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La banque centrale la plus préoccupée n’est pas celle que l’on croit

Gérard Horny, mis à jour le 26.06.2013 à 17 h 37

Le président de la BCE Mario Draghi, le 25 juin 2013. REUTERS/Fabrizio Bensch.

Le président de la BCE Mario Draghi, le 25 juin 2013. REUTERS/Fabrizio Bensch.

Panique à Shanghai, où la banque centrale semble décidée à refermer le robinet des liquidités. Panique aux Etats-Unis, où la Réserve fédérale annonce la réduction progressive de son programme d’achat de titres sur le marché. En Europe, la BCE ne fait aucune annonce particulière; pourtant, elle a au moins autant de soucis que ses homologues.

Le 24 juin, la Bourse de Shanghai a chuté de 5,3%: un mouvement de baisse d’une telle ampleur en une journée est inédit depuis le début 2009. La raison: les milieux financiers craignent un rationnement du crédit.

La banque centrale manifeste en effet son souci de voir le crédit distribué avec un peu plus de discernement, là où il y en a vraiment besoin et où il est bien utilisé. Sur le marché interbancaire, l’argent est déjà plus rare; certaines banques et leurs clients pourraient connaître des jours difficiles. En tout cas, ce tour ce vis pourrait entraîner un ralentissement du taux de croissance.

Aux Etats-Unis, l’annonce par le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, d’une possible baisse de ses achats de bons du Trésor et de titres hypothécaires avant la fin de l’année et de leur arrêt complet vers le milieu de 2014 si le taux de chômage descend à 7% provoque une forte hausse des taux d’intérêt à long terme et le recul de la Bourse.

Il n'y a pas de surprise

Vu de l’extérieur, c’est d’autant plus étonnant que ce retour vers une politique monétaire plus classique était attendu. Non seulement il n’y a pas de surprise, mais Ben Bernanke s’est employé à être le plus rassurant possible, en expliquant bien que la fin de ces injections massives de liquidités (85 milliards de dollars par mois actuellement) ne se ferait qu’à certaines conditions. Les financiers attendaient notamment qu’il précise ce qu’est une amélioration «substantielle» du marché du travail; il l’a fait de façon très claire, peut-être même trop. Il n’est jamais bon pour un banquier central de s’engager sur des objectifs trop précis.

Pourtant, le marché a très mal réagi. En fait, cela se passe toujours ainsi lorsque la banque centrale change de politique. Le taux à dix ans est remonté jusqu’à 2,67% alors qu’il était à 1,63% le 2 mai.

Ben Bernanke voulait éviter à tout prix de surprendre le marché et de provoquer un krach obligataire comme l’avait fait son prédécesseur Alan Greenspan en 1994. Ainsi que le souligne Philippe Weber, responsable études et stratégie à CPR AM et fin connaisseur de l’univers des banques centrales, la Réserve fédérale a déjà annoncé qu’elle ne relèverait pas ses taux avant 2015 et que cela «constitue un frein à la remontée des taux longs». Il n’y aura sans doute pas de krach, mais le marché est tout de même secoué.

Des soucis de riches

Cette bouffée de fièvre est ressentie aussi en Europe, alors même qu’il est évident que la BCE n’a aucune raison, elle, de durcir sa politique monétaire. «Les Etats-Unis ont des soucis de riches», constate Philippe Weber, avec une croissance qui n’est pas très forte, mais devrait être un peu supérieure à 2 % cette année. La zone euro en est loin.

Surtout, remarque cet expert, «les créances douteuses se multiplient au bilan des banques des pays les plus touchés par la crise». C’est particulièrement vrai à Chypre, en Slovénie, en Espagne, en Italie et au Portugal. Du coup, ces banques ne sont plus en mesure de jouer pleinement leur rôle.

Que peut faire la BCE pour que les entreprises de ces pays aient tout de même accès au crédit? Pour l’instant, diverses solutions ont été envisagées, aucune n’a été retenue. Encore une fois, les problèmes de l’Europe se révèlent particulièrement compliqués…

Gérard Horny

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Journaliste
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