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Croissance et fiscalité: les dossiers jumeaux de la rentrée

Gérard Horny, mis à jour le 28.08.2013 à 16 h 51

Scales of Justice — Frankfurt Version / Michael Coghlan via Flickr CC License by

Scales of Justice — Frankfurt Version / Michael Coghlan via Flickr CC License by

Tout le monde (ou presque) veut la croissance. Pour l’assurer, le gouvernement doit-il renoncer à augmenter encore les prélèvements obligatoires? C’est souhaitable, mais pas simple, et derrière le débat technique, les considérations politiques apparaissent très vite.

Rarement un gouvernement de gauche ne s’est trouvé aussi isolé sur les questions fiscales. On trouve encore des gens trouvant normal que l’on prenne l’argent là où il est, à condition que ce soit chez les autres, mais l’hostilité à la hausse des prélèvements obligatoires est en train de progresser sur l’échiquier politique. La droite, oubliant qu’elle est à l’origine d’une partie des hausses déjà réalisées,  est forcément contre tout nouvel alourdissement de la fiscalité: c’est un moyen facile et sûr de marquer des points dans l’opinion.

Mais elle n’est plus seule dans ce combat: beaucoup d’élus et de militants de gauche commencent à s’inquiéter. Les hausses d’impôt sont de plus en plus mal acceptées et risquent de peser lourd dans les urnes lors des élections municipales et européennes. De surcroît, dans une logique keynésienne, elles risquent de freiner la croissance et donc le retour à la création d’emplois. Et au final, elles peuvent contrarier la réduction des déficits publics, allant ainsi à l’encontre de l’objectif poursuivi.

Des seuils à ne pas franchir, mais que l’on franchira…

La même inquiétude face aux conséquences du matraquage fiscal se retrouve dans les conseils donnés à la France par les grandes institutions internationales. Après le FMI, c’est au tour du commissaire européen Olli Rehn de mettre en garde le gouvernement: «Lever de nouvelles taxes aurait pour effet de casser la croissance et de peser sur l’emploi», affirme-t-il dans le Journal du Dimanche. Que ce soit sur le travail, l’épargne ou les entreprises, on est déjà selon lui à un niveau qui ne doit pas être dépassé.

François Hollande et son Premier ministre ont parfaitement reçu le message. Certains propos tenus à l’Université d’été du PS, notamment par Pierre Moscovici, le  montrent clairement. Mais une fois qu’on a exprimé, comme le ministre de l’Economie, sa compréhension du ras-le-bol fiscal, que fait-on? Si l’on en croit les dernières déclarations, on augmentera tout de même les impôts, mais avec modération…

Que fait-on des déficits?

Car les critiques contre les prélèvements obligatoires ne se rejoignent qu’en apparence. Celles qui émanent de la droite et des économistes libéraux conduiraient à lutter contre les déficits publics par une réduction forte des dépenses, dont ne veut pas une bonne partie de la gauche. Pour les économistes keynésiens, la priorité donnée à la réduction des déficits conduit à la récession, que l’on agisse par des hausses d’impôt ou par une baisse des dépenses; la croissance doit être la seule préoccupation. Et, pour beaucoup d’élus de gauche et de leurs électeurs, la réduction des dépenses publiques est vue comme une trahison des idéaux.

On constate d’ailleurs que les élus de droite, même s’ils ont idéologiquement moins d’attachement à la dépense publique, ont dans les faits presque autant de mal à la faire baisser: leurs électeurs n’aiment pas beaucoup les fonctionnaires, mais ils veulent des policiers et des gendarmes, ils tiennent à la caserne de leur ville et sont aussi soucieux du remboursement des dépenses de santé et du niveau de leur retraite que les autres.

Des hausses bien étudiées, mais des hausses quand même

Le débat sur les retraites est révélateur des états d’âme de nos dirigeants. L’allongement de la durée de cotisation peut permettre d’assurer la pérennité du régime par répartition, mais elle ne résout pas le problème immédiat des déficits.

Une hausse des cotisations, y compris les cotisations patronales, est annoncée. Mais si l’on ne veut pas élever encore le coût du travail au détriment de l’emploi, il faut alléger les charges patronales sur d’autres points, comme le financement de la branche famille de la Sécurité sociale.

Mais si l’on ne veut pas mettre celle-ci en difficulté, il faut trouver d’autres recettes, comme la CSG. Mais c’est alors les ménages qui seront plus taxés, au détriment des dépenses de consommation…

Alors, que peut espérer le contribuable? A  court terme, il ne faut pas se faire d’illusions: les prélèvements obligatoires vont encore augmenter, parce que c’est la solution la plus facile et la plus efficace pour boucher rapidement les trous. Mais pour la suite, il faudra bien que le gouvernement fasse des progrès considérables dans la maîtrise des dépenses publiques. De toute façon, il devra le faire s’il veut être en mesure d’annoncer des baisses d’impôt avant les élections de 2017…

Gérard Horny

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Journaliste
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