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Et si les salariés votaient eux-mêmes leur salaire ?

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 02.09.2013 à 15 h 44

Une électrice en 2010 à Arles (Bouches-du-Rhône). REUTERS/Jean-Paul Pélissier

Une électrice en 2010 à Arles (Bouches-du-Rhône). REUTERS/Jean-Paul Pélissier

Figure 53 est une entreprise basée aux Etats-Unis qui produit des logiciels destinés aux artistes et aux designers (notamment le logiciel QLab3, pour les connaisseurs). C’est une boîte qui propage une image plutôt «cool». Et son patron en a fait la démonstration magistrale sur son blog, sur lequel il révèle l’incroyable politique salariale qu’il a décidé d’adopter. Dorénavant, les salaires seront décidés… par les employés eux-mêmes lors d’un vote.

«Voyons voir ce qui arrive si je demande aux gens de choisir leurs propres salaires. Proposons-leur de se donner à eux-mêmes leurs propres augmentations».

Les salariés ne sont pas actionnaires de l’entreprise. Mais Ashworth veut croire qu’ils vont faire un choix qui sera à la fois bon pour eux et bon pour la compagnie. Comme l'explique Ashworth, tout le monde est après tout dans la même équipe. Et si la lutte des classes n’est pas le mode de régulation en entreprise le plus prisé dans les entreprises high-tech, Ashworth a quelques idées plutôt révolutionnaires sur le management: par exemple, il paye tout le monde au même niveau, et fait en sorte de n'être jamais la personne la mieux payée de l'entreprise.

Autre spécificité, le patron pratique une politique de comptabilité ouverte: les chiffres précis des ventes sont connus de tous en temps réel. Les salariés sont donc parfaitement au courant de la santé de leur entreprise.

Sa demande de vote concernait donc le nouveau salaire que chacun devait avoir. Or, il s’est avéré que les salariés, par un vote électronique anonyme, se sont accordés sur un montant un peu plus élevé que ne l’aurait voulu leur patron (il leur indiquait lors du vote le salaire qu'il aurait lui-même choisi pour les salariés), mais pas trop.

C’est-à-dire qu’ils ont voté pour une augmentation réalisable au vu des finances de l’entreprise… L'illustration ci-dessous montre l'écart entre les deux propositions: celle du patron et celle de ses salariés. A Figure 53, dès lundi 2 septembre, les salariés sont donc augmentés, d'un niveau qu'ils ont eux-mêmes choisi.

Il y a évidemment dans cette pratique de démocratie interne un élément très positif et un partage équitable des revenus de l'entreprise. La critique qui pourrait être faite à Chris Ashworth, c'est de faire peser aussi sur ses salariés le poids de la responsabilité de l'avenir de l'entreprise. Mais s'il partage le même salaire qu'eux, après tout, pourquoi pas?

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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