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Les PME peuvent-elles sauver l’emploi?

When the only tool you know is a hammer... / Thales via FlickrCC License by

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La fragilité des entreprises qui traversent une crise larvée depuis 2009 s’amplifie. Alors qu'elles avaient résisté à la première crise de 2009, trois ans plus tard, nombreuses sont celles qui n’ont plus les reins assez solides pour affronter une nouvelle contraction de l’activité.

Il est communément admis que ce sont les PME qui créent les emplois en France. On compte 3,2 millions de PME qui représentent 52% de l’emploi salarié et 43% de l’investissement. Selon une étude KPMG, plus de 80% des 2,8 millions d’emplois créés en France ces vingt dernières années l’ont été par des PME.

Mais ces dernières sont aussi les plus vulnérables en cas de retournement de tendance. En avril 2013, la Coface dénombrait sur un an 59.630 défaillances d’entreprises et les premières touchées sont les PME (de 20 à 249 salariés) avec une progression de 3,7%. Fait nouveau par rapport aux crises précédentes: ce sont les entreprises de taille moyenne qui enregistrent la plus forte progression.

La fragilité des entreprises qui traversent une crise larvée depuis 2009 s’amplifie. Alors que ces moyennes entreprises avaient résisté à la première crise de 2009, trois ans plus tard, nombreuses sont celles qui n’ont plus les reins assez solides pour affronter une nouvelle contraction de l’activité. Conséquence: les pertes d’emplois liées à ces faillites d’entreprises seraient supérieures à 200.000 sur un an.

Faible délocalisation

L’industrie est sévèrement affectée par la crise. L’emploi salarié a reculé de 20,3% en dix ans avec pour les PME une suppression de 48.000 emplois par an. Le mouvement s’est accéléré ces trois dernières années avec près de 200.000 suppressions d’emplois. L’érosion de la compétitivité et la faiblesse des PME exportatrices expliquent en partie ces piètres résultats.

Paradoxalement, la faible aspiration des PME françaises à se délocaliser permet, sans le vouloir, de préserver localement une partie des emplois. Moins d’une PME sur dix s’est implantée à l’étranger, contre plus de la moitié des grandes entreprises. Les mesures destinées à favoriser la compétitivité des PME et à leur permettre de conquérir de nouvelles parts de marchés à l’étranger, sont donc essentielles.

Cette désindustrialisation s’est heureusement accompagnée d’une croissance des emplois qualifiés pour les petites et moyennes entreprises. Les ouvriers représentent certes la plus grande part des catégories socioprofessionnelles dans les PME (40%). Mais, près de 75.000 emplois salariés ont été créés en moyenne par an en dix ans dans le tertiaire avec un record atteint en 2010 de 161.000. Les secteurs les plus porteurs ont été les télécommunications, les services informatiques, la restauration-hébergement et l’action sociale. A contrario, les secteurs qui ont perdu du terrain en termes d’effectifs ont été la recherche-développement, les activités financières et l’assurance, sans oublier l’édition et l’audiovisuel.

Plus confiantes

Les mesures visant à inverser la tendance, à réindustrialiser la France et à améliorer sa compétitivité n’auront d’effets que sur le moyen-long terme. C’est l’activité des services –comme le montre l’enquête Besoins en main d’œuvre 2013 menée par Pôle emploi– qui pourra éventuellement sortir son épingle du jeu, pour le plus grand désarroi de notre commerce extérieur. Le tertiaire reste bien moins facilement exportable que le secteur industriel.

Une étude semestrielle réalisée par l’institut MindMetre publiée en avril 2013 indique que trois PME sur quatre comptent augmenter ou stabiliser ses effectifs en 2013. Les petites et moyennes entreprises se montrent plus confiantes que les grandes entreprises et envisagent même une augmentation de leur chiffre d’affaires. Une heureuse surprise dans un contexte récessif.

De là à envisager déjà une sortie de crise, rien n’est moins sûr. Les chiffres de croissance du PIB au premier trimestre restent inquiétants avec un recul de 0,2%. La production de biens et services sur les trois premiers mois 2013 poursuit son repli avec -0,1% contre -0,4% au dernier trimestre 2012. Pour tenter de se rassurer, on peut regarder les derniers indicateurs de confiance publiés par l’Insee. Le climat des affaires s’est amélioré en mai sous l’impulsion d’une petite dynamique dans les carnets de commandes.

Créateurs d’entreprises, créateurs d’emplois?

Les créations d’entreprises offrent-elles aussi d’un potentiel d’embauches? On sait que pour 2011 près de 600.000 entreprises ont été créées, dont 260.000 hors auto-entrepreneurs. Ce total enregistre un repli de 12% par rapport à 2010. La baisse importante des immatriculations d’auto-entreprises (-19%) explique ce recul. Tous les secteurs d’activité sont concernés, à l’exception des secteurs des activités immobilières (+6,2%) et des activités financières et d’assurances (+0,4%).

Il ne faut pas compter a priori sur la fibre entrepreneuriale pour améliorer le marché du travail: 94% des créations d’entreprises ont été réalisées sans embauche. C’est une tendance de fond: la part de l’emploi salarié induit par la création d’entreprise est passée de 47% en 2002 à 22% en 2008.

En revanche, plus d’un tiers des créateurs d’entreprises était au chômage auparavant. Les aides à la création d’entreprises soutiennent les ambitions entrepreneuriales. Différents dispositifs publics favorisent les créations par des aides financières, des allègements de charges, des exonérations de charges sociales. Tout un panel est proposé pour permettre aux chômeurs de créer leur propre emploi et de sortir des statistiques du chômage tout en percevant 45% du reliquat de leurs droits à l’assurance chômage sous forme de capital. Reste à connaître la pérennité de ces entreprises et surtout leur capacité à générer un chiffre d’affaires suffisant. Les chiffres disponibles indiquent que près de la moitié des entreprises créées disparaissent dans les cinq ans. Une entreprise sur deux a donc au moins une survie de cinq ans, résultat finalement honorable et rassurant.  

Stéphanie Villers

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