monde actuel, c’est son refus de voir toutes les opportunités que recèle cette mondialisation «ultra heureuse».
 

Les travaux de l’économiste François Bourguignon, pour ne citer que lui, montrent sans équivoque que les inégalités entre pays se sont réduites, ce qui est incontestablement une bonne chose, mais que dans les même temps elles se sont creusées à l’intérieur des pays, entre ceux qui profitent des transformations du monde et ceux qui n’en profitent pas. 

Une cause maintes fois évoquée de la crise financière née aux Etats-Unis est la stagnation du pouvoir d’achat d’une grande partie de la population, stagnation qui a été compensée pour maintenir le niveau de dépenses par un recours excessif à l’endettement.

Peut-on sérieusement reprocher à la population de ne pas adhérer à des transformations dont elle ne bénéficie pas? Si l’on nie qu’il existe un problème, alors on fait le jeu des populistes et des nationalistes auxquels on reproche par ailleurs – et avec raison— de ne proposer que de fausses solutions, dont le repli sur soi.

Un débat qui va au-delà de l’économie

Par ailleurs,  comme le dit Trichet, il existe certainement une partie de la population qui trouve que les choses bougent trop vite et qui se demande s’il est bien nécessaire de changer de smartphone tous les six mois. Sans doute est-ce regrettable du point de vue des économistes, mais cela pose un vrai problème politique: comment diriger des pays dont une partie de la population n’adhère pas à un projet de société qui s’impose à elle? Et cette partie-là n’a-t-elle pas l’impression d’être négligée?

Ce serait merveilleux si, comme Jean-Claude Trichet le pense sincèrement, la mondialisation était «ultra heureuse».  Malheureusement la réalité est un peu moins simple et la question n’est pas seulement de savoir ce que vont faire les banques centrales dans les prochains mois ou quelles mesures techniques vont prendre les gouvernements. 

La crispation de la droite américaine ou la montée des partis plus que conservateurs en Europe (les Français ne sont pas les seuls à douter de la beauté des changements qu’on leur propose) le montrent à l’évidence: le malaise est profond. Le retour de la croissance et la baisse du chômage pourraient certes apaiser les tensions, mais ce qui en jeu actuellement  n’est pas seulement du ressort des techniciens de l’économie.

Gérard Horny

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Journaliste
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