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Prêts aux étudiants américains: un faux suspense pour un vrai problème

Gérard Horny, mis à jour le 20.06.2013 à 17 h 01

Barack Obama signe la législation sur les prêts aux étudiants, le 6 juillet 2012. REUTERS/Jason Reed.

Barack Obama signe la législation sur les prêts aux étudiants, le 6 juillet 2012. REUTERS/Jason Reed.

Et c’est reparti! Comme il y a un an, le Congrès américain se retrouve face au problème des prêts aux étudiants: va-t-il laisser leur taux doubler et passer de 3,4 % à 6,8%? La réponse est non, évidemment, mais, jusqu’au 1er juillet, chacun va s’employer à faire durer le suspense.

Il est certes toujours possible qu’une fois de plus, Républicains et Démocrates jouent à savoir qui est le plus bête et n’arrivent pas à se mettre d’accord, mais ce n’est pas le scénario le plus probable. Aucun des deux camps n’y gagnerait.

Vu de France, on pourrait considérer le problème comme mineur. Aux Etats-Unis, il ne l’est pas.

L’encours de ces prêts représente près de 1.000 milliards de dollars (plus de 750 milliards d'euros). C’est la catégorie de crédits qui pèse le plus lourd, derrière les prêts immobiliers, mais devant les prêts liés aux cartes de crédit ou le crédit automobile.

Certains s’amusent à se faire peur et à évoquer une nouvelle crise des subprimes. Rappelons toutefois que ces prêts immobiliers douteux représentaient un montant dix fois plus élevé en 2008 (environ 10.000 milliards) et que l’Etat fédéral est très engagé dans les prêts aux étudiants, ce qui limite considérablement les risques pris par les établissements financiers.

Pourquoi le problème se repose-t-il aujourd’hui? Un peu plus d’un tiers de ces prêts sont bonifiés par l’Etat. En effet, depuis une loi de 2007, le taux des crédits garantis par l’Etat fédéral est fixé à 6,8%, mais les étudiants qui remplissent certaines conditions de ressources peuvent obtenir des prêts à 3,4%.

Cette loi s’appliquait jusqu’en juillet 2012. L’an dernier, les membres du Congrès se sont mis d’accord pour la reconduire un an, jusqu’au 1er juillet prochain. Donc, il va falloir encore discuter: ou reconduire encore la loi pour un an ou deux ou trouver une autre solution.

Comme le souligne un rapport d’une commission mixte Chambre des représentants-Sénat, il paraît pratiquement impossible de ne rien faire. Quand la loi a été votée en 2007, le taux de base bancaire, celui que les banques accordent à leurs meilleurs clients, était à 7,33%; des prêts aux étudiants à 6,8% ou 3,4%, ce n’était pas incongru. Aujourd’hui, ce taux de base est à 3,25%.

Dans ce contexte, garder un taux à 3,4% n’est pas un cadeau extraordinaire. Et que dire d’un taux qui remonterait à 6,8 %? C’est tout simplement inconcevable.

Mais le vrai problème est celui du coût des études aux Etats-Unis, surtout à un moment où les perspectives d’embauche ne sont pas fameuses. Un endettement moyen de 27.000 dollars à la fin des études représente environ 60% du salaire annuel pouvant être gagné l’année suivante, voire 75% ou plus dans certains Etats.

En tout cas, sénateurs et représentants ont compris qu’ils avaient une carte à jouer: ils consacrent un budget de 20 millions de dollars à aider de jeunes diplômés à effacer leur dette s’ils acceptent d’occuper à temps plein certains emplois publics moins bien rémunérés que dans le privé…

Gérard Horny

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Journaliste
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