EconomieEconomie

Balance commerciale: un semestre en trompe l’oeil

Gilles Bridier, mis à jour le 10.08.2013 à 8 h 14

Si le déficit s’est réduit au premier semestre, c’est grâce au recul des importations, surtout de carburant du fait des économies réalisées par les Français. Mais les exportations ont aussi reculé, à cause des mauvaises performances de l’industrie manufacturière. Le secteur agricole et agroalimentaire s’en sort mieux.

Chaîne de fabrication de la Clio  Renault

Chaîne de fabrication de la Clio Renault

On aimerait pouvoir se réjouir de l’amélioration du solde de la balance commerciale française. Comme lorsque, par exemple, le ministère du Commerce extérieur annonce «une nette réduction» du déficit au premier semestre 2013 par rapport au premier semestre 2012.

Malheureusement, l’affichage est trompeur et on aurait tort d’y déceler le début d’un signal du retour de la croissance. Notamment lorsque cette amélioration n’est pas due à une hausse des exportations, mais seulement à une baisse moins forte que celle des importations. Or, c’est bien ce que révèlent les résultats du commerce extérieur français pour le semestre en question.

Le déficit recule, mais les exportations baissent

D’abord, quelques repères. Historiquement, la balance commerciale française n’a pas toujours été négative. Dans la période récente, elle fut positive ou à l’équilibre entre 1992 et 2003, avec un record de 23 milliards d’euros d'excédent en 1997. La flambée des cours des matières premières en 2004 a mis un terme à cette situation qui s’est constamment dégradée jusqu’en 2011, année où le déficit a atteint 73,7 milliards d’euros.

En 2012, le déficit fut contenu à 67 milliards d’euros. Et au premier semestre 2013, il est passé sous les 30 milliards d’euros, comme s’en est félicité Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur, soit 5,8 milliards d’euros de moins de déficit que sur les six premiers mois de 2012, et 1,25 milliard de moins que sur le deuxième semestre 2012.

Mais plus nuancés que leur ministre, les experts de Bercy remarquent que, pour la première fois depuis 2009 en données semestrielles, les exportations ont reculé -de 1,9%- sur la première moitié de l’année. Plutôt inquiétant.

Les avions Airbus et les industries agricoles bien orientés

Pourtant, Airbus, le moteur des ventes à l’international, enregistre toujours des succès et les livraisons (161 appareils) ont dépassé de quelque 20% le montant de celles de 2012 pour la même période. Mais elles ne représentent que la moitié des exportations aéronautiques et spatiales. Et sur le semestre, l’ensemble du secteur voit ses ventes baisser de 6,4%. Certes, le solde pour ce secteur est toujours positif de plus de 11 milliards d’euros, mais moins que le semestre précédent.

Autre poste important des exportations, également en recul: l’automobile. Le contexte est différent puisque ce secteur, autrefois toujours en vert dans le commerce extérieur, est passé dans le rouge en 2008. Depuis, sa contribution à la balance commerciale ne cesse de se dégrader. Les ventes à l’étranger se sont encore contractées au premier semestre 2013, générant un déficit de 4 milliards d’euros, supérieur de 1,2 milliard au déficit du semestre précédent.

Alors, certes, les exportations agricoles et de l’industrie agroalimentaires ont progressé et dégagent ensemble un solde positif de 6,2 milliards d’euros. L’industrie pharmaceutique a aussi enregistré de bons résultats. Et même, à un degré moindre toutefois, les ventes à l’étranger de cartes électroniques et de produits cosmétiques.

Le déficit s’accroit pour l’industrie manufacturière

Mais les ventes de matériels de télécommunication, d’équipements électromédicaux et de machines industrielles ont fléchi. Et à cause du secteur manufacturier dont le déficit a encore globalement augmenté à 8,5 milliards d’euros, les exportations du semestre ont reculé. Ce qui n’est pas le signe d’un regain de compétitivité et d’une reprise de l’activité.

C’est d’ailleurs ce que révèlent les statistiques de l’Insee publiées le 9 août: si la production manufacturière a progressé de 1,5% au deuxième trimestre 2013 par rapport au premier trimestre, elle reste néanmoins en retrait de 0,3% par rapport au deuxième trimestre 2012. On ne peut parler de grave dérapage, mais pas non plus de reprise. Surtout pas en juin avec un recul de 0,4%.

L’optimisme –encore prudent, certes– de Pierre Moscovici s’appuyant sur des enquêtes de conjoncture pour entrevoir «une éclaircie» n’est donc pas encore étayé. Lorsque le ministre de l’Economie veut peser pour rétablir la confiance nécessaire au retour de la croissance, il est dans son rôle. Mais les chiffres sont têtus, comme ceux du commerce extérieur.

Les économies dans les transports allègent la facture pétrolière

Si le déficit est moins lourd, c’est surtout grâce à la contraction de la facture énergétique: négative de 33 milliards d’euros, elle s’est réduite de 1,5 milliard sur le semestre. C'est-à-dire que, à elle seule, la baisse des importations d'énergie explique le recul du déficit du début de l’année par rapport à la fin 2012. Il n’y a pas de quoi pavoiser.

Bien sûr, les économies d’énergie sont prioritaires dans la stratégie du gouvernement, car elles doivent permettre de réduire la facture pétrolière. Mais en six mois, ce n’est pas la réduction de la consommation du secteur résidentiel qui peut expliquer ce recul. La réponse vient surtout du secteur automobile. En fait, les Français utilisent moins leurs voitures. Après un recul de 12% du trafic dans l’Hexagone l’an dernier, le mouvement s’est apparemment poursuivi au premier semestre: la diminution serait de l’ordre de 6% par rapport à la même période de 2012.

Cette évolution est à mettre en parallèle avec la baisse de la confiance des ménages qui, même si elle a un peu rebondi en juillet selon l’Insee, s’est régulièrement dégradée au premier semestre. Les Français, inquiets, font des économies, réduisent leurs dépenses de transport et compriment leur budget automobile.

Ceci a une incidence directe sur la consommation de carburant qui a diminué de 1,8% sur ce même semestre, confirme l’Union française des industries pétrolières (UFIP). Sur le seul mois de juin 2013, la baisse des livraisons de carburant a même atteint 6%. Ce qui explique largement que, ce même mois, le déficit du commerce extérieur ait été contenu à 4,4 milliards d’euros, soit 1,3 milliard de moins qu’en juin 2012.

Ainsi les meilleurs résultats du commerce extérieur, tout à fait relatifs tant ils demeurent lourdement négatifs, sont-ils avant tout à imputer à la réduction des dépenses en carburants des automobilistes français. Ce qui n’est pas le signe d’un redressement de l’économie, et ne laisse pas encore percevoir la reprise espérée des exportations pour tirer la croissance.

Gilles Bridier

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte