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Records de la Bourse: commentateurs, soyez plus rigoureux!

Gérard Horny, mis à jour le 19.09.2013 à 18 h 27

Un panneau marquant les 7.000 points à la Bourse de Manille. REUTERS/Erik de Castro.

Un panneau marquant les 7.000 points à la Bourse de Manille. REUTERS/Erik de Castro.

La crise de 2008 effacée, le CAC 40 au plus haut, c’est l’euphorie! «Nouveau record à la Bourse de Paris», pouvait-on même lire en titre récemment dans un grand quotidien national. Et aussitôt, les commentaires fusent sur les réseaux sociaux: la crise, ce n’est pas pour tout le monde.

Alors oui, c’est vrai, la Bourse va plutôt bien en ce moment en Europe et aux Etats-Unis, portée par les améliorations (ou les espoirs d’amélioration) de la conjoncture et plus encore par la décision de la Réserve fédérale des Etats-Unis de prolonger ses mesures exceptionnelles de soutien à l’économie. Mais il faut raison garder.

Quoi qu'en disent certains, la crise n’est pas effacée pour les investisseurs boursiers. Car celle-ci n’a pas commencé il y a cinq ans, le 15 septembre 2008. Ce jour-là a marqué le point culminant de la crise boursière, il n’en a pas marqué le début (en revanche on peut considérer que la crise économique a, elle, commencé à ce moment, avec la faillite de Lehman Brothers).

Six ans après, un tiers de moins

Cela faisait déjà quelque temps que les marchés étaient repartis à la baisse: les premiers signes de risques de graves difficultés avec les crédits immobiliers américains étaient apparus dès février 2007 et la crise avait vraiment commencé au mois de juillet de cette année. Si l’on veut parler de la façon dont les investisseurs boursiers ont traversé la crise, il faut remonter à cette période.

Prenons l’exemple de l’indice le plus connu, à défaut d’être le plus significatif, de la Bourse de Paris, le CAC 40. Il avait atteint son plus haut niveau de l’année le 2 mai 2007 à 6.168 points et il avait terminé l’année à 5.614 points. Aujourd’hui, il oscille autour de 4.200 points, c’est-à-dire qu’une personne dont la fortune serait indexée sur le CAC 40 serait encore aujourd’hui perdante de près d’un tiers par rapport à mai 2007. Plus de six ans après!

Et il faudrait aussi rappeler que les actionnaires avaient déjà subi un krach entre 2000 et 2002. Par rapport à son record historique de 6944,77 points du 4 septembre 2000, le CAC 40 est encore en retard de près de 40 %.

Pour être tout à fait objectif, on peut remarquer qu’un investisseur n’est jamais obligé de garder en portefeuille les valeurs qui s’écroulent et qu’il peut, dans les périodes difficiles, faire des arbitrages. Une dizaine de sociétés du CAC 40 ont cette année atteint des niveaux historiquement élevés, plus hauts que ceux de 2000 ou 2006: c’est le cas, par exemple, d’Essilor, de Pernod-Ricard, de Sanofi ou de LVMH. Dans ces cas-là, on peut vraiment parler de records.

Aux Etats-Unis, de vrais records

Aux Etats-Unis, c’est un peu différent: le Dow Jones avait établi un record à plus de 11.000 points en janvier 2000; il l’a ensuite dépassé en 2006 avant d’établir un nouveau record à plus de 14.000 points en octobre 2007. Et cette année, à partir du mois de mars, il a commencé à battre record sur record, nettement au-dessus de 15.000 points, avec un pic en séance à plus de 15.700 points mercredi. De même, l’indice S&P 500 est réellement à des niveaux records. Là, on peut dire que la crise est effacée. Il en est de même en Allemagne, où l’indice DAX 30 a battu des records.

En revanche, si l’on regarde le Nasdaq, ce marché américain où sont cotées toutes les valeurs de la nouvelle technologie et où toutes les folies avaient été commises dans les années 90, on est encore loin des sommets de mars 2000, à moins de 3.800 points contre 5.048.

Bref, il faut faire attention à ce qu’on dit: un plus haut annuel ou un plus haut de cinq ans n’est pas forcément un record historique, loin s’en faut. Dans le sport, on ne plaisante pas: quand on parle de record, on peut être assuré que c’en est vraiment un. Il est étonnant que les commentateurs financiers soient moins rigoureux que les journalistes sportifs.

Et pourtant, s’il est un domaine où il faudrait être précis, c’est bien celui-là. Quand, dans un pays qui compte plusieurs millions de chômeurs, on annonce des records boursiers qui n’en sont pas, on crée des rancœurs injustifiées. Les vraies raisons de s’indigner sont assez nombreuses et les financiers ont assez de choses à se reprocher pour qu’il ne soit pas utile de charge la barque avec des informations tronquées.

Gérard Horny

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Journaliste
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