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Manifestations au Brésil: un pays à la recherche de la croissance perdue

Gérard Horny, mis à jour le 19.06.2013 à 15 h 04

Dilma Rousseff, le 18 juin 2013. REUTERS/Ueslei Marcelino.

Dilma Rousseff, le 18 juin 2013. REUTERS/Ueslei Marcelino.

Les Brésiliens manifestent en ce moment contre la hausse des tarifs des transports publics et les dépenses jugées excessives en vue de la Coupe du Monde de football de 2014 et des JO de 2016. Mais cette brusque montée de tension n’est pas tout à fait surprenante.

Premier constat: aucun des grands pays émergents n’est à la fête en ce moment. Tous pâtissent à des degrés divers du ralentissement de la demande dans les pays développés, Europe en tête, et de leurs propres difficultés internes.

Dans le cas du Brésil, ces problèmes internes sont multiples. Les uns sont purement conjoncturels: par exemple, les récoltes ont été mauvaises l’an passé, ce qui a pesé à la fois sur l’activité et les prix. L’année 2013 devrait marquer une nette amélioration sur ce point, mais les prix restent tendus: alors que l'inflation atteint globalement le niveau élevé de 6,5% sur un an, celle des produits alimentaires est à 13%. Cela seul peut suffire à expliquer la nervosité d’une bonne partie de la population.

Arbitrages délicats

Par ailleurs, les Brésiliens sont dans une situation en apparence assez favorable, avec un taux de chômage à un bas niveau, 5,4% de la population active. Mais la croissance est modeste: 0,9% en 2012, guère plus de 2,5% espérés cette année et 3,2% l’an prochain, chiffres relativement faibles pour un pays qui a des besoins immenses en matière d’éducation et de santé.

A la différence de Lula, son prédécesseur à la présidence de la République, Dilma Rousseff est loin de faire l’unanimité. Il est certain qu’elle n’a pas la tâche facile: pour son gouvernement comme pour la banque centrale, les arbitrages entre croissance et lutte contre l’inflation sont délicats.

La Banque du Brésil a déjà relevé par deux fois son taux directeur cette année, à 8% depuis la fin mai, et ce n’est probablement pas fini, alors qu’un taux bas serait souhaitable pour soutenir l’activité et éviter une hausse de la monnaie, le real. Car un des problèmes du pays est son manque de compétitivité. Les exportations sont en repli alors que les importations continuent à augmenter.

Le Brésil a un problème d'offre

Avec une politique sociale plus généreuse que celle de beaucoup d’autres pays émergents et un taux de chômage bas, le Brésil n’a pas vraiment de problèmes de demande, il a plutôt un problème d’offre: son industrie est insuffisamment développée et affronte la concurrence internationale avec un certain nombre de handicaps (dont un prix élevé de l’électricité).

Et c’est là que Dilma Rousseff déçoit: les investisseurs étrangers lui reprochent beaucoup de mesures protectionnistes et les industriels locaux dénoncent l’interventionnisme de l’Etat.  Et pourtant, depuis qu’elle est à la présidence, jamais autant d’entreprises publiques mal gérées n’ont été transférées au privé.

En fait, à l’intérieur comme à l’extérieur, beaucoup aimeraient savoir quelle est sa ligne en matière de politique économique. Il serait bien pour elle qu’elle précise ce qu’elle veut et qu’elle ait quelques résultats: les prochaines élections présidentielles doivent avoir lieu à la fin de l’année prochaine. Et, à ce que l’on voit dans la rue, qu’elle soit l’héritière politique de Lula ne pourra suffire à assurer sa réélection.

Gérard Horny

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Journaliste
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