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Pour survivre, les quotidiens doivent abandonner le papier

Slate.fr, mis à jour le 10.08.2013 à 8 h 25

Un kiosque à journaux dans Paris, REUTERS

Un kiosque à journaux dans Paris, REUTERS

L’annonce surprise de l’acquisition de l’emblématique Washington Post par le patron d’Amazon Jeff Bezos a de nouveau déclenché une frénésie de réflexions sur l’avenir sombre des quotidiens et l’effondrement de leur modèle économique.

Parmi les analyses les plus radicales et les plus originales, on trouve celle du spécialiste des médias Mathew Ingram, sur GigaOM. Il explique que Jeff Bezos doit maintenant imaginer «ce que doit être un quotidien dans l’âge numérique». Et pour lui, l’étape la plus cruciale et la plus difficile à franchir consiste à stopper définitivement les rotatives du Washington Post, à abandonner la version papier du journal. Bien sûr, cela aura un coût financier important, «mais les bénéfices d’une telle décision, à la fois psychologiques et économiques, seront bien plus importants». Pourquoi?

Si on regarde les performances financières, le Washington Post retire encore la moitié de ses revenus de la publicité venant du papier et de la vente de ses éditions imprimées, ce qui n’est pas rien. Bien sûr, cet argument ne prend pas en compte le fait que la publicité dans les quotidiens s’est effondrée depuis une décennie et que cela ne semble pas s’arrêter et qu’abandonner l’impression, la distribution et la promotion des éditions papier réduit considérablement les coûts de fonctionnement.

«Pour moi, le bénéfice de l’arrêt des rotatives serait avant tout psychologique», explique Mathew Ingram.  Il fait allusion à la remarque de l’investisseur Marc Andreessen qui en 2010 expliquait déjà que les quotidiens devaient «brûler leurs vaisseaux». Une expression attribuée de façon apocryphe au Conquistador espagnol Cortes qui aurait mis le feu à ses navires pour empêcher ses hommes de fuir et les contraindre à conquérir l’empire Aztèque.

Pour Mathew Ingram et pour Marc Andreessen, le fait que les quotidiens réalisent encore une part importante de leur chiffre d’affaires en vendant des exemplaires en papier est une malédiction. «Non seulement cela siphonne des ressources –à la fois humaines et financières– du numérique, mais cela détourne aussi l’attention» de ce qui doit être une priorité permanente et absolue, devenir un media numérique. C’est aussi ce que dit John Paton, le Pdg de Digital First Media quand il suggère de «donner les responsabilités aux digital natives plutôt qu’aux hommes du papier… qui est la seule façon d’avancer».

Il est presque impossible de totalement changer un modèle économique existant et dans le même de continuer à gérer ce même modèle économique. On ne change pas le moteur d’une voiture en roulant...

Evidemment, «brûler ses vaisseaux», c’est prendre un risque considérable. C’est mécontenter sûrement des lecteurs et des annonceurs. Mais le risque de ne rien faire et de prendre des demi-mesures en regardant les revenus s’effondrer et les lecteurs partir et vieillir tout en ne parvenant pas à construire en même temps un substitut numérique suffisamment performant est encore plus grand.

«Ce qui rend l’abandon du papier le plus séduisant est qu’il rendra évident pour tout le monde où se trouve l’avenir du Washington Post (et des autres quotidiens), et cela contraindra tout le monde dans le journal à consacrer toute son attention uniquement au numérique».

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