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Compétitivité de la France: José Manuel Barroso déforme les faits

Gérard Horny, mis à jour le 28.06.2013 à 17 h 42

José Manuel Barroso et François Hollande, le 14 mars 2013 à Bruxelles. REUTERS/Yves Herman.

José Manuel Barroso et François Hollande, le 14 mars 2013 à Bruxelles. REUTERS/Yves Herman.

Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a accordé le 27 juin un entretien aux Echos dans lequel il fait mine de croire que son conflit avec la France est complètement artificiel. Ses déclarations auraient été «délibérément déformées». Et il en rajoute une grosse louche.

Une petite phrase de cet entretien mérite en effet une attention particulière, celle dans laquelle il déclare:

«La vérité, c’est que nous sommes préoccupés avec la perte de compétitivité de la France depuis plusieurs décennies.»

Là, cet autoproclamé «ami sincère de la France» fait très fort. C’est vrai qu’il y a un problème de compétitivité de la France. Ce n’est pas pour rien que le gouvernement Ayrault, en dépit des lourdes contraintes budgétaires qui pèsent sur le pays, a jugé indispensable de créer le fameux crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE).

Ne rien faire sur ce point aurait été une grave erreur. Mais affirmer que ce problème est préoccupant depuis plusieurs décennies est franchement abusif.

Ce même jeudi 27 juin, Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, a présenté le rapport annuel sur la balance des paiements. Le moins que l’on puisse dire est que ce rapport est sans complaisance et qu’il ne cherche absolument pas à dissimuler les faiblesses de notre économie. Or, quel est le constat?

Le gouverneur commence par commenter le compte des transactions courantes (échanges de biens et services, revenus des investissements et transferts courants), déficitaire de 44,4 milliards d’euros l’an passé, soit 2,2% du PIB:

«Le déficit des transactions courantes est persistant depuis 2005. Il représente en cumul un peu plus de 200 milliards (201,6 exactement). Le cumul des excédents observés durant les huit années précédentes, entre 1996 et 2004, atteignait aussi 200 milliards (198 exactement).»

On ne saurait montrer plus explicitement le retournement de situation qui s’est opéré après 2004.

Et le gouverneur poursuit sa démonstration en insistant fortement sur la perte de parts de marché à l’exportation de la France au cours des cinq dernières années, seule, parmi les grandes économies de la zone euro, l’Italie ayant réalisé un score encore plus mauvais au cours de cette période. Son analyse correspond assez bien à celle que font d’autres instituts comme COE-Rexecode, qui voit dans le brutal décrochage de la France au début des années 2000 la conséquence des deux lois Aubry sur les 35 heures.

Sur l’ampleur et les causes réelles de ce décrochage ainsi que sur les moyens de redresser nos comptes extérieurs, on pourrait présenter beaucoup d’autres points de vue. Tous concordent sur un point: la situation a commencé réellement à se dégrader entre 2002 et 2004. Déclarer publiquement que ce problème date de plusieurs décennies n’est pas très sympathique et, de surcroît, ne reflète pas la réalité. Le faire remarquer, est-ce déformer délibérément les propos de José Manuel Barroso?

Gérard Horny

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Journaliste
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