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La fraude aux prestations d'aide sociale n'est pas une escroquerie

La façade du Conseil constitutionnel. REUTERS/Charles Platiau.

La façade du Conseil constitutionnel. REUTERS/Charles Platiau.

C'est ce qu'a décidé vendredi le Conseil constitutionnel en abrogeant une disposition prévoyant de la prison ferme et une très forte amende pour ce délit, qui reste punissable de 5.000 euros d'amende.

La fraude aux prestations d’aide sociale (RSA, APL, allocation adulte handicapé...) n’est pas une escroquerie. C’est ce qui ressort d’une décision rendue, vendredi 28 juin, par le Conseil constitutionnel et qui est quasiment passée inaperçue, même si elle a fait l’objet d’une brève dépêche AFP, d'une mention par le blog Le JO au café ou de tweets de l'avocat Maître Eolas.

Les Sages étaient saisis de l’article L.135-1 du code de l'action sociale et des familles, selon lequel «le fait de percevoir frauduleusement ou de tenter de percevoir frauduleusement des prestations au titre de l'aide sociale est puni des peines prévues par les articles 313-1, 313-7 et 313-8 du code pénal», qui répriment l’escroquerie: cinq ans d’emprisonnement et 375.000 euros d’amende.

Or, l’article 114-13 du code de la sécurité sociale punit lui la fraude ou la fausse déclaration aux prestations sociales d’une «simple» amende de 5.000 euros. Le Conseil constitutionnel a donc considéré que l’existence de deux peines aussi différentes pour des faits qualifiés de manière identique méconnaissait le principe d’égalité devant la loi et était contraire à la Constitution.

Les Sages avaient été saisi d'une QPC par l’antenne de Forbach de l'association Emmaüs, à qui il était reproché d’avoir perçu 60.000 euros par an au titre des aides au logement en produisant de fausses attestations de loyers. L'association jugeait que les peines prévues par l'article L.135-1 du code de l'action sociale méconnaissaient le principe de proportionnalité des peines, mais c'est le Conseil constitutionnel lui-même qui a soulevé le moyen de censure.

«Nous avons soulevé cette question concernant la perception frauduleuse d’allocations logement. Nous considérons qu’Emmaüs n’a pas fraudé, n’a rien caché ni maquillé. L’association a juste demandé si elle pouvait bénéficier d’allocations logement. Or, les services de l’Etat ont répondu oui et versé les allocations», expliquait Me Guy Engler, l’avocat d’Emmaüs, au Républicain Lorrain en février.

Dans le commentaire de la décision, le Conseil constitutionnel rappelle que «la fraude aux prestations sociales […] est évaluée à 2 à 3 milliards d’euros» par an et «fait l’objet d’une attention constante de la part du législateur, en particulier depuis une dizaine d’années».

En dehors de la restitution des sommes indûment perçues et d’une éventuelle amende, le fraudeur peut faire l’objet d’une pénalité décidée par l’organisme de sécurité sociale. Les amendes sont rares: le Conseil constitutionnel note qu’en 2009, seulement un peu plus de 7.500 plaintes ont été déposées sur le sujet, avec un taux de condamnations compris entre 40% et 50%.

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