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L'entrée de la Grèce dans la zone euro, le retour d'un triste débat

Gérard Horny, mis à jour le 30.08.2013 à 16 h 18

Décidément, l’Europe n’en a pas fini avec la Grèce, revenue avec force dans le débat électoral allemand. Un débat où les chiffres pèsent plus que les idées.

Les Premiers ministres grecs et allemands Antonis Samaras et Angela Merkel à Berlin, le 8 janvier 2013. REUTERS/Fabrizio Bensch.

Les Premiers ministres grecs et allemands Antonis Samaras et Angela Merkel à Berlin, le 8 janvier 2013. REUTERS/Fabrizio Bensch.

On reproche aux hommes politiques de ne jamais tenir le discours de la vérité, mais lorsque l’un d’entre eux le fait, tout le monde lui tombe sur le dos. Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, a eu probablement raison de dire qu’il faudrait prévoir un nouveau programme d’aide pour la Grèce après 2014 et l’expiration du programme en cours.

En dépit d’une amélioration réelle de la situation de ses finances publiques, payée au prix fort, la Grèce risque fort d’avoir encore à supporter un fardeau de la dette trop lourd pour elle (160,5% du PIB au premier trimestre 2013). Beaucoup d’économistes en sont conscients. Wolfgang Schäuble ne faisait d’ailleurs que reprendre des estimations du FMI, publiées le 31 juillet, selon lesquelles il risquait de manquer près de 11 milliards d’euros à la Grèce pour revenir, comme convenu, à une dette de 124% du PIB en 2020.

Mais ce n’était pas à dire en période électorale. La gauche s’en est en effet servi pour accuser la chancelière d’avoir caché la vérité sur le coût réel du sauvetage de la zone euro et Angela Merkel a répliqué le 27 août en affirmant que «la Grèce n’aurait jamais dû être admise dans la zone euro» en 2001, époque où l’Allemagne était dirigée par une coalition à majorité sociale-démocrate. Voilà qui va raviver l’amitié gréco-allemande!

Une «erreur» collective

Ne revenons pas sur la façon dont cette entrée avait eu lieu. Rappelons seulement que la Grèce, incapable de faire partie du groupe des fondateurs de l’euro, a fait de réels efforts pour respecter les critères de Maastricht et rejoindre le club en 2001, mais qu’elle n’aurait jamais réussi son examen de passage sans une présentation fortement enjolivée de la réalité. Et, à dire vrai, tout le monde s’en moquait: certes, il fallait respecter les apparences, mais la sincérité des comptes de ce petit pays ne paraissait pas devoir mériter un long examen.

Les dirigeants allemands de l’époque peuvent-ils être accusés de négligence? Oui, sans doute, comme tous ceux qui ont eu un mot à dire dans cette histoire. Mais on ne peut comprendre ce qui s’est alors passé si l’on ne rappelle pas les particularités culturelles de la Grèce et son rôle dans la formation de notre civilisation: laisser la Grèce en dehors de l’Union économique et monétaire, cela aurait été interprété comme une insulte à l’histoire.

Cette façon de voir peut être jugée aberrante, mais elle nous rappelle un point essentiel: une monnaie n’est pas seulement un phénomène économique, elle a une dimension politique et culturelle très forte. Elle n’est pas seulement un instrument d’échange et d’épargne, elle est aussi un lien entre des personnes qui ont le sentiment de faire partie d’une même communauté.

Si l’objectif avait simplement été de faciliter les transactions transfrontalières, l’euro ne serait sans doute jamais né: pour ses promoteurs, le projet avait une signification beaucoup plus large. Ce n’est pas un hasard si le Royaume-Uni a toujours manifesté la plus grande méfiance envers l’euro, dont la seule utilité pour lui est de contribuer à faire du chiffre d’affaires à la City.

Un simple problème comptable

Mais, avec les crises successives, cet aspect est aujourd’hui complètement oublié. L’Europe, maintenant, c’est un dossier, un problème à traiter, des coûts qu’il s’agit de réduire. Que des hommes politiques aient eu l’idée de vouloir unir les Européens par une monnaie, pourquoi pas, mais ils auraient pu voir que la Grèce, même avec son petit PIB par rapport à celui de l’Allemagne, de la France ou de l’Italie et des déficits qui ne pesaient pas lourd face à la richesse de l’ensemble de la zone euro, pouvait nous poser des problèmes!

Peut-être trouve-t-on encore des gens qui se sentent citoyens européens. Mais, en dépit de leur mauvaise gestion des affaires, économistes et financiers ont gagné: maintenant, les électeurs raisonnent partout d’abord comme des comptables. Je me moque de vos idées, je n’ai pas l’intention de voter pour vous parce que vous m’avez coûté cher, mais, en fin de compte, si je vote pour vous, combien cela me rapportera-t-il cette fois? On devrait débaptiser les parlements nationaux et parler du conseil d’administration d’Allemagne SA , de France SA, etc.

Gérard Horny

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Journaliste
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