Quels jobs ne seront pas détruits par les machines?

Robots / jmorgan via Flickr CC License By

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Sur le blog Opinionator du New York Times, le professeur d’économie David H. Autor, qui enseigne au MIT, et David Dorn, du Center for Monetary and Financial Studies de Madrid, apportent une contribution nouvelle à la controverse très présente aux Etats-Unis sur les effets du changement technologique et la menace qu’il fait peser sur la classe moyenne.

Reprenons: l’informatisation et l’automatisation des tâches détruit des emplois routiniers, jadis occupés par des humains. Les robots ne se contentent plus depuis longtemps de remplacer la force physique, ils commencent à exceller dans des domaines cognitifs, comme calculer vos impôts ou concevoir des voitures, explique cet article de The Atlantic. Pour Mother Jones, qui consacrait aussi un article à l’invasion des robots, des classes entières de travailleurs vont disparaitre. Pour l’auteur, les luddites, ouvriers anglais du textile qui détruisaient les machines par peur qu'elles ne volent leurs emplois au début du XIXe siècle, avaient raison: «ils étaient juste en avance de 200 ans».

Nous n’en sommes pas là. Mais la conséquence tangible de ce phénomène, c’est que le marché de l’emploi a tendance à se polariser, «avec une croissance de l’emploi concentrée dans les métiers soit très bien soit très mal payés, alors que les emplois du milieu déclinent»,  écrivent les deux économistes sur le site du New York Times. Mais, poursuivent-ils, le taux d’activité des zones d’emplois qui connaissent ces transformations est inchangé.

Comment éviter dans ces conditions deux risques soulevés par plusieurs auteurs: d’une part le principe du winner-take-all, selon lequel seuls les très qualifiés sont employables, au pris de longues et —surtout aux Etats-Unis— coûteuses études, d’autre part le mouvement de déqualification de travailleurs remplacés par les machines, qui se rabattent sur des emplois mal rémunérés que les machines ne prennent pas en charge?

Sur le blog de Paul Krugman, un tableau de l'un des auteurs de l'article montre quelles tâches routinières, manuelles ou intellectuelles, sont concernées par le changement technologique

La réponse des économistes n'est pas aussi pessimiste: les jobs à qualifications moyennes devraient survivre. A condition que leurs occupants puissent allier deux types de qualification: des savoir-faire techniques, mais aussi des compétences plus abstraites comme la résolution de problèmes, les compétences relationnelles et la capacité d’adaptation. Des qualités qui manquent cruellement aux machines, comme quiconque a eu en ligne un service client automatisé ou un téléconseiller en a fait l’expérience.

Pour les deux auteurs, il s’agit des professions paramédicales et liées au secteur de la santé, mais aussi des plombiers, électriciens, techniciens, chargés de relation client. A ces professions s’ajouteraient les professionnels de l’éducation et de la formation, de l’aide à la personne et, au final, toutes les professions dans lesquelles le mélange de savoir-faire technique, de savoir-être et d’adaptabilité permet d’offrir un service qui soit… «uniquement humain».

La question qui reste en suspens est de savoir si, dans ces créations d'emplois, la majorité ne sera pas constituée de ces «jobs à la con» dont Slate vous a parlé il y a peu.