Europe: l'Allemagne multiplie les pas dans la bonne direction

Les drapeaux européen et allemand devant le Bundestag, le 29 novembre 2012 à Berlin. REUTERS/Thomas Peter.

Les drapeaux européen et allemand devant le Bundestag, le 29 novembre 2012 à Berlin. REUTERS/Thomas Peter.

Les grands événements ne sont pas forcément les plus commentés. Le rapport Moreau sur les retraites, la réunion du G8, la politique monétaire de la Réserve fédérale, tout cela est important, c’est évident. Mais l’essentiel pour nous se joue peut-être ailleurs, dans les rapports nouveaux que l’Allemagne tisse avec ses partenaires européens.

Il n’y a pas besoin d’être un observateur très attentif de l’actualité économique pour avoir remarqué que, depuis le début de la crise européenne, l’attitude de l’Allemagne a beaucoup irrité ses partenaires, qu’il s’agisse des décisions d’Angela Merkel, des réactions de la Bundesbank face à la politique de la BCE ou de commentaires très désobligeants parus dans la presse d’outre-Rhin.

En réplique, les noms d’oiseaux ont fusé et, sans avoir à aller chercher très loin pour trouver des exemples de propos belliqueux, on a entendu en France des appels à la «confrontation» avec l’Allemagne. Nos voisins ont-ils été surpris par l’ampleur de ces réactions? Ou, de toute façon, auraient-ils progressivement infléchi leur attitude?

En tout cas, un changement de cap est à relever: non seulement Angela Merkel est de la plus grande amabilité envers François Hollande mais, au cours de ces dernières semaines, l’Allemagne a multiplié les accords de coopération sur des points concrets.

Tout a commencé avec l’emploi des jeunes. Avec Paris, Madrid et Rome, Berlin veut travailler à une meilleure utilisation des fonds européens. Les ministres des Finances et de l’Emploi de ces quatre pays en ont parlé le 14 juin à Rome et des propositions seront faites au sommet européen des 28 et 29 juin.

6 milliards d’euros sont prévus d’ici à 2020. Comme le suggère Michel Sapin, ils pourraient être mobilisés en deux ans et être complétés par des prêts de la Banque européenne d’investissement. Par ailleurs, 16 milliards de fonds dits «structurels» pourraient être mis dans la balance. En Allemagne, on se montre déterminé à agir dans trois directions: renforcer l’apprentissage, aider les jeunes à créer leur propre entreprise et permettre aux entreprises en général un accès à des taux d’intérêt bas.

Sur ce dernier point, une initiative intéressante a été prise. Après l’accord sur l’envoi de 5.000 apprentis en Allemagne, le ministre espagnol de l’Economie a annoncé, le 12 juin, le lancement d’une coopération entre l’Institut de crédit officiel espagnol (ICO) et l’Etablissement allemand de crédit pour la reconstruction (KfW). Le KfW apportera entre 800 millions et 1 milliard d’euros pour financer, conjointement avec l’ICO, des prêts à long terme ou des aides en capital à des PME espagnoles. Et le gouvernement allemand apportera sa garantie à ces prêts du KfW.

Il ne s’agit encore que d’une initiative relativement modeste, car le grand problème de beaucoup de pays européens est l’incapacité du système bancaire à faire du crédit. Et sans crédit, il n’y a pas de croissance.

La BCE cherche une solution, mais ne l’a pas encore trouvée… Si l’Allemagne peut favoriser une reprise européenne, c’est bien en intervenant sur ce point précis. Il y a encore à faire, mais on va dans la bonne direction.

Gérard Horny