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Les étudiants américains victimes collatérales du conflit au Congrès

Gérard Horny, mis à jour le 03.07.2013 à 16 h 59

Ils ne croyaient pas que ce serait possible. Ils ont eu tort. Les étudiants américains voient le taux d’intérêt des nouveaux prêts qui leur sont accordés passer de 3,4% à 6,8%, faute d’accord au Congrès entre républicains et démocrates.

Remise des diplômes dans une université d'Atlanta, en mai 2013, en présence de Barack Obama, au centre des attentions. REUTERS/Jason Reed

Remise des diplômes dans une université d'Atlanta, en mai 2013, en présence de Barack Obama, au centre des attentions. REUTERS/Jason Reed

Les dirigeants des Etats-Unis écoutent beaucoup de conversations, mais, apparemment, ils n’écoutent pas celles des jeunes de leur pays. Sinon, ils auraient demandé à leurs parlementaires de se montrer un peu plus souples sur la question des prêts aux étudiants. Le texte prévoyant des prêts à 3,4% aux étudiants remplissant certaines conditions de ressources est arrivé à expiration fin juin sans que les deux partis aient trouvé le moyen de s’entendre pour prolonger cette disposition. Le taux va donc doubler pour les nouveaux prêts. En moyenne, pour ces prêts à dix ans, le supplément d’intérêts à payer devrait atteindre 2.600 dollars.

Un groupe bipartisan de sénateurs avait proposé une solution de compromis: des prêts à 1,85 % pour le secondaire, à 3,4% pour le supérieur et à 4,4% si les prêts étaient accordés aux étudiants. Des sénateurs démocrates avaient proposé de reconduire purement et simplement le dispositif antérieur pour un an. Tout a été refusé par les républicains, qui veulent à tout prix réduire le budget fédéral.  Le seul espoir des étudiants réside dans l’adoption rapide d’une loi rétablissant les prêts à 3,4% de façon rétroactive.

Là encore, on voit que les chiffres permettent de soutenir toutes les thèses. Compte tenu de l’encours élevé de ces prêts (1.000 milliards de dollars), certains font remarquer que l’Etat fédéral va encaisser 51 milliards de dollars d’intérêts sur le dos des étudiants. D’autres estiment  que le maintien du prêt à 3,4% aurait coûté 6 milliards au budget. Certains voient dans les statistiques officielles un taux de chômage supérieur à 13% chez les  diplômés de l’an dernier alors que d’autres publient des courbes montrant que les jeunes diplômés ont en général un taux de chômage inférieur à 6% et donc inférieur à la moyenne nationale (7,6% en mai), ce qui peut justifier de leur part certains sacrifices...

Une chose est sûre: avec une hausse des prix  tombée à 1,4% l’an, des prêts à 6,8% sont très élevés. Pour les étudiants les plus modestes, quoi qu’en disent les économistes proches des républicains, cela peut être un frein à la poursuite des études, d’autant plus que le marché du travail américain est actuellement  d’un accès plus difficile qu’il ne l’est généralement: aux 11,8 millions de demandeurs d’emploi officiellement recensés, il faut ajouter 7,9 millions de personnes qui travaillent à temps partiel pour des raisons indépendantes de leur volonté et 2,2 millions de personnes qui ne sont pas prises en compte dans les statistiques parce qu’elles n’ont pas fait de démarches pour trouver un travail au cours des quatre semaines précédentes. Des jeunes commencent leur vie active avec une dette étudiante supérieure à leur revenu annuel.

Après les coupes automatiques dans les dépenses fédérales depuis le 1er janvier, on a là un nouvel épisode de la guerre sans merci qui se joue au Congrès. Le problème est que, cette fois, ce sont les jeunes qui font les frais du fanatisme de la fraction la plus dure du parti républicain.

Gérard Horny

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Journaliste
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