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Faut-il vraiment avoir peur du ralentissement économique chinois?

Dans une société de courtage chinoise, le 24 juin 2013. REUTERS/Stringer.

Les difficultés actuelles des grands pays émergents conduisent les financiers à se poser beaucoup de questions: est-il opportun de continuer à investir dans ces pays? Ces difficultés ne vont-elles pas contrarier la reprise économique, qui se confirme aux Etats-Unis et s’amorce en Europe?

La première question a été tranchée assez vite, si l’on en juge par la faiblesse des monnaies indienne ou indonésienne: des masses importantes de capitaux ont été rapatriées dans nos contrées. Quant aux conséquences sur nos économies, elles sont plus discutées.

C’est surtout le cas de la Chine qui intéresse les spécialistes, tant l’hypothèse d’un ralentissement sérieux de la deuxième puissance économique mondiale mérite d’être étudiée de près.

Jusqu’à présent, les craintes se sont révélées largement excessives: si  la croissance du PIB chinois a fortement baissé, les autorités semblent en mesure de la maintenir autour de 7,5% par an an. Mais le rééquilibrage de la croissance vers la consommation au détriment des exportations et surtout de l’investissement, très vigoureusement encouragé lorsque la demande occidentale a fléchi après 2008, est une manœuvre risquée qui va demander plusieurs années; un passage à vide n’est pas à exclure.

Une croissance qui se fait à notre détriment

Philippe Weber, responsable Etudes et Stratégie de la société de gestion CPR AM, estime, d’une façon générale, que «l’impact d’un ralentissement brutal des pays émergents sur l’économie des pays développés ne doit pas être ignoré, mais pas non plus exagéré».

Concernant spécifiquement la Chine, il constate que sa contribution à la croissance mondiale est essentiellement statistique. Comme maintenant, elle pèse lourd dans le PIB mondial, son taux de croissance relève le niveau d’ensemble, mais cela ne signifie pas que nous en profitions:

«On a un déficit commercial avec la Chine, dont la croissance se fait à notre détriment. C’est la même chose dans tous les pays industrialisés.»

De fait, même l’Allemagne, qui vend beaucoup de biens d’équipement à la Chine, n’a pas encore réussi à équilibrer ses échanges avec elle, malgré quelques excédents mensuels: 23,4 milliards d’euros de déficit en 2010, 14,6 milliards en 2011 et 11 milliards en 2012.

Pour beaucoup de pays, le poids des exportations vers la Chine est presque négligeable. Pour les Etats-Unis, celles-ci ne représentent que 0,6% du PIB, souligne Philippe Weber, qui ajoute: «En admettant qu’elles chutent de moitié, elles ne représenteraient plus que 0,3% du PIB; c’est l’équivalent de l’erreur statistique dans les calculs» (il est généralement admis que le PIB d’un pays est calculé avec une marge d’erreur de l’ordre de 0,2 ou 0,3 point, même là où les statistiques sont sérieusement faites, ce qui relativise d’ailleurs l’intérêt des discussions sur les prévisions de croissance quand elle portent sur un ou deux dixièmes de point de pourcentage).

L’Allemagne et l’Asie premier concernés

La zone euro est sensible aux variations de la conjoncture quand elles se produisent aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en Europe de l’Est, ses principaux partenaires. Un ralentissement chinois n’aurait qu’un impact direct limité: le pays qui souffrirait le plus serait l’Allemagne, avec un recul de son PIB de l’ordre d’un dixième de point pour chaque chute de 1% de l’investissement.

Selon les calculs publiés par le FMI en juillet 2012 dans son Spillover Report (rapport sur les retombées pour l’économie mondiale des grandes évolutions qui peuvent se produire dans chacune des cinq grandes zones économiques, Etats-Unis, zone euro, Chine, Japon et Royaume-Uni), le choc serait nettement plus fort dans les pays voisins de la Chine (Taïwan, Malaisie, Corée, Thaïlande, Japon, etc.).

Dans le numéro de septembre de sa revue Finances et développement, le FMI publie d’ailleurs une étude intéressante sur les évolutions comparées de la conjoncture dans les différentes zones économiques. Le résultat semble avoir étonné même ses auteurs: «Malgré tous les discours sur la mondialisation, il semblerait que les cycles économiques se régionalisent.» Surveillons ce qui se passe en Chine, c’est important, mais n’oublions pas de regarder ce que font nos voisins…

Gérard Horny

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