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La crise expliquée par le rock (et par un conseiller d'Obama)

Florian Reynaud, mis à jour le 14.06.2013 à 15 h 58

Dominic Howard, Matthew Bellamy et Chris Wolstenholme, de Muse, le 2 juin 2013 à Londres. REUTERS/Neil Hall

Dominic Howard, Matthew Bellamy et Chris Wolstenholme, de Muse, le 2 juin 2013 à Londres. REUTERS/Neil Hall

Mick Jagger débarque sur la scène d'Hyde Park. Nous sommes en 1969. Imaginons qu'il hurle: «Comment ça va?!» La foule répondrait en cœur: «Pas top !»

Cela aurait pu être l'introduction du discours écrit par Alan Krueger, président du Council of Economic Adviser («conseil des conseillers économiques», un groupe de trois économistes qui conseilent le président des Etats-Unis), intitulé «Land of Hope and Dreams, Rock and Roll, Economics, Rebuilding the Middle Class» et prononcé le 12 juin à Cleveland.

L'économiste construit toute sa conférence autour de l'analogie entre les maux économiques de l’Amérique contemporaine et ceux de l'industrie du rock and roll.

«L'industrie musicale est un microcosme de ce qui arrive à l'économie des Etats-Unis. Nous sommes en train de devenir une économie du “gagnant rafle tout” (winner takes all), un phénomène que l'industrie musicale a longtemps expérimenté. Durant les dernières décennies, l'évolution technologique, la mondialisation et l'érosion des institutions et pratiques qui soutenaient une forme de prospérité générale en Amérique ont mis les classes moyennes sous pression. Le chanceux et le talentueux –et il est parfois difficile de faire la différence– s'en sort de mieux en mieux pendant que la grande majorité se bat pour garder la tête hors de l'eau.»

Les artistes peuvent aujourd'hui, grâce à la technologie, toucher un public infiniment plus grand qu'avant les cassettes puis les baladeurs MP3. Le coût de production et de diffusion de la musique a également baissé, et le piratage s'est peu à peu popularisé. Les concerts deviennent donc le principal moyen de gagner de l'argent pour les artistes. Il part d'un premier constat, le prix des places de concert a bondi de 400% entre 1981 et 2012 alors que l'inflation sur cette période est de 150%. Les revenus de ces concerts sont inégalement répartis, puisqu'une majorité est concentrée dans les mains d'une minorité d'artistes. Pourtant, explique Alan Krueger, les artistes ne peuvent pas non plus trop élever le prix du ticket.

«On peut comparer les concerts à d'immenses fêtes de quartier plutôt qu'à un marché traditionnel. Il est socialement approprié de demandé aux voisins une participation pour venir à la fête, pour payer les provisions, mais il est inapproprié de leur demander assez pour faire du profit.»

Enfin, la chance joue également un rôle important. Krueger s'appuie l'étude de deux sociologues qui montrent que lorsque l'on propose à un utilisateur d'écouter ou de télécharger une chanson, il va d'abord vers celle que l'on lui décrit comme populaire. Au final, Alan Krueger aurait pu également s'inspirer du fonctionnement de Twitter. C'est en effet le même mécanisme que l'on retrouve sur le réseau social: les comptes les plus populaires sont suggérés par Twitter aux nouveaux utilisateurs, devenant encore plus populaires.

De la même manière, au niveau de l'économie américaine:

«Il y a une croissance des salaires bien plus rapide pour les plus hauts revenus ces trente dernières années, alors que le reste des salaires suit péniblement l'inflation voire chute en dessous. [...] Cette tendance s'avère plus forte aux Etats-Unis que dans le reste des pays occidentaux.»

L'industrie du rock'n'roll tout comme l'économie américaine souffre de ces inégalités. Les artistes qui peinent à se maintenir sont les classes moyennes américaines. Or, la consommation de ces catégories sociales est selon l'économiste cruciale car elles ont tendance à consommer plus que les classes supérieures. Alan Krueger cite Barack Obama:

«Le président Obama a été très clair sur ce point lors d'un discours à Osawatomie dans le Kansas: “Quand les familles de classes moyennes ne peuvent plus se permettre de consommer les biens et services offerts par nos entreprises, cela affecte l'économie dans sa globalité.”»

Selon Alan Krueger, les Etats-Unis ont atteint un niveau d'inégalités et d'affaiblissement des classes moyennes qui met en péril l'économie entière du pays.  

Florian Reynaud
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