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Marchés financiers: quand l’Amérique tousse, le monde s’enrhume encore

Temps de lecture : 2 min

Que ce soit dans le domaine purement économique ou dans celui de la diplomatie, il est de bon ton de souligner que les Etats-Unis ne sont plus la superpuissance que l’on a connue et qu’ils ne peuvent plus prétendre gouverner le monde. Il n’empêche: les décisions prises à Washington continuent de peser lourdement sur le reste du monde. On le voit encore aujourd’hui: il suffit que la Réserve fédérale s’interroge sur un prochain durcissement de sa politique monétaire pour que tous les marchés financiers en subissent le contrecoup, qu’il s’agisse des taux d’intérêt, des devises ou des actions.

Le plus extraordinaire dans l’histoire est que tout le monde sait que la Réserve fédérale mène une politique qui ne peut être indéfiniment poursuivie en l’état, avec des taux directeurs proches de zéro et des injections de liquidités de 85 milliards de dollars par mois par le biais d’achats de titres.

Pour l’instant, il n’est même pas question de revenir sur le niveau de ces taux directeurs: les dirigeants de la Fed ont clairement affirmé qu’ils resteraient aussi bas tant que le taux de chômage n’aurait pas reculé au-dessous de 6,5% aux Etats-Unis (il est encore à 7,4%); de ce point de vue, l’horizon est dégagé jusqu’en 2015. Le seul changement qui pourrait intervenir prochainement, peut-être même dès le mois de septembre (mais c’est en fait assez peu probable), c’est la réduction progressive du montant des achats de titres jusqu’à l’extinction progressive de cette procédure hors normes.

Quelques vagues en Europe

Dès que cette éventualité a été évoquée, les taux à long terme ont commencé à se tendre aux Etats-Unis; le taux à dix ans, qui évoluait encore autour de 1,65% au début de mai, est passé à 2,76%. L’Europe a suivi le mouvement: en France, le taux à dix ans, qui s’était établi en moyenne à 1,80% en avril, oscille maintenant autour de 2,43%, alors que la conjoncture économique de la zone euro est loin d’être installée sur une pente ascendante.

De même, les marchés boursiers ont commencé à tanguer; en Europe, ils ont finalement passé l’été beaucoup mieux qu’on ne pouvait le craindre, mais chaque rumeur en provenance des Etats-Unis provoque quelques vagues (même si les mouvements les plus récents ont une autre cause: le risque d’une intervention en Syrie aux côtés des Etats-Unis).

Des mouvements violents dans les pays émergents

Mais les plus touchés sont les grands pays émergents: leurs monnaies chutent parce que les investisseurs internationaux rapatrient leurs capitaux; c’est notamment le cas des fonds gérés aux Etats-Unis, qui trouvent désormais chez eux une rémunération plus élevée pour un risque jugé plus faible.

En apparence, cela pourrait être une bonne nouvelle: il y a encore quelques mois, le Brésil, par exemple, se plaignait d’avoir une monnaie trop chère qui freinait ses exportations. Mais une monnaie plus faible n’est pas forcément un élément favorable.

Le mouvement, plus subi que voulu par les pays concernés, a été brutal (de l’ordre de 20% pour la roupie indienne, de 17% pour le real brésilien, etc, en moins de quatre mois); il contribue d’abord à renchérir les importations avant éventuellement de profiter aux exportations. Pour le freiner, les autorités sont amenées à relever les taux d’intérêt, alors que leurs économies auraient au contraire besoin d’être soutenues par un crédit bon marché.

Dans ce tumulte, une monnaie résiste bien, c’est le yuan: la devise chinoise a simplement cessé de s’apprécier face au dollar. Les dirigeants chinois ne peuvent que se féliciter d’avoir résisté à toutes les demandes de mouvement rapide vers la convertibilité complète de leur monnaie. Les Etats-Unis peuvent tousser, eux, ils ne s’enrhument pas.

Gérard Horny

Gérard Horny Journaliste

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