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Angela Merkel coincée sur l’autoroute

Gérard Horny, mis à jour le 06.09.2013 à 9 h 52

Angela Merkel, le 27 mai 2013, lors d'une conférence du gouvernement allemand sur la voiture électrique. REUTERS/Thomas Peter.

Angela Merkel, le 27 mai 2013, lors d'une conférence du gouvernement allemand sur la voiture électrique. REUTERS/Thomas Peter.

Une campagne électorale n’est jamais un long fleuve tranquille, surtout pour le favori. Le coût de la crise européenne n’est pas le seul souci des électeurs allemands à l'approche des élections législatives du 22 septembre: celui de la modernisation du réseau autoroutier est entré en force dans le débat, comme les téléspectateurs ont pu le voir lors du débat opposant la chancelière à son rival social-démocrate Peer Steinbrück.

Eh oui, il faut se faire une raison: tout n’est pas parfait en Allemagne. Les plus anciens d’entre nous se souviennent d’une époque où les Français regardaient avec envie leurs voisins allemands rouler à toute allure sur leurs belles autoroutes alors qu’eux étaient englués dans les interminables bouchons de la nationale 7. Les choses ont bien changé.

La France s’est dotée d’un grand réseau d’autoroutes qui fait la fortune de quelques concessionnaires tandis que le réseau allemand a vieilli. L’an passé, nos voisins ont fêté le 80ème anniversaire du premier tronçon Cologne-Bonn, inauguré le 6 août 1932 par Konrad Adenauer, alors maire de Cologne (l’Allemagne nazie a ensuite repris les projets que la république de Weimar n’avait pu réaliser faute de moyens financiers).

Mais ce beau réseau qui faisait notre admiration doit être rénové (remplacement des vieilles dalles de béton par des revêtements modernes) et souvent élargi. Résultat: les autoroutes allemandes ressemblent à une succession de chantiers et la vitesse théoriquement illimitée sur une bonne partie du réseau chute fortement à cause des bouchons dans les zones en travaux.

Ces travaux, il faut les financer. Et, comme nos voisins ne cessent de le répéter, ils sont vertueux. L’argent public ne doit être dépensé qu’avec parcimonie.

A partir de 2005, il a bien été décidé de recourir à des partenariats public-privé pour étaler le paiement de la facture dans le temps, mais ces concessionnaires (on y retrouve le français Vinci) doivent tout de même être rémunérés. Que l’autoroute soit publique ou concédée temporairement au privé, il faut donc payer pour l’emprunter. Pour l’instant, seuls les poids lourds paient. Mais cela ne suffit pas.

L’allié CSU du parti chrétien-démocrate de Mme Merkel a eu une idée de génie. Comme il est implanté en Bavière, où l’industrie automobile pèse d’un poids certain et où on se méfie volontiers de tout ce qui n’est pas bavarois, il propose que le péage soit étendu à tous les véhicules, mais uniquement s’ils sont immatriculés à l’étranger... Cette idée légèrement démagogique a peu de chances d’être appliquée: à Bruxelles, cela ne passerait pas. Donc, il faudrait en réalité faire payer tout le monde. Peer Steinbrück a eu beau jeu de le faire remarquer à Angela Merkel, qui a dû publiquement prendre position contre la proposition de son allié.

Cette petite controverse est moins anecdotique qu’il y paraît. Elle montre clairement que la limitation des dépenses publiques n’est pas aussi facile à réaliser que les plus libéraux des économistes le prétendent. Les trous dans la chaussée et les trottoirs, les ponts vétustes qui menacent de s’écrouler, ce n’est plus le monopole des Etats-Unis ou du Canada. Même nos pays européens sont menacés. Et cela mérite attention.

Dans la compétition internationale, nos économies développées ont plusieurs atouts face aux pays à bas salaires: l’éducation, le système de soins, la qualité des infrastructures. Le maintien de cet avantage a un coût qu’il est nécessaire de contrôler strictement, mais qui ne saurait être coupé violemment sans inconvénients graves à long terme. Messieurs les donneurs de leçon d’économies budgétaires, ne rêvez pas seulement à de prochaines baisses d’impôt, pensez aussi à l’avenir.

Gérard Horny

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Journaliste
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