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La frénésie d’achat de fer par la Chine est le signe d’une économie devenue folle

Slate.fr, mis à jour le 11.08.2013 à 9 h 19

Usine sidérurgique REUTERS/Vincent Kessler

Usine sidérurgique REUTERS/Vincent Kessler

Donc, peut-être que finalement l’économie chinoise ne s’effondre pas et qu’elle est en train de se stabiliser. C’est ce que les données étonnamment bonnes des échanges commerciaux en juillet semblent montrer. Les exportations ont augmenté de 5,1% en un an et les importations de 10,9% à 168 milliards de dollars.

Mais quand on regarde d’un peu plus près ce que la Chine a importé si furieusement le mois dernier, il n’y a pas de quoi être rassuré. C’est ce que souligne le site Quartz spécialisé dans l’analyse des tendances économiques. La Chine a importé en juillet 73,1 millions de tonnes de minerai de fer, soit 26,7% de plus qu’un an auparavant. C’est même plus que ce que la Chine importait en minerai au plus fort de la croissance économique et du développement sans limite des infrastructures financés par l’argent public entre 2009 et 2012. Le gouvernement chinois avait alors injecté 11,2 mille milliards de dollars dans son économie.

L’explosion d’achat de minerai de fer étranger est étrange. La demande de fer ne cesse de baisser dans le pays. Selon les médias chinois, les surcapacités sont considérables. Selon certaines estimations, l’industrie sidérurgique aurait des surcapacité d’au moins 20% et sur les 86 principaux haut fourneaux chinois, 40 seraient en perte sur les six premiers mois de l’année.

Il y a une autre explication à l’augmentation massive des importations de minerai, c’est que les sidérurgistes chinois continuent à fabriquer du fer non pas pour construire plus de gratte-ciels à Shanghai, mais pour prouver à leurs banquiers que leur activité se porte bien, conserver leurs parts de marché et surtout continuer à obtenir des lignes de crédit comme l’explique une dépêche de l’agence Reuters.

Et cette fuite en avant. Cette cavalerie financière, s’endetter pour payer ses dettes, est une pratique que l’on retrouve dans la plupart des secteurs de l’économie chinoise. L’activité économique ralentit et laisse de nombreuses sociétés sans ressources pour rembourser les mauvaises dettes accumulées durant le boom des infrastructures.

Mais même cette analyse n’explique pas pourquoi les importations de fer ont augmenté de 26,7% ! L’explication est donnée à Quartz par Wei Yao, un analyste de la Société Générale qui écrit que le boom des importations est le signe «du retour du financement par les matières premières qui permet de faire face à la baisse de liquidités domestiques». En d’autres termes, face à la décision du gouvernement de restreindre la circulation de monnaie dans l’économie en mai et juin, les sidérurgistes utilisent le minerai de fer comme garantie financière.

Les entreprises chinoises obtiennent des financements plus importants que la valeur du minerai apporté en garantie et spéculent avec cet argent dans l’espoir de réaliser des gains et de couvrir ainsi les coûts de leurs dettes. Une économie casino.

Le plus inquiétant, c’est que la sidérurgie n’est qu’une industrie parmi d’autres engagée dans une course folle pour échapper à ses dettes. Le plus grand danger se trouve dans les banques et dans la valeur des garanties qu’elles ont face à leurs crédits : matières premières, immobilier, actions, obligations… Une bulle.

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