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Il veut apprendre à coder à un SDF et crée la polémique

Florian Reynaud, mis à jour le 23.08.2013 à 12 h 28

Un SDF dans le centre de Paris, devant un distributeur, en août 2011. REUTERS/Yves Herman -

Un SDF dans le centre de Paris, devant un distributeur, en août 2011. REUTERS/Yves Herman -

L'engouement pour le code va-t-il trop loin? Patrick McConlogue a proposé une experience intitulée «Finding the unjustly homeless, and teaching them to code» («Trouver ceux devenus injustement sans-abri, et leur apprendre à coder» –on peut se demander qui sont les gens devenus «justement» sans-abri selon lui).

L'idée de cet entrepreneur, développeur basé à New York, lui est venue en croisant régulièrement un sans-domicile-fixe, de «peut-être 28 ans» qu'il pense pas comme les autres. «C'est ce sentiment que vous ressentez quand vous savez que le serveur, le caissier, le technicien de surface n'est pas à sa place –ils sont intelligents, brillants même. Voici ma tentative de réparer l'une de ces pièces échouées.» –là encore, sympathique pour les gens qui font ces métiers.

Il propose donc d'aller voir ce sans-abri et de lui donner le choix entre revenir le lendemain avec un billet de 100$, ou revenir avec trois ouvrages de JavaScript, (de débutant à expert) et un ordinateur portable très bas de gamme, puis revenir une heure par jour pour lui apprendre à coder.  

Son billet a immédiatement été repris et provoqué de nombreuses réactions. Le Daily Intelligencer, après avoir résumé l'affaire avec cynisme et de multiples attaques sur l'entrepreneur, conclut son article par un sarcastique: «Revenez vite pour le prochain billet de McConlogue: "Comment Ruby on Rails met fin au racisme."» Sur Valleymag, un article titré «Un programmeur de NYC transforme un sans-abri en projet de start-up» décrit McConloque comme un «connard du 21ème siècle».

Sur Slate.com, Matthew Yglesias pointe l'absurdité de la démarche présentée, et note que ce qu'il faudrait aux SDF, c'est surtout un toit:

«Généralement, on ne devient pas sans-abri sans que d'autres malheurs nous tombent dessus en premier (peut-être incluant un manque de compétences en JavaScript), donc avoir un logement n'est pas la panacée. Mais ne pas en avoir s'avère être un défi considérable dans la vie. Ce n'est pas juste déplaisant en soi (même si ça l'est); c'est également un obstacle à l'amélioration de sa vie par d'autres moyens. Vous pourriez par exemple trouver qu'il est difficile de prévenir des livres de JavaScript et un ordinateur portable des risques de vol sans logement où les ranger.»

Pour Yglesias, la solution est toute autre, il faut d'abord construire de nombreux logements bon marché, le cas échéant en donner aux plus nécessiteux et après seulement on peut s'occuper d'autres problèmes.

Patrick McConlogue a répondu aux critiques ce vendredi 23 août dans un nouveau billet. Il détaille un peu plus son projet et parle de Léo, le sans-abri qu'il a rencontré, et qui a finalement accepté la proposition du programmeur de lui apprendre le code. Il le décrit comme intelligent et passionné et précise qu'il cherche un moyen d'éviter que Léo se fasse voler son matériel. Enfin, il souhaite que cette expérience permette d'organiser un meeting pour discuter des politiques d'éducation, et de l'avenir de cette expérience. 

«Une des idées que plusieurs personnes ont suggérées et que nous discuterons est de lancer un Kickstarter pour lever des fonds dans le but d'obtenir un bureau et un logement temporaire.»

Florian Reynaud
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