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Exception culturelle: comment la France défend mal une bonne cause

Eric Le Boucher, mis à jour le 19.06.2013 à 11 h 05

Le gouvernement a tort de mettre en avant la notion de «protectionnisme».

Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux. ©Quat'sous films, Wild Bunch

Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux. ©Quat'sous films, Wild Bunch

Comme toujours, les Français préfèrent lever haut le menton pour défendre «un principe» plutôt que de mettre leur intelligence à jouer le jeu de la réalité. Comme toujours, ils se mettent sottement en défense derrière des «protections» contre la méchante Amérique-mondialisation-ultra-libérale.

Et comme cette fois, il est question de culture, l’unanimité est vite faite au village pour dénoncer José Manuel Barroso qui traite notre si belle «exception» de «réactionnaire». Haro sur lui, le vil qui nous parle «commerce» quand nous, Français, on parle «Culture», Monsieur!

Et la France de paraître «protectionniste», c’est-à-dire de se mettre en position de devoir céder sur autre chose donc en position de faiblesse dans le monde comme en Europe. Et l’Europe de se diviser avant même que de commencer à discuter le bout de gras avec les Etats-Unis.

Bravo!

Bravo au président de la Commission qui aurait dû faire sa priorité de l’Union des 27. Bravo à tout le gouvernement français qui pour défendre la cause légitime du cinéma s’expose à devenir le pays qui fait perdre de très gros marchés américains aux exportateurs européens, les marchés publics par exemple qui pourraient être fermés par rétorsion.

Toute cette polémique a une histoire, certes. Il a fallu, dans les temps pas si anciens, défendre notre cinéma contre l’offensive brutale des majors d’Hollywood. L’Italie a perdu. Pas la France. Mais pourquoi aujourd’hui faire un remake?

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Les films américains entrent totalement librement sur le marché français. Il n’y a là, aucun «protectionnisme», il faut refuser d’en être accusé. Ces films détiennent 45% du marché français contre seulement 40% pour les films français. Il y a concurrence libre, les meilleurs films gagnent. Il y a certes des quotas à la télévision qui favorisent les films nationaux. Il y a surtout un système de financement par la télévision qui permet aux réalisateurs français de trouver des moyens que d’autres n’ont pas dans d’autres pays.

Ce n’est pas du protectionnisme, c’est une politique industrielle. Grosse nuance car cette politique serait protectionniste, et condamnable comme telle, si elle aboutissait comme les mesures protectionnistes à une atrophie du secteur.

Or, et c’est l’essentiel, cette politique industrielle aiguise la concurrence pour le bonheur des spectateurs. Cette politique créée de l’offre qui créée de la demande: 200 millions d’entrées dans les salles en France. Cette politique grossit le gâteau, donc grossit la part des Américains qui en détiennent la plus importante. De quoi peuvent-ils objectivement se plaindre?

José manuel Barroso aurait dû moins écouter ses services de Bruxelles et regarder les chiffres. Il aurait dû au contraire vanter la diversité culturelle comme un modèle pour l’économie en général. La crise a montré que «le même film pour tous», la consommation de masse, n’assurait plus la croissance mondiale.

Il faut offrir aux spectateurs-consommateurs des biens différenciés, plus adaptés à la pluralité du monde. La culture n’est pas du tout réactionnaire, monsieur Barroso, elle est, comme toujours une avant-garde des modèles de croissance. Elle est un secteur dynamique d’avenir.

Les Français au lieu de dire cela, se sont précipités dans leur péché mignon d’Astérix, réactionnaire économique (et culturel au passage). Défendre l’idéologie et les principes quand on peut gagner sur le terrain des faits n’est pas intelligent: c’est con, aurait dit Audiard.

Eric Le Boucher

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Cofondateur de Slate.fr
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