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L'ONG qui donne de l'argent aux pauvres, sans conditions, pour lutter contre la pauvreté

Cécile Dehesdin, mis à jour le 18.08.2013 à 16 h 37

REUTERS/Mark Blinch

REUTERS/Mark Blinch

«Est-ce dingue de donner aux pauvres sans conditions?», s'interroge le New York Times.

Le journal s'est rendu dans un petit village du Kenya, à la rencontre d'habitants qui ont reçu 1.000 dollars de l'organisation non gouvernementale GiveDirectly, sans aucune obligation en échange.

Souvent, les ONG proposent des choses, comme des médicaments ou des outils, ou bien des compétences, comme une formation en agriculture, dans l'idée de résoudre les problèmes économiques à long terme plutôt que les besoins urgents.

Et même quand elles donnent de l'argent, comme c'est devenu plus courant ces dix dernières années, c'est de l'argent sous condition: après la crise économique au Mexique au milieu des années 90, l'économiste du gouvernement Santiago Levy a par exemple proposé de remplacer les subventions pour le lait et autres aliments de bases par un programme qui donnait de l'argent aux plus pauvres, à la condition qu'ils envoient leurs enfants à l'école et chez le médecin.

GiveDirectly s'inspire de cette expérience réussie, et des programmes similaires lancés dans d'autres pays, mais avec une différence: l'ONG donne de l'argent sans contreparties, et en une seule bourse répartie sur plusieurs mois (contrairement à de nombreux programmes gouvernementaux qui donnent de l'argent aux gens tant qu'ils rentrent dans les critères).

Le New York Times se demande si ce soulagement n'est pas que temporaire. Après tout, les habitants de Siaya ont des toits neufs, mais ils ont toujours des sols en terre et ni eau courante ni électricité. Cependant, une étude menée sur un projet du même type en Ouganda est encourageant.

Matt Yglesias rapportait sur Slate ce projet mis en oeuvre en Ouganda en 2008: le gouvernement y avait annoncé un programme visant à donner l'équivalent d'une année de revenus moyens (environ 382 dollars) à des jeunes de 18 à 34 ans dans les régions très pauvres du nord du pays, distribué en une fois sans obligation de résultat.

Or l'argent accordé sans conditions a non seulement relevé de façon directe le niveau de vie de ceux qui le reçoivent, mais a également augmenté  le nombre d’heures travaillées et la productivité du travail, ouvrant la voie à une future croissance, comme s'en sont aperçus des chercheurs.

Et l'effet bénéfique n'était pas que sur le court terme, au contraire. Les chercheurs ont suivi des jeunes sur quatre ans, et se sont rendus compte que les récipiendaires «ont investi la plus grande partie de l’allocation dans des formations et des commerces», finissant par avoir «65% plus de chances de pratiquer un métier qualifié, principalement dans l’industrie et les services artisanaux comme la menuiserie, la ferronnerie, la couture ou la coiffure».

C.D.

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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