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Et si le moral des Français avait touché le fond?

Jamais le moral des Français n’avait été aussi bas au cours des quarante dernières années. Mais, s’il suit les indicateurs économiques, il pourrait se stabiliser et remonter légèrement dans les prochains mois.

REUTERS/ Dominic Ebenbichler

Chaque mois, l’Insee interroge les Français et leur demande leur opinion sur leur niveau de vie, leur situation financière, leurs risques de chômage, l’opportunité de faire des achats importants et leur capacité à épargner. L’indicateur qui synthétise leurs réponses s’est établi en juin à 78, niveau le plus faible qui ait été enregistré depuis le début de cette série statistique, en octobre 1972. Même lors de la crise financière, il n’était pas descendu plus bas que 79 au mois de  juillet 2008.

Pour les responsables politiques et économiques, un moral aussi bas est inquiétant: il est difficile de relancer l’activité avec une population qui n’attend plus rien de positif. Pourtant, le pire n’est pas le plus sûr: on observe souvent un décalage entre l’opinion exprimée lors des sondages et le niveau réel de l’activité. La consommation des ménages en biens (par opposition aux services) avait reculé de 0,5% en avril, elle a remonté d’autant en mai, grâce notamment à un fort rebond des achats de produits alimentaires.

Mais, surtout, d’autres indicateurs économiques sont aujourd’hui un peu mieux orientés et, si la tendance se confirmait, ils pourraient finir par entraîner progressivement un regain de confiance.

La stabilisation du chômage en mai doit être accueillie avec satisfaction, mais prudence: un seul chiffre mensuel ne permet de tirer aucune conclusion. Plus significative semble être l’amélioration très lente qui se dessine dans les entreprises. L’indice Insee du climat des affaires avait touché un niveau historiquement faible à 70 en mars 2009; il était remonté assez vite jusqu’à 109 en mars 2011 et là il avait recommencé à fléchir.

En avril dernier, il était retombé à 84. A 86 en juin, il est toujours à un niveau très bas, mais une tendance moins négative se dessine.  L’indicateur recule encore dans le bâtiment, se stabilise dans les services, et remonte dans l’industrie et le commerce de détail. L’institut Markit, qui réalise ses études sur un échantillon d’entreprises beaucoup moins large que l’Insee et arrive souvent à des conclusions très pessimistes pour notre pays, constate aussi ce virage dans l’industrie: selon son économiste Jack Kennedy, «bien que toujours en récession, le secteur manufacturier français s’approche de la stabilisation (…). Cette relative amélioration de la conjoncture résulte essentiellement d’un ralentissement de la contraction des nouvelles commandes».

Et, plus important encore, Chris Williamson, chef économiste de Markit, constate une évolution parallèle au niveau européen: «Le secteur manufacturier de l’Eurozone montre des signes bienvenus de stabilisation en juin, la production et le nombre de nouvelles commandes ne se repliant que très légèrement par rapport au mois dernier».  La France reste en queue de peloton, juste devant l’Autriche et la Grèce, mais comme ce peloton paraît retrouver un peu d’allant, c’est plutôt bon signe.

Il n’y a pas de quoi pavoiser, mais on a au moins une raison de penser que demain pourrait être meilleur qu’aujourd’hui...

Gérard Horny

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