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Hollande coincé entre inégalités en hausse et trop-plein fiscal

Gérard Horny, mis à jour le 17.09.2013 à 17 h 31

Piece of Cake / Pete via Flickr CC License by.

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Les crises économiques frappent le plus durement les personnes les plus fragiles, et celle de 2008 ne fait pas exception à la règle. On s’en doutait, mais les statistiques que publie l’Insee avec un certain délai (le temps de traiter et analyser les données recueillies) le confirment sans ambiguïté.

Les chiffres de 2011, qui viennent de sortir, ont déjà été amplement commentés, on n’en rappellera ici donc que les grandes lignes: le niveau de vie de la population française a été globalement stable cette année-là, après avoir baissé de 0,5% en 2010 et avoir progressé faiblement, de 0,4%, en 2009.

Mais cette apparente stabilité cache en fait deux mouvements opposés: au-dessus du niveau médian, la moitié des Français ont vu leur situation s’améliorer, et cela d’autant plus nettement qu’ils étaient déjà plus aisés; en sens inverse, pour les revenus les plus faibles, 2011 a été la troisième année de baisse d’affilée, même si cette baisse a été plus modérée qu’en 2009 et 2010.

Pas de conclusions politiques hâtives

Cette évolution s’explique par la conjugaison de deux facteurs: les revenus salariaux les plus élevés progressent plus vite que les autres et les revenus du patrimoine, très faibles dans les catégories sociales les plus modestes, contribuent de façon significative à la hausse du niveau de vie des plus aisés. Les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent. Et l’on s’étonne après du pessimisme de beaucoup de Français et de leur manque de confiance dans l’avenir!

Une lecture politicienne de ces chiffres peut conduire à des conclusions hâtives: ce n’est pas étonnant, diront certains, à cette époque, c’était Nicolas Sarkozy qui était à l’Elysée! Ce jugement sommaire devrait être nuancé: il est vrai que la France n’a pas échappé à la montée des inégalités, mais ce mouvement constaté à l’échelle mondiale a été d’une moindre ampleur ici que dans beaucoup d’autres pays.

On peut par exemple se référer à la dernière publication d’Emmanuel Saez, professeur à l’Université de Californie, qui poursuit les travaux commencés avec Thomas Piketty sur les inégalités. Selon lui, les 1% d’Américains les plus riches ont encaissé à eux tout seuls 19% des revenus distribués aux Etats-Unis l’an passé; jamais depuis 1928 ils ne s’étaient taillé une telle part du gâteau. Et si l’on considère les quatre années d’après-crise 2009-2012, ce 1% a vu son revenu progresser de 31,4%, tandis que celui des 99% restants ne gagnait que 0,4 %...

Des efforts fiscaux justifiés

Ce creusement du fossé entre riches et pauvres, même s’il reste contenu dans l’Hexagone, justifie en tout cas les choix fiscaux de François Hollande: pour restaurer les finances publiques, il est effectivement justifié de demander proportionnellement plus d’efforts aux catégories les plus aisées.

Ce choix a deux vertus. D’une part, il ne freine pas trop la croissance: un supplément d’impôt pèse seulement sur la capacité d’épargne des plus aisés, alors qu’il ralentit la consommation s’il touche les plus modestes. D’autre part, l’impôt, s’il est progressif, contribue à corriger les inégalités de revenus et de patrimoine.

Mais cet aspect vertueux de l’impôt a des limites: lorsque les prélèvements obligatoires atteignent un niveau aussi élevé que c’est le cas maintenant en France, à plus de 46% du PIB, leur caractère redistributif n’est plus guère perçu. Ce que chacun retient, c’est qu’ils sont élevés, et le fait que certains paient l’ISF ou arrivent à une tranche d’impôt sur le revenu à 45% (voire éventuellement à 75%) ne console pas de voir sa propre contribution augmenter fortement.

De ce point de vue, le président a sans doute raison de renoncer à faire progresser les taxes sur les carburants et d’épargner le diesel, même si d’autres considérations auraient pu justifier un tel choix. Trop, c’est trop. Même si l’on admet que l’impôt a des vertus, il arrive un moment où la vertu agace.

Gérard Horny

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Journaliste
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